L’observatoire Copernicus lance une plateforme en ligne pour traquer les émissions de méthane
latribune.fr
La majorité du méthane émis dans le monde est liée aux activités humaines comme l'agriculture (élevage des ruminants et culture du riz), les énergies fossiles et les déchets (photo d'illustration).
L'observatoire européen a annoncé ce lundi le lancement de son application « Methane Hotspot Explorer ». Cet outil en ligne permet de suivre les fuites et émissions de méthane, l'un des principaux gaz à effet de serre, dans l'espoir de les voir enfin se réduire.
Il est désormais possible de traquer les émissions de méthane. Copernicus, l'observatoire du climat coordonné et géré par la Commission européenne, vient de lancer ce lundi un nouvel outil destiné à suivre les fuites et émissions de méthane (CH4) propagées dans l'atmosphère. Baptisé « Methane Hotspot Explorer », il s'agit d'une application en accès libre en ligne. Elle a été développée par l'Institut néerlandais de recherche spatiale (SRON).
Le modèle s'appuie sur l'apprentissage automatique pour affiner ses analyses et détecter automatiquement les panaches de méthane, explique Copernicus. Il utilise pour cela les mesures réalisées par le satellite Sentinel-5P, appartenant à l'observatoire européen. « Les détections sont vérifiées par des experts humains pour éviter les fausses détections », précise-t-il.
Concrètement, les utilisateurs peuvent visualiser les « grands panaches » de méthane émis sur une période allant de la journée aux deux dernières semaines. L'outil permet également de faire la distinction entre les sources d'émissions - mines de charbon, pétrole ou gaz par exemple. Même les décharges, fortement émettrices, peuvent être distinguées au sein des ensembles urbains tant la précision est élevée. « Une catégorie « non classée » est réservée aux détections provenant de sources non identifiées ou ne correspondant pas aux catégories principales », indique l'organisme.
Ainsi, d'après les données du « Methane Hotspot Explorer », l'une des principales émissions de méthane de ces derniers mois a eu lieu au Kazakhstan, le 8 octobre 2024. Rien d'étonnant malheureusement puisque le pays, producteur d'hydrocarbure, fait régulièrement parler de lui en raison d'importantes fuites de méthane. L'une d'elle a duré environ 200 jours en 2023. Autre détection de méthane récemment captée par l'outil européen, celle émise par le volcan du mont Fentale en Éthiopie, le 31 janvier dernier. Reste que de telles émissions massives de CH4 par les volcans sont relativement rares, souligne Copernicus.
En effet, environ 40 % du méthane émis aujourd'hui dans le monde provient de sources naturelles, dans les zones humides notamment. Mais le reste et donc la majorité (autour de 60 %) est lié aux activités humaines comme l'agriculture (élevage des ruminants et culture du riz), les énergies fossiles et les déchets.
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Avec son nouvel outil, Copernicus espère faire bouger les choses sur le sujet des émissions de méthane. « Le lancement de l'explorateur de méthane est une étape essentielle, apportant la transparence des émissions importantes dans le monde aux décideurs politiques et au grand public. Nous espérons que ces détections pourront contribuer à réduire les émissions qu'elles entraînent dans les années à venir », avance Bram Maasakkers, scientifique senior au SRON, cité dans le communiqué.
Car si l'on associe souvent - et à juste titre - le réchauffement climatique aux émissions de CO2, il ne faut pas oublier aussi celles de méthane. Il est le deuxième plus important gaz à effet de serre lié à l'activité humaine, après le dioxyde de carbone justement. Son effet de réchauffement est même 80 fois plus important que celui du CO2 sur un horizon de 20 ans. Mais comme sa durée de vie est plus courte, cela en fait un levier « à fort impact » pour tenter de limiter rapidement le réchauffement climatique.
Encore beaucoup de chemin à faire
Reste que ce n'est pas pour demain la veille puisque ses émissions continuent d'augmenter d'année en année. Ça a notamment encore été le cas en 2023, selon les derniers chiffres publiés en novembre dernier par l'Organisation météorologique mondiale (OMM), l'agence météorologique et climatique de l'ONU. Les concentrations en méthane ont ainsi atteint 1 934 parties par milliard, soit 265 % des niveaux de 1750 (période préindustrielle), en hausse de 1 point en un an. Et c'est aussi le cas pour le CO2 et le protoxyde d'azote, troisième plus important gaz à effet de serre.
« Tant que les émissions se poursuivront, les gaz à effet de serre continueront de s'accumuler dans l'atmosphère, augmentant les températures », a ainsi prévenu l'OMM.
Cela se ressent déjà : l'année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des statistiques en 1850, d'après Copernicus. Si les prévisionnistes du Bureau britannique de météorologie, comme d'autres spécialistes, s'attendent à une année 2025 un peu moins chaude, elle devrait tout de même figurer parmi les trois années les plus chaudes sur les 175 dernières.
Un « engagement mondial » a pourtant été lancé en 2021 par l'Union européenne et les États-Unis. Objectif : réduire les émissions mondiales de méthane de 30 % d'ici à 2030 par rapport à 2020. S'il regroupe aujourd'hui plus de 150 pays, de gros émetteurs comme la Chine, l'Inde ou la Russie n'y figurent pas. Si bien que son impact est limité, en témoigne les derniers chiffres sur le sujet. Il y a donc urgence à agir réellement.