« En sortie de crise, il ne faudra pas retirer les perfusions de façon trop brutale », Laurent Berger (CFDT)
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Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.
Reuters
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LA TRIBUNE - Fin janvier, la CFDT a proposé à Jean Castex la mise en place d'une mission tripartite État-syndicats-patronat, pour réfléchir à l'après-crise. Où en est ce projet ?
LAURENT BERGER - Pour l'instant, nous n'avons pas eu de retour. Nous faisons néanmoins quelques propositions. Ce qui domine actuellement sont les préoccupations sanitaires. Il y a donc les mesures d'urgence et de soutien à l'économie et aux travailleurs au moment de la sortie de crise sanitaire. Des efforts sont faits sur ces sujets mais il faut davantage de mesures en direction des plus fragiles et des plus précaires. Après cette période de gestion de crise sanitaire, il faut s'interroger sur le modèle de développement que nous voulons construire. Dans quelques mois, la campagne présidentielle va permettre de regarder les modèles potentiels. mais après le tsunami sanitaire - j'espère à l'été - , il faudra bien faire le point sur l'état social, économique, démocratique et psychologique de notre pays.
A ce moment, il ne faudra pas retirer les perfusions de façon trop brutale. Sur les questions économiques et sociales mais aussi sociétales , il faut absolument réfléchir à l'accompagnement des difficultés au moment où le marasme se retire, notamment sur l' emploi, la reprise d'une vie étudiante normale, le retour au travail en présentiel, la fatigue psychologique. Il faudra réfléchir à un accompagnement des jeunes et des citoyens. cela se prépare maintenant.
Plusieurs membres du gouvernement comme Bruno Le Maire ont affirmé récemment que la réforme des retraites était "une priorité absolue". Quel regard portez-vous actuellement sur ce vaste chantier ?
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Ce n'est clairement pas le moment. Mettre le sujet des retraites sur la table aujourd'hui, c'est ne pas prendre la mesure de l'épreuve que traverse notre pays actuellement. Face à cette immense pandémie avec des répercussions économiques et sociales très fortes, nous assistons à une paupérisation d'une partie de la société et à la montée du chômage. Dans l'ambiance collective de lassitude et de fatigue, ce n'est vraiment pas le moment d'aller attaquer ce sujet qui va exacerber les affrontements. Sur le volet qualitatif, il n'y a plus vraiment les conditions pour mener une réforme dans des délais raisonnables. L'obsession du gouvernement sur l'ajustement budgétaire est déraisonnable. Il s'agissait de trouver 8 à 9 milliards d'économie d'ici 2027. Actuellement, il est hors de question de faire une guerre de position et d'hystériser la société sur le dossier des retraites.
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