BAROMÈTRE EXCLUSIF. Jordan Bardella sur le podium des personnalités politiques de 2025… sans Marine Le Pen

Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella aux côtés de Marine Le Pen.
LTD / REUTERS / Tom Nicholson

Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella aux côtés de Marine Le Pen.
LTD / REUTERS / Tom Nicholson
Voilà qui risque d’alimenter le « consensus médiatique » dont s’inquiètent certains lepénistes. À leurs yeux, trop d’élus du RN imaginent déjà Jordan Bardella les représenter à la prochaine présidentielle. La perception de l’électorat les y incite.
Dans notre baromètre des personnalités politiques de 2025, réalisé par Ipsos-BVA et l’école d’ingénieurs Cesi, le président du Rassemblement national est premier chez les hommes, 36 % des sondés estimant qu’il a le plus marqué l’année, devant Nicolas Sarkozy (23 %), Emmanuel Macron (20 %) et… Marine Le Pen (19 %). Il est deuxième chez les femmes. Et ce sans qu’il y ait eu de scrutin national depuis dix-huit mois et alors même que l’actualité s’est beaucoup jouée à l’Assemblée, où Jordan Bardella ne siège pas.

Cette enquête illustre combien la condamnation, le 31 mars dernier, de la députée du Pas-de-Calais à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics a bouleversé les projections des Français. Présumée innocente dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la fille de Jean-Marie Le Pen va entamer son procès en appel le 13 janvier.
Une voie de passage existe mais son issue est incertaine. Dans un sondage réalisé fin novembre par Odoxa, son poulain a été crédité de 35 à 36 % des intentions de vote au premier tour en 2027 et donné gagnant au second face à Édouard Philippe – Marine Le Pen, elle, n’y a même pas été testée.
Le deuxième livre de Jordan Bardella, Ce que veulent les Français, publié par Fayard, s’est déjà écoulé à plus de 80.000 exemplaires. Auteur de la même maison, Nicolas Sarkozy encense le trentenaire, le compare à Jacques Chirac, pourtant initiateur du « cordon sanitaire » vis-à-vis de l’extrême droite. Qu’importent les contresens historiques.
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Depuis la rentrée, l’eurodéputé a partagé son temps entre séances de dédicaces, mandat bruxellois, prestations médiatiques et « mondanités », dixit une tête pensante frontiste. Une allusion aux entrevues de Jordan Bardella avec des figures du patronat, souvent organisées grâce à son conseiller économique François Durvye.
Cet automne, il a déjeuné avec Frédéric Merlin, dirigeant du BHV. Que celui-ci ait noué un partenariat très décrié avec la plateforme chinoise d’ultra-fast fashion Shein, le leader nationaliste s’en moque. La détérioration du climat politique et la profusion d’ambitions individuelles à droite et au centre dopent sa popularité.
Et se faire enfariner (le 25 novembre) lors d’un déplacement à Vesoul ou recevoir un œuf sur la tête (le 29 novembre) à Moissac ? Un complice le dit sans ambages : « Ça lui permet de se dépeindre en victime d’attentat… Quitte à ce que ce soit un peu ridicule. »
À la télévision, il déploie sa com redoutable, entre éléments de langage calibrés pour les réseaux sociaux et gages de sa maîtrise des sujets techniques. Qu’il en ressorte une séquence vaguement incommodante pour lui et le vernis se fendille. Comme le 13 décembre où, invité de Quelle Époque ! sur France 2, l’élu RN a subi les moqueries de l’ex-ministre Roselyne Bachelot quant au « cirage de pompes » dont il gratifierait Donald Trump.
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En toile de fond, la critique de son inexpérience prend de l’ampleur, formulée notamment par Xavier Bertrand et Jean-François Copé, tout comme les commentaires sur sa tendance un rien scolaire à vouloir se doter d’une épaisseur culturelle. Ces reproches exaspèrent l’entourage de Jordan Bardella. Un bon connaisseur de la sphère national-populiste y voit un signe de fébrilité : « Bachelot, Bertrand… Normalement tu balaies ça d’un revers de main et tu passes vite à autre chose. » S’il vient à briguer la magistrature suprême, la lessiveuse politique ne s’en trouvera que plus brutale pour le président du RN.
Retrouvez l'intégralité du Baromètre IPSOS cesi école ingénieurs pour La Tribune Dimanche.