Jean-François Copé, maire LR de Meaux : « Ce serait une erreur que la droite se renie »

Jean-François Copé arrive au Musée social où se tient le bureau politique des LR.
LTD / Julien Muguet / Hans Lucas

Jean-François Copé arrive au Musée social où se tient le bureau politique des LR.
LTD / Julien Muguet / Hans Lucas
LA TRIBUNE DIMANCHE — Après deux semaines de silence, Sébastien Lecornu a abattu ses premières cartes. Ses pistes vous semblent-elles à la hauteur des enjeux ?
JEAN-FRANÇOIS COPÉ — Tout d’abord, je me réjouis de voir que le Premier ministre a mis fin au délire fiscal des derniers jours, où on a vu M. Faure et l’ensemble de la gauche ressusciter un discours rance de haine des patrons et des riches. C’est irresponsable et je voudrais leur rappeler une évidence : la France de 2025 n’est pas une île. La tempête politique majeure que nous traversons est scrutée par l’Europe et les investisseurs du monde entier. Nous sommes en risque maximal. Dans ce contexte, Sébastien Lecornu fait preuve de courage et son sens du dialogue est un immense atout dans cette période catastrophique. C’est un homme de droite dans une France qui est majoritairement de droite.
Affirmer d’emblée que le Parlement sera responsable de concocter le budget, est-ce la bonne voie ou une manière habile de gagner du temps ?
C’est un constat réaliste et une manière de laisser les choses ouvertes. Il faut néanmoins arrêter de mentir : sans majorité, nous ne ferons pas de miracles. Donc les symboles concernant la taxation des familles aisées ou le train de vie des anciens ministres ne rapportent quasiment rien et les Français savent très bien que cela n’améliorera pas leur qualité de vie.
Le Premier ministre fait de la réduction des déficits sa priorité, au diapason de ses prédécesseurs, tout en déclarant vouloir éviter l’austérité. Comment interpréter ce double objectif ?
On sait tous que le noyau dur de nos problèmes, c’est le besoin de réduire les dépenses de l’État. J’ai été ministre du Budget, je parle donc en connaissance de cause. Il faut bien sûr lutter massivement contre la fraude, mais surtout mettre fin aux aides post-Covid qui n’ont jamais été supprimées (exonérations de charges mal ciblées, bouclier énergie trop large, etc.), comme l’a fait Mme Meloni en Italie ! Il faut également vendre les participations minoritaires inutiles de l’État dans certaines entreprises comme Renault ou Engie pour se désendetter.
Sans vouloir rétablir l’ISF, Sébastien Lecornu se dit favorable à un « débat » autour de la justice fiscale, demandée par une écrasante majorité de Français, y compris de droite. Comment doit-il s’y prendre ?
Je l’incite vivement à éviter la créativité fiscale de ceux qui, au nom de la « morale », mettraient en péril notre tissu de PME familiales. L’Italie qui a su réduire les impôts se régale à l’idée de pouvoir à notre détriment, accueillir nos entreprises sur son sol.
Votre chef de parti, Bruno Retailleau, a-t-il les moyens politiques de refuser l’augmentation d’impôts ciblés sur les plus fortunés ?
Il faut faire très attention à la formule selon laquelle « mieux vaut un mauvais budget que pas de budget ». Si une surimposition des riches rapportait des sommes considérables au Trésor public, on pourrait en discuter, mais ce n’est même pas le cas. On doit résorber 3400 milliards de dette et on reviendrait aux vieilles lunes socialistes des années 1980 ? Elles ont été désastreuses ! Et il ne faut pas s’y tromper : le prix exigé par M. Faure, à six mois des municipales, est délibérément très élevé. Le PS est dans une surenchère avec LFI.
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À quel point Les Républicains doivent-ils rester des alliés
du bloc central ?
Je ne pense pas qu’il faille aller au-delà de ce que nos convictions nous amènent à défendre. On peut faire des petits gestes, mais ce serait une erreur de se renier. Ce serait une faute politique que nous paierions plus tard et que nous ferions payer à la France.
L’option consistant à se tourner vers le RN serait-elle acceptable ?
Il s’agit de présenter une copie budgétaire et d’inviter chacun à prendre ses responsabilités. Il se peut que, sur certains sujets, les députés de droite, de gauche et du RN puissent tomber d’accord, ça ne me choquerait pas. Il ne s’agirait en rien d’une alliance électorale.
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Considérez-vous toujours qu’Emmanuel Macron, qui peut à nouveau dissoudre l’Assemblée, doit mettre fin à ses propres fonctions ?
Une nouvelle dissolution serait la pire des solutions, car s’il est à nouveau désavoué, il ne pourra faire autre chose que partir. Sauf que celui qui lui succéderait serait - tout le monde l’oublie - dans l’impossibilité de dissoudre pendant un an ! Cela condamnerait la France à poursuivre sa descente aux enfers. Donc la seule solution est que M. Macron programme comme le Général de Gaulle en 1969, sa propre démission par exemple au lendemain des municipales. Cela nous permettrait d’organiser une nouvelle donne avant qu’il ne soit trop tard.