Rémi et Solenne Thévenet s’apprêtent à commercialiser un neuvième produit issu de la cucurbitacée. Une audace qui leur permet de vivre correctement de leur ferme céréalière.
Prise à la gorge entre des charges grimpant en flèche et des cours mondiaux fluctuant sans cesse depuis quatre ans, l’agriculture française n’est pas condamnée au déclin et à la paupérisation, pour peu qu’elle fasse preuve d’innovation.
C’est en appliquant ce principe que Rémi et Solenne Thévenet, repreneurs en 2022 de l’exploitation familiale de 170 ha de céréales située dans le sud-est de l’Eure-et-Loir, en ont fait la démonstration. « Contrairement aux années 80, une ferme de taille moyenne comme la nôtre ne peut plus subvenir aux besoins d’une famille de quatre personnes, constate Solenne Thévenet, mère de deux enfants. Restait donc, pour la nôtre, à se démarquer et à trouver un créneau qui fasse sens. »
« Nous nous sommes dit qu’il y avait un vrai marché »
Alors que plusieurs de leurs voisins céréaliers de Beauce se sont lancés parallèlement dans la bière et la farine, le couple de trentenaires, tous les deux diplômés d’une école de commerce, a jeté son dévolu sur la graine de courge.
« Riche en protéines végétales, en fer et en magnésium, elle constitue un aliment nutritif de qualité, consommable à tous les repas, assure l’agricultrice. Bien que la consommation française soit conséquente, notamment dans les menus végétariens, les graines de courges sont issues de légumes essentiellement importés de Chine et d’Europe de l’Est. Face à cette aberration, nous sommes donc dit qu’il y avait un vrai marché ». Une niche prometteuse, qui donne lieu à la création, en 2022, de la SAS Valconie, du nom de la vallée de la rivière la Conie, où se trouve l’exploitation.
Les Thévenet, qui ont commencé à planter graduellement des courges il y a cinq ans, exploitent une trentaine d’hectares de cette cucurbitacée peu consommée pour sa chair. Dans les faits, la plante est concassée pour en extraire les graines, tandis que la chair est laissée au sol pour servir d’engrais aux récoltes futures.
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À la clé, une production de l’ordre de huit à neuf tonnes. « Dès le démarrage de la nouvelle activité, nous avons constitué une vraie gamme de graines, brutes, torréfiées, salées, sucrées, que nous renouvelons chaque année, précise Solenne Thévenet. En mars, le goût ail-basilic sera notre neuvième référence. »
Caramélisées, au chocolat ou en pâte à tartiner
Pour écouler sa récolte de graines, le couple a également mis en application les enseignements acquis lors de ses études. Valconie s’appuie sur deux canaux différents de commercialisation. En premier lieu, un réseau BtoB de quelque 150 épiceries fines et magasins de producteurs diffuse les produits, sous forme brute ou transformée. La marque beauceronne distribue ainsi des graines caramélisées, au chocolat, ou encore des pâtes à tartiner mixant graines et noisettes.
Via les salons organisés par l’association de producteurs Pari fermier – entre 25 et 30 manifestations annuelles –, les agriculteurs vendent également en direct leurs produits à l’échelle du pays. « Rencontrer nos clients est primordial pour connaître leurs goûts et adapter notre offre, remarque Solenne Thévenet. Le contact nous permet aussi de toucher du doigt la mission que nous nous sommes fixée en reprenant la ferme de mes parents : nourrir nos concitoyens grâce à des produits sains et gourmands ».
À cette satisfaction éthique s’ajoute l’aspect financier. En ajoutant les grains de courges au blé, orge, colza, maïs et pommes de terre déjà cultivés dans la ferme, Rémi et Solenne Thévenet ont rendu leur exploitation rentable avec des recettes annuelles complémentaires de 250.000 euros.
Un gage de pérennité assuré par la diversification, phénomène de plus en plus récurrent dans l’agriculture française. Entre les nouvelles cultures additionnelles, l’énergie photovoltaïque ou encore la méthanisation, la mono-activité des exploitations semble désormais appartenir au passé.