Ariane 6 : la CFE-CGC craint une mort subite du nouveau lanceur
Jean-Philippe Déjean

La B-Line d'ArianeGroup au Haillan : une ligne de production ultra automatisée.
Agence Appa
Jean-Philippe Déjean

La B-Line d'ArianeGroup au Haillan : une ligne de production ultra automatisée.
Agence Appa
Alors que la prochaine conférence des ministres des Etats membres de l'Agence spatiale européenne (Ase) chargés des affaires spatiales a lieu en novembre à Séville (Espagne), le syndicat CFE-CGC, organisation syndicale numéro une d'ArianeGroup, l'instrument industriel des lancements spatiaux européens, tire une fois de plus la sonnette d'alarme. Si sur le papier l'activité spatiale européenne ne se porte pas si mal, après la longue période de domination du lanceur Ariane 5 sur le marché mondial, dans les faits la bonne santé de cette activité suscite des craintes récurrentes et de plus en plus intenses chez les salariés d'ArianeGroup, en France et à l'étranger. Le plus gros site d'ArianeGroup, avec plus de 3.000 salariés, se trouve en Gironde.
Comme d'habitude, serait-on tenté de dire, la question ne se pose pas aux Etats-Unis puisqu'une loi interdit formellement de faire lancer des satellites militaires américains par une puissance étrangère. Autant dire que, selon l'analyse faite par la CFE-CGC, la situation spatiale européenne, pourtant émaillée de brillants succès, semble évoluer dans une ambiance pour le moins malsaine sinon grotesque.
"Le gouvernement allemand n'est pas dans une Europe des projets mais dans l'Europe des nations. Il fait lancer des satellites par les concurrents américains de l'Union européenne et personne ne comprend pourquoi il fait ça" admet Philippe Géry, qui ne pense pas que cette situation soit le résultat d'un chantage américain sur les ventes de grosses berlines allemandes aux Etats-Unis.
Dans le communiqué officiel qu'elle a mis en circulation, la CFE-CGC pose d'abord une question. "Comment expliquer au contribuable européen que les pays comme l'Allemagne ou l'Espagne confient le lancement de certains de leurs satellites à SpaceX ?" alors, serait-on tenté de rajouter, qu'Ariane 6 a été développée pour contrer la concurrence de SpaceX.
Cette absence de discipline pourrait déjà être à elle seule un poison mortel pour Ariane 6 mais les avanies du radeau spatial européen ne s'arrêtent pas là, ce serait trop facile. C'est ainsi que la CFE-CGC pointe une autre menace, dont le potentiel chaotique semble promis à un bel avenir.
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"Le programme Ariane est affecté par un défaut de cohésion industrielle de ses trois principaux contributeurs Français, Italiens et Allemands. Les activités (spatiales -NDLR) sont parfois réparties en dépit des compétences de chaque pays. Est-il nécessaire de rappeler que le « retour géographique » augmente le coût de production d'Ariane 5 de près de 25 % ?" questionne ainsi la confédération.
C'est ainsi que les Italiens, qui ont développé le petit lanceur Vega, qui dispose de son pas de tir à Kourou et qui est complémentaire d'Ariane 5, veulent désormais le faire monter en puissance, avec le nouveau lanceur Vega E, pour concurrencer Ariane 6 !
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Un commentateur du sud-ouest rural pourrait souligner le caractère cataclysmique de la situation en prévenant que « les sangliers sont dans le maïs ». Pour faire face à la situation, la CFE-CGC en appelle à une simplification de la gouvernance européenne. Elle estime ainsi que le millefeuilles actuel, constitué par la Commission européenne, l'Agence spatiale européenne, les agences spatiales nationales ou encore la Conférence des ministres européens de l'espace, n'est plus adapté pour faire face à l'arrivée de SpaceX mais aussi des superpuissances du monde digital comme Amazon. Des inquiétudes qui semblent affleurer dans le programme dévoilé pour la prochaine conférence des ministres de l'espace à Séville, qui sera sobrement intitulée Space19+. Programme qui donne notamment l'éclairage suivant.
Un programme qui sur le papier, se présente comme un bel outil pour neutraliser tout risque de dérive. Trop beau pour être vrai ?
Jean-Philippe Déjean