Emploi : une insertion plus chaotique pour des jeunes plus diplômés

 |   |  1131  mots
(Crédits : Reuters)
Chômage élevé, pression sur les salaires, moins de perspectives de carrière... les chercheurs du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq) dressent un tableau sombre de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Dans leur étude, ils expliquent notamment que les diplômés d'un bac +5 de la génération 2010 sont bien moins payés en moyenne (environ 300 euros de moins) que ceux de la génération 1998 et 2004 après sept ans de vie active.

L'insertion professionnelle des nouveaux entrants sur le marché du travail français se complique sérieusement. Selon un bulletin de recherche du Cereq publié ce mardi 22 octobre, les diplômés de la génération 2010 ont connu une entrée sur le marché de l'emploi beaucoup plus chaotique que ceux des générations 2004 et 1998.

Lire aussi : Pour les jeunes, l'accès à l'emploi reste un calvaire

La grande crise de 2008 et le ralentissement brutal des économies dans la zone euro ont multiplié les obstacles pour les jeunes dans leur intégration professionnelle. En outre, les réformes structurelles du marché du travail menées par les différents gouvernements depuis une vingtaine d'années ont contribué à durcir les conditions d'accès des jeunes à l'emploi malgré des générations toujours plus diplômées. Les chercheurs dressent un constat amer pour les différentes catégories de diplômés.

"Contraints à vivre des débuts de vie active dans une conjoncture difficile, où le diplôme semble de plus en plus nécessaire mais de moins en moins valorisé, les jeunes sans diplôme et diplômé·es du secondaire de la génération 2010 se voient toujours plus exclu·es de l'emploi, et plus exposé·es au chômage et à la précarité. Dans le même temps, les jeunes diplômé·es de l'enseignement supérieur, de plus en plus nombreux·ses, voient baisser leurs chances d'accéder au statut de cadre et de bénéficier d'une rémunération que leur niveau d'étude semblait justifier pour les générations précédentes".

Les non-diplômés les plus touchés

L'examen des trajectoires des différentes générations met en évidence des disparités criantes. Au bout de 7 ans de vie professionnelle, le temps passé en moyenne en emploi a baissé de 65% à 46% pour la génération de non-diplômés de 1998 et celle de 2010. Pour les titulaires d'un CAP ou d'un BEP, la chute est également marquée passant de 78% à 67%.

En revanche, pour les titulaires d'un master 2, le taux est stable entre les deux cohortes, à 87%. Ces difficultés sont également visibles pour les jeunes occupant un emploi à durée indéterminée (EDI). Au bout de 7 ans, les non-diplômés de 1998 interrogés en 2005 étaient 72% à être dans une situation professionnelle relativement stable contre 56% pour la génération de 2010. Les auteurs de la note soulignent également une baisse de 6 points pour les diplômés d'un bac +5 entre les deux groupes interrogés.

"Ces constats traduisent des risques croissants de mise à l'écart de l'emploi des moins qualifié·es, et particulièrement de ceux·celles dépourvu·es de diplôme au sein d'une population de plus en plus diplômée. Mais dans le même temps, le marché du travail évolue et les conditions d'emploi offertes aux diplômé·es du supérieur se détériorent également à leur façon", explique le centre de recherches.

Une progression des salaires freinée

L'autre indicateur qui traduit les difficultés des plus jeunes générations est la progression des salaires. Pour la génération 1998, le salaire médian a progressé de 38% entre la première fiche de paie et celle du dernier emploi occupé. Il est passé de 1.090 euros à 1.500 euros sur les sept premières années de vie active. Évidemment, il existe des écarts entre les niveaux de diplômés. Ainsi, pour les titulaires d'un bac professionnel, la hausse est de 34%, passant de 1.045 euros à 1.405 euros. Pour les titulaires d'un master 2 de la génération de 98, l'augmentation est de 54% pour passer de 1.530 euros à 2.355 euros au bout de 7 ans.

Concernant la génération 2010, les chiffres sont beaucoup moins flatteurs. En moyenne, le salaire médian a progressé de 19% entre le premier salaire et le dernier salaire déclaré. Pour les titulaires d'un CAP ou d'un BEP, la hausse n'est que de 19% contre 23% pour les bac +5. L'étude montre également une forte dévalorisation des diplômés du supérieur au niveau salarial. Les salaires des BAC +5 de la génération 2010 sont bien inférieurs à ceux de la génération 1998 après six ans d'expérience cumulée.

Une double crise

Parmi les facteurs avancés par les chercheurs figurent la récession de 2008 et la crise des dettes souveraines en zone euro en 2012. L'embellie qui a suivi "n'a pas permis un rattrapage des niveaux d'avant la crise financière de 2008 et n'a pas redynamisé l'emploi". Ce marasme économique "a pesé sur les possibilités et le rythme d'accès à l'emploi des jeunes de la génération 2010, ralentissant leur intégration professionnelle et les exposant davantage au chômage en début de vie active que leurs aîné·es des génération 2004 et, plus encore, 1998", soulignent les auteurs du document.

Résultat, le chômage des jeunes a explosé dans les années post-crise. En 2018, le taux de chômage au sens du bureau international du travail était de 20,8% pour les 15-24 ans, soit un niveau toujours supérieur à celui de 2008 selon de récents chiffres de l'Insee. Il est surtout bien supérieur à celui des 25-49 ans (8,5%) et celui des plus de 50 ans (6,4%).

Lire aussi : Chômage des jeunes : une situation toujours préoccupante

"Le niveau du taux de chômage des jeunes, beaucoup plus élevé que celui de leurs aînés, traduit en partie la spécificité des moins de 25 ans sur le marché du travail : un grand nombre d'entre eux poursuivent des études sans travailler à côté et ne sont sont pas comptés dans la population active", précisent les économistes de l'Insee. "Ainsi, la part des chômeurs dans la population totale des 15-24 ans est bien inférieure au taux de chômage des jeunes : elle s'établit à 7,8% en 2018".

Des réformes structurelles pointées par les chercheurs

Si la majorité (88%) de population active française occupée est en contrat à durée indéterminée (CDI), une grande part des embauches se fait sur des contrats à durée limitée. Selon de récents chiffres du ministère du Travail, la part des CDD dans les flux d'embauches est passée de 76 % en 1993 à 87 % en 2017.

Cette évolution s'est accompagnée d'une montée en puissance des contrats de très courte durée. Pour le Cereq, "cette nouvelle 'norme' de recrutement n'est pas sans effets sur les possibilités effectives de stabilisation à moyen terme des jeunes dans l'emploi. Elle peut constituer pour certain·es un tremplin vers une carrière, mais pour d'autres une trappe à précarité". L'une des conséquence de telles pratiques est que les évolutions professionnelles sur le plan des salaires ou celui des carrières sont beaucoup moins favorables qu'auparavant.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/10/2019 à 11:05 :
Nous arrivons à un stade où, avec les mouvements sociaux qui se mettent en place partout à la fois, nous aurons 2 possibilités pour l'avenir, une fenêtre s'ouvre et les solutions sont simples :
- quitter pour de bon le système capitaliste pour une émancipation de l'être humain (car on essaie constamment de nous faire avaler que le capitalisme est la seule et unique solution pour vivre dans ce monde)
- ou rester sage, accepter de négocier une nouvelle fois avec les tenanciers du système capitaliste tentant de nous faire gober qu'ils vont réformer cette fois-ci la société pour le bien être des individus et de la population, le peuple, la "masse" indistincte comme ils aiment la qualifiée.

Le capitalisme et ses contradictions arrivent au bout:
- vouloir des gens très qualifiés mais qu'on payera moins (dans cette logique, à terme, qui consommera les produits ou services proposés ?)
- charger une personne sur un poste alors qu'il y a des gens compétents au chômage: mettre 2 personnes à temps partiel est une solution
- rechercher constamment le coût le plus bas a un impact sur la qualité, robustesse du produit final

la liste est très longue etc...

Si personne ne réagit, à son niveau de quelque manière que ce soit (arrêt maladie à la moindre exagération d'un supérieur, faire une rupture conventionnelle pour percevoir l'équivalent d'un salaire tout en ayant la possibilité de se former pour acquérir de réelles compétences et savoirs faire technique ou manuel , sortir des grandes villes pour se réapproprier un espace pour une autonomie relative, sont autant de solutions.) ce qui se jouera dans les prochains mois marquera un tournant décisif pour l'humanité car le capitalisme, hydre aux multiples têtes, gardera ces actuelles luttes et résistances à son encontre comme une expérience acquise, laissant encore moins de possibilités aux gens pour vivre.

La lutte c'est aujourd'hui qu'il faut la mener par tout les moyens à notre disposition, demain il sera trop tard
a écrit le 24/10/2019 à 15:27 :
Je suis intéressé.
a écrit le 24/10/2019 à 9:24 :
Le néolibéralisme tire tout le monde vers le bas avec ses tarifs de plus en plus élevés pour des prestations de plus en plus chères ils veulent des gens de plus en plus diplômes payés de moins en moins chers.

Mais bon sang ils font quoi de tout ce pognon économisé !?

ILs investissent de moins en moins, ils ne payent plus d'impôts...
Réponse de le 24/10/2019 à 19:32 :
Ils assèchent pour soumettre. Si sur le haut de la pyramide il y a tant d'argent, c'est aussi le pouvoir économique qui prend le pouvoir sur le politique, donc le citoyen.

Actuellement ce qui est intéressant dans le média télévisuel, c'est l'information unique. La basification de la population, il ne faut pas oublier qu'ils sont dans la situation ou ils ont poussé au diplôme tout en délocalisant le taff et gardant une mentalité de rentier dans la mondialisation.

Du coup nous avons la résultante que les parent aujourd'hui de 50 ans sont au chômage et du coup voulant protéger leurs enfants ont investi dans un diplôme. Mais pour autant qu'il soit possible de comprendre la logique économique, nous arrivons a terme du modèle économique de gestionnaire (a la papa) la thésaurisation qui fait constat.

Une partie espère que l'actionnariat permettra d'asservir, plus besoin d'idées si vous vivez a crédit, vous faites ce qu'on vous dit.

Et la déclaration de la ministre du travail permet de mieux comprendre le type de politique sale, hypocrite, car pas ou peu assumer, et qui va consister a financer certains, les mêmes pour eux se protéger leurs famille etc etc.

Donc il y aura une société de gladiateur comme l'exemple du conseiller du premier ministre....

Un silence si magistral dans le média audivisuel que cela dit de qui nous avons au pouvoir aussi......
Réponse de le 25/10/2019 à 14:10 :
Ce que vous dites est faux, les jeunes diplômés BAC +5 sont au contraire de mieux en mieux payés car il n'y a pas de chômage dans l'encadrement.
Ceux qui souffrent sont les moins diplômés au contraire.
Mais c'est vrai que ça ne va pas dans le sens de votre discours formaté de gauchiste.
a écrit le 23/10/2019 à 22:59 :
Pourquoi, ce n'était pas dans le sens de l'économie depuis l'an 2000? a partir du moment ou toutes les technologies qui auraient du être ici, mais dont l'idéologie de l'entreprise sans usine a mis en place des gestionnaires au moment de mettre des visionnaires et des développeurs.

Mais étant une économie qui fonctionne pas le statut et non la réalisation, le pouvoir fut plus important que savoir qu'en faire.

Actuellement plus de recherche et développement dont l'objectif serait aussi de conserver l'emploi a terme, mais une forme de spéculation pour des entreprises dont les directions n'ont rien compris, mais suivit tout en construisant sur certains postes clefs, la disparition de ces personnes nécessaires pour le développement.

En 2000, le commercial touchait ce qui était proportionnel a ses actions, progressivement et aujourd'hui, c'est plutôt le n+1.....

La preuve absolue ! Une DHR comme ministre du travail.....

Alors faire semblant de découvrir de vrais objectifs que le medef et tout ceux qui ont les clefs de l'économie ont mis en place avec l'aide de l'état.

Alors si aujourd'hui la situation est pour moi critique, (un bac + 5) = 1500 euros, il est certain que dans un système ou les multinationales et les grandes familles tiennent le pavé, franchement c'est moins une découverte que la réalisation d'un objectif qui ne disait pas son nom.

Alors comme la ministre du travail actuelle, rappelant que: "Quand le marché est dynamique, il faut retourner à l'emploi" (Pénicaud, sur l'assurance-chômage)

Il s'agit donc la de faits, qui permettent a ces jeunes de comprendre pourquoi tout ces gens millionnaires tiennent ces propos.......

Question révolution tech, c'est le vent, la start up ou le pdg a moins de 30 ans pourrait bénéficier? mais lever des fonds ne dit pas de création d'emploi.

Et faire croire que la mondialisation serait la raison, non je pense qu'il faut mettre en parallèle la réalité suivante. Le premier patron du pays a touché 30 milliards d'euros, dans un pays ou le développement et la recherche est privée la ou le retour économique est ailleurs.

Mais je laisse au soin de ceux qui ont les clefs de comprendre ce qui en découlera ....
a écrit le 23/10/2019 à 22:35 :
Au final : Il faut cravacher ceux qui bossent ! -
`Total des heures travaillées par habitant en 2017: Corée du Sud: 1048, États-Unis 830, Union Européenne 751, Allemagne 728, France...634!!
Réponse de le 24/10/2019 à 6:35 :
Dire que les Coréens bossent beaucoup, c'est une chose, disons qu'ils sont très présents sur leur lieu de travail. Je ne suis pas certain que leur productivité horaire soit extraordinaire.
a écrit le 23/10/2019 à 17:12 :
j'ai eu la meme info y a 15 jours concernant les sup de co
cela dit, on parle de diplome, ok
mais parmi les diplomés, y a ceux qui valent quelque chose, et ceux qui ont une foret de platanes dans la main
( curieusement c'est souvent la premiere categorie qui va etre sous payee, car il faut bien payer les elements de la deuxieme qui ont egalement ete embauches)
Réponse de le 23/10/2019 à 18:11 :
Depuis plus de 30 ans le discours consiste à dire "les diplomes sont un passeport pour l'emploi" en se gardant de préciser qu'ils sont nécessaires , voir indispensables … mais pas suffisants … reste le plus difficile , convaincre les recruteurs et là ne s'agit plus de connaissances mais de compétences et à ce jeu ceux qui sont formés en alternance ont un petit avantage , la personnalité et les ambitions de chacun font le reste !!
a écrit le 23/10/2019 à 17:09 :
Consternant, du premier au dernier mot pas une seule note d'optimiste !!!
a écrit le 23/10/2019 à 15:22 :
"Ces difficultés sont également visibles pour les jeunes occupant un emploi à durée indéterminée (EDI)".

EDI , c'est nouveau ?
a écrit le 23/10/2019 à 15:14 :
Vous vous rendez compte que le premier plan Barre pour l'emploi des jeunes c'etait en 1977, il y a 42 ans. Depuis a part le rallongement les etudes, pas grand choses ont changées.
a écrit le 23/10/2019 à 15:04 :
Normal depuis 30 à 40 ( ou plus , le temps qu’on se réveille ...)
les Élites ont rempli «  les classes scientifiques et informatiques ( recherche et sciences «  qui donnent naissance au start upiens. ( enfants des Élus et autres gratins du pays )D’aujourd’hui ... ainsi ils ont pu se décider de «  dévaloriser «  les autres générations , le reste ...puisque sans intérêts pour la politique des Élites qui gangrènent «  ce pays «  démocratique...
Réponse de le 24/10/2019 à 1:51 :
Amusant. Ou consternant...
Le principe du start-upien, c'est qu'ils ne sont héritiers de rien justement...
Reprocher aux doués leur douance n'amène rien de bon... Il ne faut pas confondre créateur et gestionnaire, ces derniers ne sont et ne seront plus les maîtres du monde, à leur grand désarroi.
Les start-upiens sont justement les seuls créateurs de richesse, d'activité et d'emplois. Ils ne courent pas après l'accumulation comme cette anciennes
génération qui n'a rien créé, s'est appuyé sur les résultats de l'antepenultieme et oserait donner des leçons à ceux qui payent le tribut de leur irresponsabilité qui n'est plus à prouver ?
Rappel : profiter des ressources futures et critiquer ceux qui créent de quoi en rembourser la dette n'est pas seulement immoral, c'est aussi la proof of stake.
Réponse de le 25/10/2019 à 4:11 :
Votre commentaire est un pavé de bêtises.
La génération d'avant est celle qui a fait naître les grandes entreprises du numérique : Apple, Google, Microsoft, Amazon, Netflix, ...
De plus, vous indiquez que les gestionnaires ne créent pas d'emplois ni de valeur ajoutée, et pourtant la première raison de faillite d'une entreprise c'est la mauvaise gestion. Sans oublier, que pour se développer une start-up a besoin de business angels, bref de gestionnaires.
Réponse de le 25/10/2019 à 4:15 :
D'ailleurs, vous dites que nombre de start uppers ne sont pas héritiers... Ce qui est faut, bon nombre sont des gosses de riches.

Et au passage, la start-up n'est pas née avec le numérique. Une startup est une entreprise petite mais innovante. Ça peut être la restauration par exemple...
a écrit le 23/10/2019 à 14:51 :
Et oui, voilà qui devrait interroger les partisans de la décroissance. Une seule année de grosse décroissance (-3% en 2009 pour rappel, et aussi -4,2% UK et -5,6% Allemagne), et c'est toute une génération qui morfle. On pourra le tourner dans tous les sens, croissance démographique X décroissance économique = appauvrissement généralisé.
a écrit le 23/10/2019 à 14:09 :
penible cette ecriture inclusive … on se doute bien que les diplomés sont aussi les femmes, pas que les hommes
Réponse de le 23/10/2019 à 18:04 :
Tout à fait de votre avis. C'est d'un stupide à pleurer. Il y en a qui sont vraiment complexés.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :