OPINION. La tâche des maires, passionnante car recouvrant le formidable métier d'entrepreneur public, n'est pas simple. En matière d'habitat, par exemple, il s'agit, pour répondre à la demande de la population, d'améliorer la qualité et souvent le volume de l'offre de logements, tout en maintenant un niveau de loyers et de prix adaptés à la réalité du pouvoir d'achat. Dans le champ de l'économie résidentielle, quel peut être l'apport d'un acteur national comme CDC Habitat ? Par André Yché, président du directoire de CDC Habitat.Qui sont ces chefs d'entreprise, choisis par leurs clients, à la tête de groupes, de filiales opérant dans l'habitat, l'alimentation collective, les services sociaux, l'accompagnement vers la formation et l'emploi, la culture et le tourisme, parfois la mobilité collective et le stationnement, les services de voirie et les équipements de santé ? Il s'agit des 35.000 maires, descendants des échevins du XIIe siècle, magistrats très modestement rémunérés qui, pour des mandats de six ans et sans garanties statutaires de carrière telles qu'elles régissent les fonctionnaires publics, sont corvéables à merci, tous les jours de l'année. Car s'ils ne dirigent pas personnellement leurs « quasi-filiales », c'est bien vers eux que se tournent, d'abord, les administrés mécontents, toujours conscients de leurs droits mais pas toujours de leurs devoirs.
Et leur tâche, passionnante car recouvrant le formidable métier d'entrepreneur public, n'est pas simple. Passons sous silence la contrainte budgétaire, massive et parfois insurmontable, hormis dans l'acceptation de douloureux renoncements. En matière d'habitat, par exemple, il s'agit, pour répondre à la demande de la population, d'améliorer la qualité et souvent le volume de l'offre de logements, tout en maintenant un niveau de loyers et de prix adaptés à la réalité du pouvoir d'achat.
Compagnonnage
Il faut concevoir un urbanisme économe en termes d'étalement urbain, sans pratiquer une densification excessive. Il faut accueillir les plus fragiles, tout en préservant, voire en restaurant la mixité du peuplement. Réhabiliter le parc public, tout en favorisant la rénovation du parc privé : copropriétés dégradées, îlots vétustes en centre-ville... Et tout cela sans alourdir la pression fiscale.
Alors, système d'équations sans solution, aucune chance de réussir ? Non, car « where is the will, there is a way » et chacune de ces contraintes est porteuse d'opportunités, sous une condition, impérative : éviter l'isolement, travailler en réseau avec de multiples partenaires, bien connus et fidèles. Car, en matière d'action locale, la concurrence pure et parfaite ne fait pas tout, ce qui compte d'abord, c'est la confiance, dans la durée : il ne s'agit pas de « réussir un coup » et de partir pour le reproduire ailleurs, mais de s'inscrire, dans un compagnonnage stable et permanent, de bien comprendre les besoins, la stratégie... Bref, comme dirait le renard du Petit Prince, de s'apprivoiser réciproquement.