Hong Kong (re) découvre ses pauvres

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Avec les buildings, la pauvreté s'est installée à Hong-Kong : 1,3 million de personnes, soit 16,1% de la population, vivent sous le seuil de pauvreté. | REUTERS
Avec les buildings, la pauvreté s'est installée à Hong-Kong : 1,3 million de personnes, soit 16,1% de la population, vivent sous le seuil de pauvreté. | REUTERS (Crédits : REUTERS)
Après un demi siècle de croissance à faire pâlir l’Europe d’envie, l’ancien dragon asiatique est aujourd’hui l’une des villes les plus riches du monde. Depuis septembre cependant, Hong Kong a redécouvert ce qu’elle pensait avoir vaincu il y a déjà plusieurs années : la pauvreté. Décryptage de notre contributeur, Charles-Henri Larreur.

C'est dans les années 60 que Hong Kong sort du sous-développement et devient peu à peu un pays industrialisé. L'ouverture de la Chine en 1979 et la création des zones franches, notamment celle de Shenzhen, au nord de Hong Kong, vont encore accélérer le développement de la ville.

Un petit havre d'équité sociale ?

L'économie se diversifie et se tourne alors vers les services, notamment la logistique portuaire et la finance. Cette période dorée permet à Hong Kong de gagner sa place parmi les pays développés. Son PIB par habitant passe de 5.700 dollars en 1980 à 36.000 en 2012, soit un niveau comparable à la France ou au Royaume-Uni.

Ce développement s'accompagne par ailleurs d'avancées sociales majeures : la santé et l'éducation sont gratuites, les transports peu chers et la ville propose des logements sociaux à des prix attractifs. En 1996, Hong Kong fait un nouveau geste en faveur des plus démunis et introduit la Comprehensive Social Security Assistance (CSSA), une sorte de mini sécurité sociale locale.

Ultra-précaire précarité

 Forte de ces succès, Hong Kong se considère à bien des égards comme un petit havre de prospérité et d'équité sociale. Le choc est donc grand quand, le 28 septembre dernier, la ville calcule pour la première fois son seuil de pauvreté. Même si personne n'était naïf au point de croire qu'il n'y avait plus de pauvres, le résultat surprend : 1,3 million de personnes, soit 16,1% de la population, vivent sous le seuil de pauvreté, défini comme en France comme la moitié du salaire médian.

Le bas niveau du seuil de pauvreté étonne également. Il se situe à 3.600 dollars de Hong Kong (360€) par mois pour une personne seule. En France, par comparaison, 7,7% de la population vit sous le seuil de pauvreté (égal à 814 euros par mois).

Un salaire minium insuffisant ?

 Les résultats de l'enquête montrent qu'à Hong Kong, la précarité concerne d'abord les travailleurs pauvres et les personnes âgées. Ils révèlent également que de nombreux démunis, bien qu'ayant droit aux aides sociales, ne s'inscrivent pas à la CSSA. Dans la culture locale, recevoir une aide publique est en effet souvent perçu par le récipiendaire comme une déchéance personnelle.

Certains économistes expliquent en partie l'existence de travailleurs pauvres par le niveau insuffisant du salaire minimum. Augmenté en mai dernier, il se situe aujourd'hui à 30HK$ (3,00€) de l'heure, un niveau que beaucoup jugent trop faible. Selon eux, un exemple simple permet de le montrer : dans aucun autre pays développé au monde le prix du menu Big Mac de McDonald's n'est aussi bas. Il coûte en effet 21HK$ (2,10€), contre 6,30€ en France.

Les arbitrages commencent

 Quelles solutions donc pour diminuer la pauvreté ? Certains penchent pour une augmentation du salaire minimum, expliquant qu'une économie de plein emploi comme Hong Kong pourrait se le permettre. D'autres, craignant l'impact d'une telle mesure sur les petits commerces, envisagent plutôt la création d'un revenu complémentaire distribué par le gouvernement.

 Parmi les autres pistes sérieuses, les autorités songent à relancer le programme de logements sociaux ou à introduire un véritable système de retraite. Quadrature du cercle, le gouvernement cherche également à préserver une fiscalité attractive, un endettement public modéré (31% du PIB) et un environnement légal propice aux affaires. Bref, les arbitrages difficiles vont commencer et, à l'autre bout du monde, une partition que nous connaissons bien commence à se jouer...

 

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Commentaires
a écrit le 05/11/2013 à 15:43 :
1. Oui, il y a un manque de logements sociaux. La construction s'est ralentie ces dernières années (+7% de logements seulement depuis 2000, je parle de mémoire), ce qui explique pourquoi le gouvernement songe à relancer ces programmes de construction.
2. Contrairement à ce que vous laissez penser, l'hôpital public est totalement gratuit pour les résidents permanents de HK (que ce soit un accouchement, une opération ou un traitement contre le cancer, etc). Les assurances privées dont vous parlez servent à couvrir les frais engagés par ceux qui ont recours aux cliniques ou cabinets médicaux privés.
3. Les cahiers et uniformes peuvent coûter cher mais il existe des subventions partielles ou totales pour les familles dont le revenu se situe sous un certain niveau.
4. Il n'y a pas plus d’entretiens pour les écoles publiques qu’en France. Cela concerne quelques écoles bien particulières, ultra minoritaires, souvent internationales et privées dans lesquelles les expatriés aiment inscrire leurs enfants.
5. Le cursus de l'école publique peut-être fait en anglais ou en cantonais, dans les deux cas, l'école est gratuite.
6. Oui, Hong Kong reste malgré tout cela une société plus inégalitaire que l'Europe. Le choc de ces dernières semaines est du au fait que la population de HK, fière des mesures mentionnées ci-dessus, semble s'apercevoir seulement maintenant de l’ampleur des inégalités (surtout vis à vis des retraités et des personnes non qualifiées).
a écrit le 04/11/2013 à 12:25 :
Depuis l'Europe, c'est intéressant d'avoir un point de vue local, capable de comparer nos deux systèmes " au quotidien" . Merci
a écrit le 22/10/2013 à 13:49 :
Votre blog est vraiment remarquable. Je vous remercie de votre travail: cela nous change du travail fait à la va vite par certains journalistes!
a écrit le 21/10/2013 à 16:24 :
votre article me surprends. En théorie, vous avez raison. mais on ne vit pas dans un hong kong theorique
Vous parlez entre autres de logements sociaux a prix attractifs ...Certes mais il n'y en a pas de disponible. A tel point que plusieurs generations dans une meme famille, voir meme de parfaits etrangers ,doivent partager des appartements pour pouvoir se loger.
La couverture sociale est soumise a pas mal de criteres, pour le reste, mieux vaut avoir des sous de coté car même avec une mutuelle fournie par l'employeur, il faut souvent mettre au bout. L'education gratuite oui! mais elle n'inclut pas les livres, cahiers et autres fournitures scolaires, sans compter les couteux uniformes de chaque ecole avec socquettes blanches et chaussures noires obligatoires. Mais avant de pouvoir en bénéficier encore faut il, à force d'entretiens dignes d'entretiens d'embauche et ceci dès la maternelle, avoir pu decrocher le sesame pour pouvoir etudier dans une de ces ecoles ( meilleures elles sont, que ce soit privées ou publiques, plus il y a de la selection à l'entrée). Sans compter qu'il faut dans le cas des ecoles publiques, parler le cantonais, langue dans laquelle la plupart des cours est dispensée ( bien que l'anglais et le mandarin soient langues obligatoires), ce qui exclut les non cantonais des filieres publiques ( indiens, chinois non issus du sud de la chine, et toutes autres origines...).

bref, ça ne fait qu'accentuer le déséquilibre, car meme en gagnant un salaire honnete beaucoup ont du mal a s'en sortir ( et entre autres les chinois de chine qui viennent tenter leur chance dans l'eldorado hong kongais)

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