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Dépenses publiques: le match France-Suisse

Pierre Chappaz

Publié le 10 juin 2013 à 13:10 - Mis à jour le 10 juin 2013 à 14:04

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La réduction de la dépense publique de la France semble de plus en plus difficile à mettre en oeuvre. En 2013 encore, le gouvernement prévoit de dépenser 20% de plus que le montant de ses recettes. Pour notre blogueur Pierre Chappaz, résident en Suisse, c'est l'occasion de comparer la politique d'un état "fit", allégé, et notre Etat-providence, dont le modèle atteint ses limites.

Je suis né dans un pays devenu l'un des plus collectivistes du monde occidental : la France (voir le tableau ci-dessous). Et j'ai choisi de vivre dans un pays plutôt libéral: la Suisse. Cela me permet de faire quelques comparaisons intéressantes ...

L'Etat-Providence est au bout du rouleau
Comme je l?ai expliqué dans mon précédent article pour la Tribune, la politique d'incitation au crédit des principaux gouvernements et des banques centrales est à l'origine de la crise. En France, l'Etat-Providence accumule les dettes depuis 38 ans (1974). En 2013 encore, le gouvernement prévoit de dépenser 20% de plus que le montant de ses recettes. La Suisse a évité cette dérive du crédit, en actionnant le frein aux dépenses dès 2002. Le pays n'a que très peu de dette (tableau ci-dessous).

La France est une société malheureuse, qui n'a plus confiance dans l'avenir. Le modèle de croissance à crédit est épuisé. En Suisse, la société, libérale sur le plan économique comme sur le plan social, fonctionne bien. Nulle trace de la déprime qui régne dans l'hexagone. La solution: opter pour un Etat modeste et efficace, et libérer les initiatives. Les très grands écarts constatés entre les pays les plus et les moins collectivistes montrent bien que nos sociétés n'ont pas besoin d'un état obèse pour fonctionner. Vouloir un état "fit" est un choix politique.

Revoir les missions de l'Etat
En France il y a 34 ministres, en Suisse 7 (18 dans le gouvernement Monti en Italie, 15 dans celui de Merkel). Combien de ministères français pourraient être supprimés sans dommage? Certainement la majorité.

Il y a peu de missions pour lesquelles l'Etat est indispensable: la sécurité, l'administration de la justice, le soutien des personnes incapables de subvenir à leurs besoins, la défense et les relations internationales. Il faudrait ajouter l'enseignement, mais le "mammouth" français aurait besoin d'une sérieuse réforme. L'enseignement privé, qui fonctionne mieux que le public, ne coûte-t-il pas moins cher ? Et l'économie ? Moi qui suis chef d'entreprise, je ne vois pas la nécessité de ce ministère, qui dépense l'argent public de manière inopportune en cherchant à prolonger la survie d'industries condamnées, ou en lançant des projets sans avenir.

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La question de la protection sociale
En Suisse, l'assurance-maladie est privée. Elle n'accumule pas les déficits. Et la qualité des soins n'a rien à envier aux pays voisins. L'assurance-chômage est particulièrement coûteuse en France, sans parler du RSA et des autres dispositifs d'assistanat. Ici en Suisse il y a moins de "protection sociale" mais quasiment pas de chômage (3,7%) : quand on perd son emploi, on se bouge et on en retrouve généralement un très vite.

L'école forme les jeunes en tenant le plus grand compte des besoins de l'économie, il n'y a pas de "code du travail" (3300 pages de règlements imposés aux entreprises françaises), les gens ont envie de travailler et les entreprises sont extrèmement compétitives (malgré le haut niveau du Franc suisse). Logiquement, en Suisse, les charges sociales sur les salaires sont beaucoup plus faibles : 6,25% pour les salariés et l'employeur, plus une cotisation maladie de 7 à 18%. En France c'est 25% pour le salarié et 50% pour l'employeur, ce qui explique le niveau très bas des salaires nets dans l'hexagone.

La Suisse, un état "fit"
La Confédération helvétique est un état fit. Léger. Très décentralisé: les cantons décident presque tout à leur niveau, sans pour autant être atteints de folie des grandeurs comme les régions et départements français. En Suisse, l'Etat a une influence limitée : les citoyens ont toujours le dernier mot grâce aux referendums et aux initiatives populaires. L'Etat consomme 35% de la richesse produite en Suisse. En France c'est 56%. Qu'est-ce que l'Etat Français fait de plus avec ses dépenses supplémentaires? Rien de bon.

En Suisse, les transports fonctionnent, la sécurité est relativement bien assurée, même si cela se dégrade, la population est davantage connectée à Internet qu'en France, l'industrie a bien mieux résisté, le chômage est à 3,7%, et j'ai déja dit qu'il y a peu de dette. C'est un exemple de pays libéral, certes imparfait: l'impôt sur le revenu atteint le niveau élevé de 45%, il y a un ISF à 1% dans le canton de Genève. Mais pas de CSG ou d'impôt sur les plus-values mobilières pour les particuliers, et le taux de TVA est la moitié du taux français.

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La société suisse a établi un consensus sur la nécessité de travailler beaucoup, on l'a vu avec l'échec de l'initiative qui proposait de passer de 4 à 6 semaines de vacances. Ici, les entrepreneurs se sentent encouragés. Mes compatriotes français devraient se défaire de leur complexe de supériorité face à la Suisse. Leur excuse ("si ça marche, c'est parce que c'est un petit pays!") ne vaut pas un clou. Quand les socialistes français auront échoué comme c'est prévisible, la France aura une opportunité de prendre enfin la direction du libéralisme. Mais en en aura-t-elle le courage ?

Pierre Chappaz

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