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ÉconomieFrance

Emploi : une insertion plus chaotique pour des jeunes plus diplômés

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 23 octobre 2019 à 11:16 - Mis à jour le 23 octobre 2019 à 22:01

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Chômage élevé, pression sur les salaires, moins de perspectives de carrière... les chercheurs du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq) dressent un tableau sombre de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Dans leur étude, ils expliquent notamment que les diplômés d'un bac +5 de la génération 2010 sont bien moins payés en moyenne (environ 300 euros de moins) que ceux de la génération 1998 et 2004 après sept ans de vie active.

L'insertion professionnelle des nouveaux entrants sur le marché du travail français se complique sérieusement. Selon un bulletin de recherche du Cereq publié ce mardi 22 octobre, les diplômés de la génération 2010 ont connu une entrée sur le marché de l'emploi beaucoup plus chaotique que ceux des générations 2004 et 1998.

La grande crise de 2008 et le ralentissement brutal des économies dans la zone euro ont multiplié les obstacles pour les jeunes dans leur intégration professionnelle. En outre, les réformes structurelles du marché du travail menées par les différents gouvernements depuis une vingtaine d'années ont contribué à durcir les conditions d'accès des jeunes à l'emploi malgré des générations toujours plus diplômées. Les chercheurs dressent un constat amer pour les différentes catégories de diplômés.

"Contraints à vivre des débuts de vie active dans une conjoncture difficile, où le diplôme semble de plus en plus nécessaire mais de moins en moins valorisé, les jeunes sans diplôme et diplômé·es du secondaire de la génération 2010 se voient toujours plus exclu·es de l'emploi, et plus exposé·es au chômage et à la précarité. Dans le même temps, les jeunes diplômé·es de l'enseignement supérieur, de plus en plus nombreux·ses, voient baisser leurs chances d'accéder au statut de cadre et de bénéficier d'une rémunération que leur niveau d'étude semblait justifier pour les générations précédentes".

Les non-diplômés les plus touchés

L'examen des trajectoires des différentes générations met en évidence des disparités criantes. Au bout de 7 ans de vie professionnelle, le temps passé en moyenne en emploi a baissé de 65% à 46% pour la génération de non-diplômés de 1998 et celle de 2010. Pour les titulaires d'un CAP ou d'un BEP, la chute est également marquée passant de 78% à 67%.

En revanche, pour les titulaires d'un master 2, le taux est stable entre les deux cohortes, à 87%. Ces difficultés sont également visibles pour les jeunes occupant un emploi à durée indéterminée (EDI). Au bout de 7 ans, les non-diplômés de 1998 interrogés en 2005 étaient 72% à être dans une situation professionnelle relativement stable contre 56% pour la génération de 2010. Les auteurs de la note soulignent également une baisse de 6 points pour les diplômés d'un bac +5 entre les deux groupes interrogés.

"Ces constats traduisent des risques croissants de mise à l'écart de l'emploi des moins qualifié·es, et particulièrement de ceux·celles dépourvu·es de diplôme au sein d'une population de plus en plus diplômée. Mais dans le même temps, le marché du travail évolue et les conditions d'emploi offertes aux diplômé·es du supérieur se détériorent également à leur façon", explique le centre de recherches.

Une progression des salaires freinée

L'autre indicateur qui traduit les difficultés des plus jeunes générations est la progression des salaires. Pour la génération 1998, le salaire médian a progressé de 38% entre la première fiche de paie et celle du dernier emploi occupé. Il est passé de 1.090 euros à 1.500 euros sur les sept premières années de vie active. Évidemment, il existe des écarts entre les niveaux de diplômés. Ainsi, pour les titulaires d'un bac professionnel, la hausse est de 34%, passant de 1.045 euros à 1.405 euros. Pour les titulaires d'un master 2 de la génération de 98, l'augmentation est de 54% pour passer de 1.530 euros à 2.355 euros au bout de 7 ans.

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Concernant la génération 2010, les chiffres sont beaucoup moins flatteurs. En moyenne, le salaire médian a progressé de 19% entre le premier salaire et le dernier salaire déclaré. Pour les titulaires d'un CAP ou d'un BEP, la hausse n'est que de 19% contre 23% pour les bac +5. L'étude montre également une forte dévalorisation des diplômés du supérieur au niveau salarial. Les salaires des BAC +5 de la génération 2010 sont bien inférieurs à ceux de la génération 1998 après six ans d'expérience cumulée.

Une double crise

Parmi les facteurs avancés par les chercheurs figurent la récession de 2008 et la crise des dettes souveraines en zone euro en 2012. L'embellie qui a suivi "n'a pas permis un rattrapage des niveaux d'avant la crise financière de 2008 et n'a pas redynamisé l'emploi". Ce marasme économique "a pesé sur les possibilités et le rythme d'accès à l'emploi des jeunes de la génération 2010, ralentissant leur intégration professionnelle et les exposant davantage au chômage en début de vie active que leurs aîné·es des génération 2004 et, plus encore, 1998", soulignent les auteurs du document.

Résultat, le chômage des jeunes a explosé dans les années post-crise. En 2018, le taux de chômage au sens du bureau international du travail était de 20,8% pour les 15-24 ans, soit un niveau toujours supérieur à celui de 2008 selon de récents chiffres de l'Insee. Il est surtout bien supérieur à celui des 25-49 ans (8,5%) et celui des plus de 50 ans (6,4%).

"Le niveau du taux de chômage des jeunes, beaucoup plus élevé que celui de leurs aînés, traduit en partie la spécificité des moins de 25 ans sur le marché du travail : un grand nombre d'entre eux poursuivent des études sans travailler à côté et ne sont sont pas comptés dans la population active", précisent les économistes de l'Insee. "Ainsi, la part des chômeurs dans la population totale des 15-24 ans est bien inférieure au taux de chômage des jeunes : elle s'établit à 7,8% en 2018".

Des réformes structurelles pointées par les chercheurs

Si la majorité (88%) de population active française occupée est en contrat à durée indéterminée (CDI), une grande part des embauches se fait sur des contrats à durée limitée. Selon de récents chiffres du ministère du Travail, la part des CDD dans les flux d'embauches est passée 

de 76 % en 1993 à 87 % en 2017.

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Cette évolution s'est accompagnée d'une montée en puissance des contrats de très courte durée. Pour le Cereq, "cette nouvelle 'norme' de recrutement n'est pas sans effets sur les possibilités effectives de stabilisation à moyen terme des jeunes dans l'emploi. Elle peut constituer pour certain·es un tremplin vers une carrière, mais pour d'autres une trappe à précarité". L'une des conséquence de telles pratiques est que les évolutions professionnelles sur le plan des salaires ou celui des carrières sont beaucoup moins favorables qu'auparavant.

Grégoire Normand

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