Ces nouvelles maladies qui affectent les plantes, les animaux et les humains
Lysiane Baudu
De gauche à droite : Philippe Mauguin PDG de l'Inrae, Lorine Azoulai chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire pour l'association CCFD-Terre Solidaire, et Gilles Salvat le directeur général délégué de l'Anses.
SPÉCIAL ACT50 - De nombreuses nouvelles vulnérabilités liées au dérèglement climatique se font jour. Elles ont été décryptées par des experts au cours d'une table ronde d'ACT 50, l'évènement organisé au Ground Control par "La Tribune" du 3 décembre.
Le dérèglement climatique ne fait pas qu'augmenter les températures et accentuer les évènements extrêmes, de type sécheresses, inondations ou tempêtes. Il a aussi un impact, indirect mais tout aussi sérieux, sur la santé des plantes, des animaux et des humains. Dans ce domaine, le tableau qu'ont dressé Philippe Mauguin, PDG de l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), Gilles Salvat, le directeur général délégué de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), et Lorine Azoulai, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire pour l'association CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) - Terre Solidaire, lors d'une table ronde à ACT 50, l'évènement de La Tribune sur le climat, est particulièrement alarmant.
De fait, « alors qu'on s'attendait à ce que le réchauffement climatique affecte d'abord les zones tropicales, on s'aperçoit depuis une vingtaine d'années qu'il affecte déjà aussi des pays comme la France », relève Philippe Mauguin. Une situation qui implique, pour les récoltes, céréalières et autres, des baisses de rendements, avec comme conséquence des pénuries possibles, voire l'envol des prix alimentaires. Mais ce n'est pas tout. Les plantes - blé, betterave, vigne... - sont également touchées par davantage d'insectes ravageurs et de maladies. Ce qui force les agriculteurs à utiliser toujours plus de produits de traitement, souvent chimiques, pour assurer les récoltes, au détriment de l'environnement. Parfois, les plantes (vignes, oliviers) doivent même être détruites, puisqu'aucun moyen de lutte curative n'existe encore.
C'est le cas, par exemple, pour la maladie apportée par la Xylella fastidiosa, une bactérie qui bloque les mouvements de la sève d'une plante et peut porter préjudice à plusieurs centaines d'espèces végétales (vignes, agrumes, amandiers, oliviers...). Elle a d'abord frappé les oliveraies des Pouilles, dans le sud de l'Italie, et se répand désormais plus au nord. Et pour cause, la bactérie qui est à l'origine de ce fléau est transmise par un insecte, la cicadelle, qui monte elle aussi vers le nord, du fait de la hausse des températures. Un premier cas a d'ailleurs été détecté en Corse dès 2015.
Les animaux, et notamment les volailles, sont aussi touchés par des maladies, dont la grippe aviaire, liées en partie au climat. En effet, le virus de l'influenza aviaire est naturellement présent chez les oiseaux sauvages qui, au lieu de migrer par-delà la Méditerranée, s'arrêtent dès le sud de la Loire, puisqu'ils y trouvent une température adéquate...
Des virus 'sortis du bois' avec l'anthropisation
Outre les pathologies apportées par les oiseaux, celles dont sont responsables les moustiques ou les tiques, notamment, sont de plus en plus fréquentes, du fait, là aussi, des changements climatiques. Et elles trouvent de surcroît des relais qui leur permettent de toucher aussi les humains, sous forme de chikungunya, de dengue, de Zika ou de maladie de Lyme.
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« Il nous faut dresser des cartes prospectivespour identifier les aires ainsi que les modes de propagation de ces maladies et investir davantage dans la recherche si l'on veut en savoir plus et trouver des solutions », insiste Gilles Salvat. L'expert de l'Anses ne se fait pas beaucoup d'illusions, cependant. Si le dérèglement climatique est à la source de nombreuses nouvelles vulnérabilités, « l'anthropisation a, littéralement, fait sortir du bois toute une série de virus, depuis Ebola jusqu'à SARS-CoV-2 », soupire-t-il.
Promouvoir les pratiques agro-écologiques
Les scientifiques ne peuvent que constater leur relative impuissance actuelle. Lorine Azoulai, elle, est une militante. « Nous devons agir pour la souveraineté alimentaire et le droit des peuples à disposer de leur alimentation. Pour l'heure, nous en sommes loin, tonne-t-elle. Les produits issus de l'agriculture ne sont pas des 'commodités' comme les autres. Nous devons protéger les sols et la ressource en eau, de même que promouvoir les pratiques agro-écologiques et régénératives. »
En dehors de la question des politiques publiques destinées à aider les producteurs agricoles ou à gérer le commerce international (lequel apporte aussi, dans les échanges, des insectes et autres ravageurs auparavant inconnus dans nos contrées), Philippe Mauguin, le spécialiste de l'Inrae, propose de diversifier les cultures et d'allonger les rotations - « ce qui complique la vie des bio-agresseurs », explique-t-il - et de vacciner largement les animaux susceptibles d'être contaminés par une maladie. Et, toujours pragmatique, il met en avant l'application Citique, qui permet de signaler la présence de tiques et les morsures.
Reste que pour épauler une nouvelle génération de producteurs agricoles, la France, comme d'autres pays, devra passer d'une agriculture intensive à, selon l'expression de Lorine Azoulai, une agriculture « intensive en connaissances » - et en initiatives susceptibles de protéger les activités agricoles et l'environnement.