Affaires "des écoutes", "russe", "Bygmalion"... mars, le mois des tempêtes pour Sarkozy

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(Photo d'illustration : le 10 décembre 2020, l'ancien président français Nicolas Sarkozy quittant le palais de justice de Paris au dernier jour de son procès pour corruption.)
(Photo d'illustration : le 10 décembre 2020, l'ancien président français Nicolas Sarkozy quittant le palais de justice de Paris au dernier jour de son procès pour corruption.) (Crédits : Reuters)
Nicolas Sarkozy est sous forte pression judiciaire depuis sa retraite politique en mai 2012. Aujourd'hui, c'est l'affaire dite "des écoutes" qui est en délibéré au tribunal correctionnel de Paris. En voici un résumé avant le verdict attendu en début d'après-midi, avec un aperçu sur la suite du calendrier judiciaire de l'ancien président de la République.

Le tribunal correctionnel de Paris rend son délibéré ce lundi 1er mars dans le procès des "écoutes", une affaire de corruption et de trafic d'influence pour laquelle le parquet national financier (PNF) a requis quatre ans de prison, dont deux avec sursis, contre l'ancien président Nicolas Sarkozy.

Le PNF accuse Nicolas Sarkozy d'avoir promis d'aider un ancien magistrat, Gilbert Azibert, à obtenir un poste à Monaco en échange d'informations confidentielles au sujet d'une enquête sur des soupçons de versements illégaux qu'il aurait reçus de la milliardaire Liliane Bettencourt, héritière de L'Oréal, pour le financement de sa campagne électorale de 2007.

"Je n'ai jamais commis le moindre acte de corruption. Jamais"

Dénonçant un "pacte de corruption", le parquet s'est appuyé sur des échanges téléphoniques entre l'ancien chef de l'État et son avocat, Thierry Herzog, par le biais d'une ligne téléphonique enregistrée au nom de Paul Bismuth.

Nicolas Sarkozy a clamé son innocence pendant le procès, et celui de ses deux coprévenus, qui s'est tenu en décembre. "Je n'ai jamais commis le moindre acte de corruption. Jamais", a-t-il dit devant la justice.

Gilbert Azibert n'a pas obtenu le poste qu'il convoitait à Monaco et une procédure de la cour de cassation sur laquelle l'ancien président aurait voulu influer, en faisant annuler la saisie par la justice de ses agendas présidentiels, ne s'est pas conclue en sa faveur. Son avocat a donc plaidé la relaxe.

Une peine de prison ferme ? Ce serait du jamais-vu

S'il devait être reconnu coupable, Nicolas Sarkozy serait le premier président de la Ve République à être condamné à une peine de prison ferme. Il aurait dix jours pour faire appel, sans mandat de dépôt.

Nicolas Sarkozy comparaîtra de nouveau devant la justice dès le 17 mars, cette fois dans l'affaire Bygmalion, pour des soupçons de financement illégal de sa campagne en 2012.

Depuis cet été, nouvelle enquête du PNF sur ses activités en Russie

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy, sous forte pression judiciaire depuis sa retraite politique, est, depuis cet été, visé par une nouvelle enquête du parquet national financier (PNF), qui soupçonne cette fois l'ancien président d'un possible "trafic d'influence" dans ses lucratives activités de conseil en Russie.

Le parquet anticorruption, qui avait croisé le fer en décembre 2019 avec l'ex-chef de l'Etat lors du procès de l'affaire "des écoutes", enquête depuis l'été 2020 sur les rémunérations dont il a bénéficié de la part d'une société d'assurances russe, Reso Garantia, contrôlée par deux milliardaires russes d'origine arménienne, Sergueï et Nikolaï Sarkissov, selon Mediapart.

Le PNF avait confirmé à l'AFP le vendredi 15 janvier qu'il avait bien ouvert cette enquête préliminaire des chefs de "trafic d'influence" "et "blanchiment de crime ou de délit", mais sans confirmer la date d'ouverture des investigations, qui auraient été déclenchées par un signalement du service de renseignement financier Tracfin.

"La justice cherche à vérifier si l'ancien chef de l'Etat a seulement agi comme consultant, ce qui serait parfaitement légal, ou s'il se serait adonné à des activités de lobbying potentiellement délictuelles pour le compte des oligarques russes", écrivait Mediapart.

Le contrat conclu en 2019 porterait sur plusieurs années et un montant de 3 millions d'euros. Nicolas Sarkozy aurait déjà touché 500.000 euros au titre de ce contrat, début 2020, sur son compte à la banque Edmond de Rothschild, toujours d'après Mediapart.

Reso Garantia, fondée en 1991, est l'une des principales sociétés d'assurance en Russie, spécialisée notamment dans l'assurance auto/moto, avec plus de 34.000 agents dans ce pays et 11 millions de clients.

En 2007, l'assureur français AXA avait conclu un accord avec les actionnaires de Reso Garantia pour acquérir une participation de 36,7% dans cette société pour environ 810 millions d'euros. D'après Mediapart, AXA est un important client du cabinet d'avocats Realyze, co-fondé en 1987 par Nicolas Sarkozy.

Sollicité par l'AFP, l'entourage de Nicolas Sarkozy se déclare "parfaitement serein" et assure que "les activités de conseil" de l'ancien chef de l'Etat "sont encadrées dans le strict respect des règles légales et déontologiques".

L'ancien président se sent "traqué" par le PNF

L'ancien président a déjà plusieurs fois eu l'occasion d'exprimer sa colère contre le PNF. "J'ai l'impression que le Parquet national financier est fait pour moi", avait-il déclaré le 7 décembre 2019 devant le tribunal de Paris. M. Sarkozy comparaissait alors pour "corruption" d'un haut magistrat et "trafic d'influence", des accusations nées en 2014 après les interceptions de ses conversations avec son avocat Thierry Herzog sur une ligne officieuse ouverte au nom de "Paul Bismuth". A l'époque, quand le PNF, tout juste mis en place, lance les investigations, "j'ai le sentiment (...) d'être traqué", a raconté M. Sarkozy devant le tribunal. Le jugement dans cette affaire est donc attendu ce 1er mars.

L'autre affaire jugée en mars : l'affaire Bygmalion

Dès le 17 mars, Nicolas Sarkozy sera à nouveau au tribunal de Paris pour l'affaire Bygmalion, soupçonné de "financement illégal" de sa campagne électorale de 2012.

Lire aussi : Présidentielle 2017 : à quoi joue le clan Sarkozy sur l'affaire Bygmalion ?

L'affaire "libyenne" toujours en suspens

Mais la principale affaire  contre laquelle se débat l'ancien chef de l'État reste celle sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, dans laquelle le PNF porte l'accusation sur des soupçons d'un "pacte de corruption" avec la dictature de Mouammar Kadhafi.

Lire aussi : Affaire libyenne : Woerth mis en examen pour "complicité de financement illégal de campagne" de Sarkozy

"J'irai jusqu'au bout pour démasquer ceux qui sont derrière cela", avait répété M. Sarkozy en novembre 2020 sur BFMTV.

Il venait alors d'être mis en examen une nouvelle fois en octobre dans ce dossier, pour "association de malfaiteurs".

(avec Reuters et AFP)

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Commentaires
a écrit le 02/03/2021 à 21:05 :
Dans cette affaire il n'y a pas d'enrichissement personnel mais magouille, en soutien de réseaux .C'est le sport favori des puissants qui s'entraident pour conserver leurs privilèges ,leur fortune et pour veiller à protéger le mode de vie des heureux élus ...Les galériens n'ont pas la parole .Par contre l'image de la France dans la presse étrangère sera bien abîmée...Les considérants du jugement sont cruels...
a écrit le 02/03/2021 à 10:18 :
Heureusement que l'on ne lui a laisser faire qu'un mandat ! Au fait son collaborateur, le premier ministre, quand est ce qu'il nous rend l'argent qu'il nous a volé ?
Réponse de le 02/03/2021 à 15:38 :
Quand le trésor public récupérera l'argent de nos impôts que son parti c'est mis dans ces caisses? Même question pour les autres qui se fond rembourser leur campagnes alors que les riches entreprises leur ont gracieusement financées contre des lois qui nous déservent...
a écrit le 01/03/2021 à 23:39 :
Imaginez de Gaulle ,avec cette condamnation infamante .Le pouvoir fait oublier les règles élémentaires de respect du droit .Bonne retraite M.le président .
Réponse de le 02/03/2021 à 15:40 :
Avec les simples grévistes (des grèves pendant la reconstruction et donc avec plus d'emploi que de travailleur un comble..) De Gaule a cherché a retourner en Angleterre, avec une affaire comme celle là il serait partie dans un pays sans convention d'expatriation...
a écrit le 01/03/2021 à 13:27 :
Faisons plutôt un net worth avant et après sa prise de fonction,c’est plus parlant !Tout inclus naturellement...
a écrit le 01/03/2021 à 13:15 :
A multiplier les affaires, le PNF se décrédibilise.. aller mettre sur écoute le Président de la République, et surveiller des conversations confidentielles avec un avocat! Pour l'affaire du financement de la campagne résidentielle, c'est une autre affaire...
Réponse de le 01/03/2021 à 19:15 :
Moi j'aurais plutôt tendance à penser que c'est Sarko qui perd de la crédibilité quand à sa moralité.

Au passage ce n'est pas le PDR en fonction qui a été écouté mais un ex-président, candidat battu, soupçonné de financement de campagne par une puissance étrangère et autres dérives politico-financières (bygmalion).
Réponse de le 04/03/2021 à 18:29 :
En plus c'est même pas la faute à Sarko, mais à Bismuth.

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