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Repenser le travail face au changement climatique, le vrai défi

Lysiane Baudu

Publié le 06 décembre 2024 à 11:00 - Mis à jour le 06 décembre 2024 à 14:21

Christian Clot, fondateur et directeur général du Human Adaptation Institute.

Christian Clot, fondateur et directeur général du Human Adaptation Institute.

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SPÉCIAL ACT50 - L'adaptation au réchauffement de la planète implique que les entreprises trouvent des solutions, notamment pour que leurs salariés travaillent par 50 degrés l'été. L'atténuation du dérèglement climatique, elle, nécessitera de nouvelles compétences, dans divers secteurs. ACT 50, l'évènement de "La Tribune" sur le climat, a consacré deux tables rondes à ces sujets clés pour l'économie.

Les entreprises se savent dépendantes de leur chaîne d'approvisionnement, des consommateurs, de la réglementation, des politiques publiques, du marché de l'emploi... mais le dérèglement climatique ajoute une dimension véritablement systémique à leurs contraintes. La crise du Covid avait d'ailleurs déjà eu le même effet, quoique plus ponctuel et plus limité. Comment, en effet, « faire tourner une centrale nucléaire sans salariés, s'ils sont confinés et si les crèches pour leurs enfants sont fermées ? », s'interroge Catherine Halbwachs, directrice RSE de la Direction du Parc Nucléaire Thermique d'EDF et cheffe du projet ADAPT pour l'adaptation des centrales nucléaires.

Une situation qu'elle a donc déjà vécue et qui pourrait se reproduire, sous une forme quelque peu différente, si la température atteint, comme attendu, les 50 degrés l'été dans quelques années. Avec des écoles en surchauffe et des salariés ayant du mal à dormir et à travailler. En outre, le dérèglement climatique apporte des contraintes supplémentaires et de taille pour EDF, puisque les centrales sont refroidies avec l'eau des fleuves, qui pourrait venir à manquer... Pas étonnant que la pandémie ait d'abord servi d'alerte - « aussi bien sur l'aspect systémique, car nous avons besoin des routes, des écoles, des commerçants autour de nos centrales, que sur les problèmes de résilience », indique Catherine Halbwachs. Et pas étonnant non plus qu'EDF ait mis sur pied un plan d'adaptation de la production jusqu'à 2100, qui inclut la santé et le bien-être des salariés, avec, en particulier, l'apport de vestes 'ventilées'.

La chaleur affecte la coopération humaine

La chaleur a en effet un impact sur les infrastructures, les matériaux et les conditions de travail, ainsi que sur plusieurs aspects humains. « Entre 45 et 50 degrés, la chaleur ralentit certaines fonctions du corps et du cerveau, de même que les fonctions sociales. La performance, mais aussi la coopération, essentielle en entreprise, sont de ce fait réduites », explique Christian Clot. Ce chercheur, explorateur, fondateur et directeur général du Human Adaptation Institute, travaille aujourd'hui avec de grandes entreprises du CAC 40 pour qu'elles se préparent à l'impact de la raréfaction de l'eau ou de l'érosion de la biodiversité sur leurs activités, mais aussi de la chaleur sur les humains.

Si la responsabilité des employeurs est engagée vis-à-vis de leurs salariés - « ou du grand public, dans notre cas », ajoute la représentante d'EDF - « ils ont aussi, en raison de leur liberté de prise de décision, le pouvoir d'agir, surtout s'ils s'allient entre eux », souligne Christian Clot. Une liberté dont ils doivent user largement. Ne serait-ce que pour donner l'exemple. Reste qu'alors que le temps presse et que le dérèglement climatique s'accentue, les changements de comportement humain, fondés à la fois sur le cognitif et les émotions, sont longs à se mettre en branle. « Et rien ne sera possible sans un changement à la source, dans le système éducatif », conclut-il.

Former aux nouveaux métiers

C'est précisément dans ce domaine qu'oeuvre l'ancien ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, aujourd'hui à la tête de Terra Academia, un accélérateur de compétences centré sur la transformation écologique, laquelle induit une transformation des métiers et des secteurs. « Malgré les incertitudes et les difficultés à modéliser la transformation », souligne Cécile Jolly, qui travaille sur la prospective métiers et les mutations de l'emploi pour France Stratégie, elle devrait, selon les estimations, prendre la forme de quelque 400 000 créations de postes (d'ingénieurs, de chercheurs, de spécialistes de l'isolation des bâtiments et des mobilités douces...), d'ici 2030, associées toutefois à 150 000 destructions d'emplois (dans la production de voitures à moteur thermique, notamment). Autant dire, des milliers de salariés à reconvertir et d'autres à former.

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Mieux, « la formation est un levier clé, puisque la compétence professionnelle est le premier vecteur d'accélération écologique », assure Jean-Michel Blanquer. Un cercle vertueux s'il en est. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, le syndicat patronal représentant l'artisanat du bâtiment, en est parfaitement conscient. Son problème n'est d'ailleurs pas tant les formations, qu'il estime déjà au point pour améliorer l'isolation des bâtiments et réduire leur consommation énergétique, que la main d'oeuvre. Autrement dit, ceux qui sont en poste sont formés, mais ils ne sont tout simplement pas assez nombreux face à la demande, actuelle et à venir. « Nous espérons 20 000 à 30 000 jeunes, qui devraient nous rejoindre, mais nous avons un problème d'attractivité », soupire-t-il.

Attractivité ou simple manque de connaissances des métiers du bâtiment ? Terra Academia, en tout cas, fait feu de tout bois, pour informer et sensibiliser les jeunes aux différents métiers liés à la transformation écologique, dont le bâtiment, pour ensuite les former. Même ambition chez Thierry Coulhon, président du directoire de l'Institut Polytechnique de Paris. « La formation, la recherche interdisciplinaire, l'innovation : toutes nos activités ont été touchées par la transformation écologique », s'enorgueillit-il. Une nouvelle génération de professionnels, prêts à relever les défis de la lutte contre le dérèglement climatique, la protection de l'environnement et la préservation de la biodiversité est donc en passe de s'imposer sur le marché de l'emploi. Un maillon clé pour accélérer la transformation écologique.

SPÉCIAL ACT50 - A lire également :
- Repenser le travail face au changement climatique, le vrai défi
- L'adaptation au changement climatique concerne aussi les modèles d'affaires
-
 La décroissance, pensée magique ou taboue ?
- Changement climatique : « l'heure n'est plus au constat, mais à l'action » 
- Encore trop de freins au financement de la transition écologique
- Ces nouvelles maladies qui affectent les plantes, les animaux et les humains
- Les entreprises s'emparent (enfin) de la biodiversité et du vivant

Lysiane Baudu

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