L’open space, un espace de travail pour gens civilisés
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Chez One2Team, une réunion mensuelle permet à tous les salariés de faire le point sur la question du bien-être au travail. En amont, le groupe « Se sentir bien », qui pilote la démarche initiée il y a six ans, leur envoie un questionnaire de satisfaction portant sur l'ambiance, les outils et les aménagements.
Créée en 2000, elle a gardé son identité de start-up dans son fonctionnement et la gestion de ses équipes dont l'âge moyen est de 25/26 ans.
Au sein de Spectrum Groupe, la démarche autour de l'espace de travail est moins formalisée mais tout aussi réfléchie. Quand cette société du digital s'est installée dans ses locaux actuels, ils étaient neufs et vides.
Ainsi, dans cette structure à taille humaine (30 personnes en tout dont une dizaine en France), personne ne tourne le dos à personne en travaillant.
L'espace ouvert est un type d'aménagement qu'apprécient notamment les start-ups du secteur IT et les agences de communication. Elles y voient un lieu idéal pour partager, faire circuler les idées, en faire émerger de nouvelles au gré de conversations attrapées au vol, elles l'envisagent comme un espace d'entraide, de polyvalence, de convivialité. L'open space donne aussi une certaine idée « d'ambiance à la cool » qui renforce l'attractivité de l'employeur.
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Apportons à ce tableau idéal quelques touches réalistes : un téléphone portable laissé sur un bureau alors que son propriétaire a quitté momentanément son poste de travail se met à sonner, il perturbe la concentration d'un collègue ; deux personnes discutent, le ton monte, même effet ; une conversation privée frôle la scène de ménage, l'équipe est contaminée par l'irritation ambiante ; quelqu'un ouvre une fenêtre, un autre s'enrhume ; cette personne craint d'être fliquée ; une autre, au lieu de s'isoler dans un espace de retrait, se crée une bulle musicale un casque sur les oreilles, son voisin, entendant malgré tout les basses et les percussions se demande quand elle deviendra sourde...
Le rapport à l'espace est si personnel en effet qu'on a vite fait de déranger autrui.
Il cite deux ouvrages décapants sur ce sujet : la BD Dans mon open space, de James et Patrice Larcenet, et L'open space m'a tuer, d'Alexandre des Isnards et Thomas Zuber.
Chez One2Team, on juge nécessaire de faire travailler ensemble le marketing, le commercial et l'avant-vente mais pour la prospection téléphonique, un commercial doit utiliser un des espaces « de retrait » pour ne pas déranger ses collègues. Le ton est d'ailleurs donné dès l'intégration d'un nouveau collaborateur, comme l'indique Ronny Pouvreau : « Même un codeur, je lui présente le marketing ! ». D'autres fonctions en revanche, comme les RH, très confidentielles - la paie, les évaluations, le dossier personnel du salarié... -, ne pourront se mêler aux autres pour la réalisation de leurs tâches.
L'aplatissement de la pyramide hiérarchique est un autre effet de l'espace ouvert. Cette proximité favorise la convivialité, le partage, mais modifie aussi le rapport au travail et aux personnes - comme n'importe quel outil, l'espace n'est jamais neutre.
Le danger de ce type d'aménagement ouvert est de personnaliser à outrance la relation de travail ou de responsabiliser à l'excès le collaborateur, car l'open space favorise l'autonomie.
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