La Chine, le premier marché de l'art du monde ?

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La première foire de Shangaï a rassemblé plus de 60 000 spectateurs.
La première foire de Shangaï a rassemblé plus de 60 000 spectateurs. (Crédits : Reuters)
Avec une croissance de 900% en dix ans, l'art est de plus en plus plébiscité en Chine. La multiplication des fortunes au pays du soleil levant n'y est d'ailleurs pas étrangère...

Des marchés de l'art "émergents", la Chine se taille la part du lion, que ce soit du fait de l'importance de son marché domestique ou de celle de ses collectionneurs, très mondialisés. Publié à l'occasion de la foire, le TEFAF's Art Market Report 2014, propose un focus sur la région, dont l'importance ne cesse de croître dans le monde de l'art.

En 2013, la Chine a été le second marché mondial en valeur, avec un total de ventes s'élevant à 11,5 milliards de dollars. Ces ventes ont connu un rebond de 2 % - après l'accalmie de 2012 et l'explosion du marché en 2011. La Chine représente ainsi 24 % des ventes d'art mondiales en 2013.

 

Un marché en hausse de 900% en dix ans 

Durant la dernière décennie, la relation entre l'offre et la demande, de plus en plus forte, a dynamisé le marché chinois - qui a connu une croissance de 900 % en dix ans selon le rapport TEFAF. Cette croissance s'inscrit dans un contexte plus large de réussite économique. Malgré un ralentissement en 2012 et une stagnation en 2013, la croissance du pays a été en moyenne de 10 % par an depuis le début des années 2000.

Consécutivement, le PIB par habitant a augmenté de 450 %, provoquant une explosion des HNWI (High-net-worth-individual : personnes ayant des actifs supérieurs à 1M$). Selon le rapport, cette nouvelle classe porte un intérêt très fort pour les marchés du luxe, résultant en une forte croissance des ventes d'antiquités et d'art chinois.

 

Les maisons de vente aux enchères explosent 

Le rapport de la TEFAF structure le marché de l'art chinois en deux pôles : le secteur des enchères - qui représente environ 70 % du marché - et le secteur des galeries et des marchands. Le rapport fait état de l'existence de 335 maisons de ventes en Chine continentale - répertoriées par la Chinese Auctioneers Association (CAA)- dont 28 % sont basées à Pékin, 14 % à Shanghai et 14 % à Hong Kong. Les deux centres névralgiques chinois sont Pékin et Hong Kong. Ce sont cependant Shanghai et Pékin qui bénéficient le plus d'ouvertures de maisons de ventes.

En 2013, le volume des ventes aux enchères a augmenté de 8 % par rapport à 2012. Le taux d'invendus demeurent cependant constamment élevé et 2013 a même vu le record de la décennie, avec un taux atteignant 53 %.

 

Hong Kong, place des enchères 

En 2013, le capital social des maisons de ventes chinoises s'élevait à 510 M€. En 2012, le CAA a réalisé une enquête auprès de 300 maisons de ventes, dont les résultats montrent que 48 % d'entre elles accusent un résultat positif et 16 % un résultat proche de 0 - cette enquête n'a pas été menée en 2013. L'année dernière, les ventes effectuées en vacations publiques ont atteint 7,5 M€. Près de 29 % de ces résultats ont été réalisés (en valeur) à Hong Kong. Poly Action a la plus grande part de marché (13 % avec un total de vente de 942 M€), suivie par China Guardian, Christie's, Sotheby's et Beijing Council. Le top 10 représente 56 % des ventes d'art, d'art déco et d'antiquités en Chine et à Hong Kong.

D'abord concentrés sur Hong Kong, Christie's et Sotheby's sont aujourd'hui présents en Chine continentale. En septembre 2012, Sotheby's a fusionné avec l'entreprise publique Beijing GeHua Art Co, en prenant une participation de 80 % dans le groupe. En avril 2013, Christie's est devenue la première maison de ventes internationale à obtenir une autorisation pour exercer en Chine.

Des galeries et des marchands privés encore matérialisés

La majorité des galeries de Chine continentale se concentre sur l'art contemporain, quand les galeries hongkongaises sont plutôt spécialisées dans les antiquités et arts décoratifs. Selon le rapport, il existe environ 6.200 galeries en Chine, avec un chiffre d'affaires moyen de 3,3 M€.

67 % des ventes en galeries ont été réalisées dans les locaux desdites galeries. Bien que la majorité des galeristes avouaient ne pas réaliser une grande part de leur chiffre d'affaires en ligne, il faisaient part de leur confiance en la dématérialisation - 70 % des galeristes considèrent qu'internet joue un rôle positif dans leur organisation.

La présence de clients internationaux est - sans surprise - inégale pour les galeries chinoises. Ainsi, près de 59 % des ventes en galeries ont été effectuées auprès de clients chinois. Certaines galeries ont cependant déclaré vendre pour 80 % à des clients étrangers - majoritairement suisses, américains et indonésiens. Cependant, les galeries chinoises se sont montrées réticentes à l'arrivée de galeries étrangères sur leur sol : 60 % des galeries sur lesquelles se fonde l'enquête ont déclaré penser qu'un tel afflux ne serait pas positif.

 

Le balbutiement des foires 

Représentant 33 % du marché en valeur, les foires ne sont pas une tendance dominante en Chine continentale - fait attribué à un réseau de galeries moins profond. Les participants interrogés ont pourtant fait état d'une volonté de participer aux foires plus fréquemment - une tendance catalysée par de nouvelles foires émergentes à l'image d'Art HK qui a eu sa première édition en 2013, en attirant 60.000 visiteurs.

Un importateur glouton 

En 2013, les exportations chinoises ont totalisé 786 M€, excédant les importations d'un million d'euros seulement - un fait qui témoigne de la gloutonnerie de ce grand importateur. Le rapport de la TEFAF met en avant une croissance substantielle des importations entre 2002 et 2012 (500 %) face à une augmentation moindre (400 %) des exportations. En 2012, la Chine était le quatrième pays importateur d'art mondial, et le cinquième exportateur mondial. En dépit de cela, son commerce global reste faible par rapport à la taille de son marché.

La Chine continentale est devenue majoritaire (53 %) dans l'activité commerciale du pays - dépassant Hong Kong et son long statut de plateforme commerciale du pays. En 2012, la destination principale des exportations chinoises (Hong Kong inclus) a été les États-Unis (29%), suivis par le Japon (28 %). Les destinations des exportations en provenance de Hong Kong uniquement ont été les États-Unis (41%), le Royaume-Uni (19 %) Singapour (9 %) et la Suisse (7 %)

A l'inverse, en 2012, les principales provenances des importations chinoises ont été le Royaume-Uni (10 %), la France (13 %), l'Inde (9%) et les États-Unis (5 %). Ces résultats souffrent cependant d'un biais méthodologique puisque 53 % des importations chinoises sont désignées comme étant « de Chine » - une statistique montrant le taux de réimportation d'œuvres exportées temporairement.

 

L'art occidental, l'apanage des plus fortunés

La majorité des ventes aux enchères chinoises ont consacré le segment des beaux arts (66 %). La peinture et la calligraphie chinoises se sont révélées être les médias les plus recherchés, représentant 56 % du marché en valeur.

Les collectionneurs s'intéressant à la peinture à l'huile ont montré une préférence forte pour les œuvres plus anciennes et réalistes - avec des records pour les travaux des artistes Jin Sangyi ou Qiu Ti en 2013. Les ventes des œuvres de Zeng Fanzhi sont restées dynamiques, tandis que les œuvres d'artistes contemporains établis - Zhang Xiaogang, Wang Guangyi, Zhou Chunya, Yue Minjun et Liu Ye - ont eu des résultats plus « mitigés ».

Le rapport estime qu'il n'y a qu'une cinquantaine de collectionneurs d'art occidental de premier plan en Chine continentale. Pourtant, Sotheby's et Christie's ont déclaré avoir vendu des œuvres de Pablo Picasso ou Egon Shiele à des collectionneurs chinois. Le rapport cite également des rumeurs déclarant qu'un collectionneur chinois aurait enchéri jusqu'à 120 M$ pour acquérir le triptyque de Bacon récemment mis en vente par Christie's.

Bien qu'ayant une taille majeure, le marché de l'art chinois n'est pas exempt d'enjeux délicats : les paiements tardifs ou les folles enchères demeurent des problèmes récurrents du marché chinois - parmi d'autres.

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Commentaires
a écrit le 15/09/2018 à 9:30 :
J'ai une collectionneur
a écrit le 29/04/2014 à 22:19 :
Au pays du soleil levant !
Réponse de le 30/04/2014 à 1:49 :
Le pays du soleil levant c'est le Japon, il faudrait revoir vos classiques!

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