Après les élections régionales, les gros ennuis tactiques d'Emmanuel Macron

POLITISCOPE. Huit jeunes de moins de 35 ans sur dix ont déserté les bureaux de vote au premier tour des régionales et des départementales. Cette fatigue démocratique qui ne date pas d'aujourd'hui bouscule le jeu politique de 2022 et réinstalle le clivage gauche-droite ce qui ne fait pas les affaires du chef de l'Etat qui voit s'effriter le scénario d'une répétition du front républicain de 2017 et naître de nouveaux concurrents.

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(Crédits : Emmanuel Foudrot)

C'est un chiffre qui commence sérieusement à effrayer bon nombre d'acteurs politiques, qu'ils soient élus, militants ou simples commentateurs et journalistes. 80 % des moins de 35 ans ont préféré s'abstenir aux dernières élections régionales et départementales. Sur les plateaux de télévision, certains évoquent péniblement la situation exceptionnelle de l'épidémie de covid-19, d'autres, l'arrivée de l'été, ou même le bac, pour expliquer une telle contre performance qui touche l'ensemble de l'arc politique. Et pourtant : ce chiffre commence bien à dessiner une évolution structurelle, exprimant une réelle fatigue démocratique. Rappelons qu'entre 1986 et aujourd'hui, l'abstention aux régionales est ainsi passée de 22 % à 66 %. Autant dire que c'est l'ensemble du système politico-médiatique qui est désormais mis en cause par un tel niveau d'abstention, sur fond de guerre de générations.

Depuis des années, la France se détourne de sa jeunesse, de ses forces actives, et se concentre sur ses retraités et ses rentiers. En 2017, Emmanuel Macron avait d'ailleurs essayé de surfer sur une telle tension présente dans la société, en promettant de mettre en valeur les « outsiders » contre les « insiders ». Quatre plus tard, la société française semble plus que jamais bloquée, crispée, engoncée dans ses incompréhensions. Et pourtant, là encore, ces dernières élections régionales ont révélé un autre paradoxe :  la peur relayée à longueur  de journée dans les médias audiovisuels n'a eu en réalité qu'un effet : faire exploser l'abstention. Les électeurs ne se sont pas jetés dans les bras du parti de la peur par excellence, le Rassemblement National.

À tel point que les leaders de ce parti doivent sonner le tocsin auprès de leurs électeurs traditionnels pour les mobiliser pour le prochain scrutin de dimanche. D'un coup, Marine Le Pen et ses associés sont apparus comme partie intégrante du système politico-médiatique, eux qui adorent se définir, ou qu'on dépeint souvent, comme « anti-sytème ». Bref, l'extrême droite après quatre ans de « macronisme » se retrouve en plein tête-à-queue stratégique et tactique. La stratégie de banalisation est allée au-delà des espérances de ses initiateurs : le RN est devenu tellement banal qu'il ne réussit plus à capter la colère pourtant présente chez une partie des Français.

Ce ne sont pourtant pas les seuls à se retrouver pris au dépourvu par ces derniers résultats. Au plus haut niveau de l'État, Emmanuel Macron apparait plus que jamais isolé, en dépit de ses bons sondages de popularité. Le « disrupteur » en chef paye aujourd'hui son indifférence à l'égard du parti LREM et de son inscription territoriale dans le pays. À sa décharge, seuls les partis traditionnels, qui disposaient déjà de fortes positions locales, ont réussi à tirer leur épingle du jeu, aux départementales comme au régionales. Socialistes et Républicains ont bénéficié à fond de la prime aux sortants. Reste que l'équation 2022 pour le président se complique.

Car ces dernières élections révèlent désormais deux faiblesses tactiques et stratégiques pour Emmanuel Macron : le président qui se targuait depuis les élections européennes de 2019 être devenu un expert dans la fracturation la droite traditionnelle semble avoir perdu son mojo. Car l'électorat qui s'est déplacé aux urnes dimanche dernier, pourtant plus âgé, n'a pas cru bon soutenir son action, préférant les partis traditionnels, LR comme le PS, c'est-à-dire « l'ancien monde ». Surtout, Emmanuel Macron, qui essayait d'utiliser Marine Le Pen comme épouvantail et menace immédiate, pour mieux se mettre en valeur, comme rempart, aura bien du mal dans les prochains mois à mobiliser les électeurs. Notamment ces électeurs de gauche, particulièrement irrités par son action et son bilan, et qui sont pourtant bien les derniers à jouer le jeu du « front républicain » contre l'extrême droite.

Pour ne rien arranger, l'un de ses concurrents à droite, Xavier Bertrand, semble avoir réussi son pari de se propulser vers la prochaine présidentielle à partir des élections régionales. Le jeu politique pour 2022 est-il pour autant totalement rouvert ? La fracturation des partis traditionnels ne cesse de provoquer des dégâts, à droite comme à gauche. Et Xavier Bertrand pourrait pâtir de la concurrence de ses autres petits camarades de droite qui ont pu, eux aussi, grâce à ces régionales, jouir d'un certain répit face au rouleau compresseur Macron : Valérie Pécresse comme Laurent Wauquiez. Et puis, n'oublions pas qu'à l'élection présidentielle, les électeurs « invisibles » continuaient à se déplacer en masse aux urnes.

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Commentaires 18
à écrit le 27/06/2021 à 10:44
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Les étudiants ont crevé la G ouverte, alors je ne sais pas si il y a un peu de mesure de la période que nous venons de vivre? Pour rappel, celle d'avant, ce fut un pique de contamination, merci pour ma tante dans cette naïveté républicaine, il ne v...

à écrit le 27/06/2021 à 10:42
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le jeu des alliances ! pure hypocrisie tout comme les influenceurs ! un discrédit pour la classe politique de tout bord . un mépris pour l électeur

à écrit le 27/06/2021 à 10:39
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le jeu des alliances ! pure hypocrisie tout comme les influenceurs ! un discrédit pour la classe politique de tout bord . un mépris pour l électeur

à écrit le 27/06/2021 à 9:37
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Espérons qu'il n'ira pas puiser dans les caisse de l’État pour se refaire un électorat de convenance avec les moins "malins" d'entre nous!

à écrit le 27/06/2021 à 8:14
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Étant donné la médiocrité de nos politiques voir les discours et les débats ne pas voter est devenu l'acte le plus civique dans un pays où la démocratie est plus un slogan qu' une vérité

à écrit le 27/06/2021 à 7:27
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n'ayant pas recu les professions de foi des candidats le nécessite de l'annulation du vote est indispensable elle reflète la vision de ce gouvernement incapables d'organiser le pays et apres ils vont dire pour quelle raison les francais ne vote p...

à écrit le 26/06/2021 à 20:21
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Manu qui a une haine des relations sociales veut obliger les jeunes à rester chez eux à commander sur Amazon et uber eats à regarder du streaming et à chatter sur twitch, et à télétravailler surveillé par des drones et des.caméras. Le comble du para...

à écrit le 26/06/2021 à 10:18
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Bouh le vilain "Cassandre" ! Notre président n'arrête pas de monter dans les sondages arrivé aux présidentielles il en sera à ce rythme à 100% d'intentions de vote ! Facile !

à écrit le 26/06/2021 à 9:48
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nos visionnaires de la politique du nouveau monde novice ou pas ! ne gèrent pas la quatrieme vague ! mais préferent sans doute culpabiliser la population qui n est pas dupe

à écrit le 25/06/2021 à 22:06
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Preuve que le vote par internet est indispensable, la démocratie c'est aussi s'adapter à son époque et ne pas exclure les jeunes en les stigmatisant, avec des arrière pensées des vieilles formations politiques, les jeunes ne font que leur faire perdr...

à écrit le 25/06/2021 à 20:36
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Il me semble que cette abstention montre qu'enfin le "peuple" si decrié par les hommes et femmes politiques, se rend compte que le seul moteur des candidats est d'etre élu....Une fois elu, meme avec une seule voix, il oublie largement ses electeurs e...

à écrit le 25/06/2021 à 18:18
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Macron n'a aucun gros ennuis tactiques, bien au contraire. Tout se déroule globalement comme prévu. "J'aime quand un plan se déroule sans accrocs"

à écrit le 25/06/2021 à 17:52
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"les gros ennuis tactiques d'Emmanuel Macron" Départementales dans le Val-de-Marne : le soutien d’un marcheur au candidat PCF déclenche la tempête.L’opposant municipal Vincent Giacobbi apporte son soutien au maire de Bonneuil, Denis Oztorun qui es...

à écrit le 25/06/2021 à 16:47
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ils ont menti, ils ont volé, ils ont pantouflé, ils ont manipulé, ils ont carriérisé, ils ont insulté, ils ont violenté, ils ont handicapé, ils ont coupé des mains, ils ont crevé des yeux, ils ont tué et vous voudriez que l'on vote pour eux ? çavapas...

à écrit le 25/06/2021 à 15:35
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Que voulez-vous ! Quand vous voyez la photo d'illustration, vous n'avez guère envie d'aller voter pour un gamin qui s'amuse avec des selfies !

le 25/06/2021 à 18:14
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Et qui n'assume pas grand chose !!

à écrit le 25/06/2021 à 13:49
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Je peux me tromper mais je ne suis pas sûr que Macron se représente… je pense su il a un drain avec Édouard Philippe duo gâtez la synthèse entre l’ermitage et le lr… au grand dam de ces derniers .. à suivre

à écrit le 25/06/2021 à 13:40
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Explications du (petit) personnel politique : c'est de la faute au covid , explication réelle : c'est à cause de ma grand-mère qui faisait du kite-surf !

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