Ce que nous dit Noël comme joli rituel de cohésion sociale

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(Crédits : Reuters)
En cette veille de Noël familial, gageons que vous avez déjà fêté l’évènement au bureau…ou dans une salle de spectacle avec vos collègues et patrons. Alors que depuis belle lurette les CE des grosses boîtes n’oublient pas de convier parents et enfants autour d’un père Noël, la fête s’enracine aussi depuis peu dans les Pme et les bureaux des grands groupes de façon moins institutionnelle.

Il semblerait que l'époque morose, des mois de crise et une tension exacerbée, aient fait naître le besoin de se lâcher. Ou du moins de se retrouver à partager quelques bulles de champagne.

Car ce rituel de Noël est, de tous, le seul à permettre un resserrement des liens, un apaisement des conflits, voire, dans l'idéal, un pardon. D'abord à cause de son sens symbolique d'échange de dons.

La fête de la renaissance de la vigueur du soleil

Ensuite par son message de transition et de redémarrage. N'oublions pas qu'à l'origine le 25 décembre est dans l'antiquité la fête de la fin du solstice d'hiver et la renaissance de la vigueur du soleil, d'où ce nom de « Sol Invictus » (Soleil Invaincu) avant que Constantin n'y ajoute en 336 « Natus Christus un Bethleem ».

Le sociologue Emile Durkheim ne s'y trompait pas, lui qui voyait dans les rituels l'occasion de « renforcer le sentiment d'appartenance collective et de dépendance à un ordre moral supérieur sauvant les individus du chaos et du désordre ». Ou comment arriver à briser l'enfer de l'open space avec un bel arbre de Noël et un buffet.

Au début du siècle dernier, Marcel Mauss, son neveu et disciple, étudie le don dans les sociétés archaïques qu'il consigne dans un « Essai sur le don » en 1925. Grâce à lui, on comprend mieux ce qui se joue sous le sapin. Comme dans la Kula, le système d'échange des Maoris, nous jouons au jeu de « l'échange volontaire obligatoire », à la fois parce que nous le voulons bien mais aussi parce que la tradition nous y oblige, faute de quoi nous risquons à l'instar des indigènes de rompre nos relations.

Des politesses, des festins, des rites et des danses

Point n'est besoin de s'échanger des cadeaux dans l'entreprise car ce qu'ils échangent ce n'est pas exclusivement des biens et des richesses, des choses utiles économiquement. Ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites et des danses.

Le rite est interprété comme un moyen de renforcer la cohésion sociale du groupe face à un danger potentiel ou à l'anomie d'une société. Essentiel au cœur de la crise économique.

Le rite peut aussi être interprété comme un moyen de revivifier les croyances. C'est le moment où on échange sur l'avenir de l'entreprise, on partage ses questionnements, on dresse des bilans du chemin parcouru.

Une personnalité morale supérieure

Si l'on en croit Durkheim mais aussi Kant, le rite rapporte les individus à une personnalité morale supérieure à eux, au sens où, dans l'effervescence de l'action collective, la réunion des individus constitue un tout supérieur à la somme de ses parties.

Dans un même temps, il constitue les individus eux-mêmes en personnes morales, au sens où ceux-ci, en tant qu'ils participent tous à la société, se doivent mutuellement le respect. Encourageant non ? Surtout dans ces temps de dérapages verbaux à l'angle des couloirs…

Le hic dans ce type de fête, c'est la frontière entre vie privée et vie professionnelle. La crainte d'y dévoiler une partie de soi qui échappe à l'environnement professionnel. Le risque qu'entre un canapé au saumon et trois coupes de champagne, on laisse tomber son masque.

Rassurons-nous, la convivialité est un piège bien ordinaire dans l'entreprise et d'une extrême banalité. Au même titre que le repas de famille élargi au soir de Noël. Là encore, un autre sociologue, l'américain Erving Goffman ne croit pas en une personnalité unique qui serait « normale » en un sens plein.

« Chaque monde social est une scène »

En endossant un rôle, l'individu respecte aussi les rôles que jouent les autres individus, faute de quoi la mise en scène de la relation sociale est impossible. Il y a donc dans ces réunions de groupe entre salariés d'une même entreprise une sorte de langage universel à travers lequel les acteurs peuvent varier l'étendue de leurs comportements (on peut chanter, danser, se déguiser entre collègues…) tout en gardant une réserve secrète de comportements.Ouf !

Pour lui ce n'est pas « le monde qui est une scène », ce qui laisserait supposer que la réalité serait à l'intérieur de soi mais que « chaque monde social est une scène ». Ce qui encourage à nous y investir pour jouer à inventer de nouveaux rôles et de nouveaux jeux.

Quand on sait que la tradition du sapin de Noël, toujours vert, symbolise la vie qui ne meurt pas, il est de bon augure d'en disposer dans les entreprises en cette période d'incertitudes. Joyeux Noël !

 

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Commentaires
a écrit le 25/12/2013 à 12:12 :
Joyeuses fêtes de Noël à tous, et n'oublions pas les personnels de la TRIBUNE qui nous offrent l'hospitalité pour nos propos. Merci et Bonnes Fêtes.
a écrit le 24/12/2013 à 11:47 :
Si Noel est une fête de famille, alors elle est plutôt tournée vers les ancêtres... mais le comble c'est que les commerçants ont réussi à en faire une fête pour les enfants avant tout. C'est naze...
a écrit le 22/12/2013 à 17:22 :
Et pis c'est tout !
Réponse de le 24/12/2013 à 11:12 :
dans une société laique et multiculturaliste comme la notre,Noel est mal vécue par une partie de la population.pourquoi ne pas rebaptiser Noel la "Fete des enfants"?.nous attendons les propositions du conseil d'état a ce sujet
Réponse de le 27/12/2013 à 9:40 :
@elu ps , une provoque de plus ? Ne pensez-vous pas que dans certains quartiers les catholiques ne vivent pas mal leur situation tout le long de l'année ???

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