L'adaptation au changement climatique concerne aussi les modèles d'affaires
Natasha Laporte
De gauche à droite : Alexandra Mathiolon PDG de Serfim, Sylvain Waserman PDG de l’Ademe, et Eric Duverger fondateur de la Convention des entreprises pour le climat.
SPÉCIAL ACT50 - Pour continuer d’exister, mais aussi car c’est un atout, la transition écologique pousse de plus en plus d’acteurs économiques à s’engager dans de nouvelles voies, fondées sur l’engagement environnemental, la résilience, voire la régénération. C’est ce qui ressort d’une table ronde qui s’est déroulée au forum Act 50, organisé le 3 décembre au Ground Control à Paris par "La Tribune".
Et si, au-delà de la nécessité de s'adapter, la transition écologique, pour les entreprises, rimait avec de nouvelles opportunités ? C'est le cas de Serfim, un groupe familial spécialisé dans le BTP, l'immobilier, l'industrie et l'environnement - de l'énergie à la dépollution, en passant par le recyclage et l'eau. Mettant fortement l'accent sur la RSE, cette ETI basée à Vénissieux s'inscrit volontairement dans une logique de résilience. Comment ? « On crée de la résilience par la diversité des métiers, ainsi que par la manière de les exercer en travaillant notre impact et notre empreinte environnementale », témoigne Alexandra Mathiolon, PDG de Serfim.
Depuis qu'elle en a pris les rênes, l'entreprise, qui s'était déjà diversifiée dans la dépollution des sols depuis les années 80, a élargi ses activités, notamment vers les énergies renouvelables. Tout en accélérant sur « une feuille de route ambitieuse de transformation de l'entreprise, en posant notre raison d'être, nos engagements et en disant à quoi on sert vraiment ». De quoi définir ses missions : la transition énergétique, la préservation de l'eau, limiter l'épuisement des ressources, régénérer la biodiversité, renforcer la résilience de ses infrastructures et mettre la technologie au service des transitions. Car la jeune dirigeante en est convaincue : « La clé de la résilience, pour une entreprise, c'est d'être utile à la société ».
Bascule de business modèles
« On est dans un moment de bascule de beaucoup d'acteurs économiques », abonde Sylvain Waserman, PDG de l'Agence de la transition écologique (Ademe). D'autant que « de plus en plus, les grands groupes privés mettent la pression sur leurs sous-traitants » pour décarboner l'activité. Quant aux collectivités, à partir de 2026, elles incluront des clauses environnementales obligatoires dans les marchés publics. Sans oublier le fléchage croissant par les institutions financières vers des projets vertueux. Tout l'enjeu pour les entreprises étant non seulement de s'interroger sur la pérennité de leur modèle économique actuel - car « mettre la tête dans le sable et attendre que ça passe fragilise le business model » -, c'est aussi de se pencher sur « la trace qu'elles vont laisser ». Un raisonnement présent dans les entreprises familiales, en particulier.
Ainsi, nombre de structures, y compris celles des services numériques, réfléchissent désormais à intégrer la logique de l'éco-conception. Fait plus nouveau, « beaucoup modifient leur offre en prenant en compte les limites planétaires », observe Sylvain Waserman. C'est même tout le modèle qui est susceptible de muer, de la vente du produit ou de la prestation vers celle de la performance. « C'est même tout le modèle qui est susceptible de muer, de la vente du produit ou de la prestation vers celle de la performance», analyse-t-il.
C'est donc un véritable changement de mentalités qui commence à s'opérer. En France, en termes de nouveaux modèles économiques, « nous avons un coup d'avance, qui va bénéficier à tout le monde », avance pour sa part Eric Duverger, fondateur de la Convention des entreprises pour le climat (CEC), une association d'entreprises qui œuvre en faveur du passage de l'économie extractive à l'économie régénérative. Illustration de nouvelles logiques qui émergent, l'entreprise grenobloise, Photoweb. Elle a mis au point avec un fournisseur provençal une nouvelle machine d'imprimerie 40 % moins gourmande en énergie. « Ils l'ont mise en open source pour tout leur secteur. Même leurs concurrents vont pouvoir bénéficier de cette technologie », salue le coordonateur de la CEC, en considérant que « les entreprises doivent faire ce sursaut pour l'intérêt général ».
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Avantage concurrentiel
« La clé est de faire de la transition écologique un avantage concurrentiel », martèle de son côté le Pdg de l'Ademe qui, par ailleurs, a lancé une initiative baptisée méthode Act, permettant d'évaluer la crédibilité et la solidité d'une démarche de décarbonation - une labellisation « anti-greenwashing », en quelque sorte. « Il y a des avantages concurrentiels à l'utiliser quand on est une entreprise localisée en France. Quand un grand groupe investit 100 millions d'euros dans sa décarbonation, pour passer du gaz à l'électricité, en France, où l'électricité est complètement décarbonée, ce sera 100 % efficace, alors qu'en Allemagne, cela ne le sera que de 60 % et en Pologne de 40 % », fait-il valoir.
Et de pousser ce raisonnement jusqu'au marché de l'intelligence artificielle (IA) : à l'avenir, une entreprise française ou européenne, qui acceptera que l'utilisation des ressources par son IA soit évaluée de manière scientifique et méthodologique, pourrait se trouver en meilleure position que les IA étrangères pour être choisie par une administration,envisage-t-il. Un avis partagé par Eric Duverger. « La transition est une chance pour la France », résume le fondateur de la CEC.