Et si Saint-Martin redevenait enfin une zone de droit (1/2)

Après avoir géré l'urgence, la France est aujourd'hui censée donner un avenir ensoleillé à Saint-Martin. Le délégué interministériel pour la reconstruction des îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin Philippe Gustin s'y emploie dans un contexte particulier.
Michel Cabirol
La France a avancé entre 250 et 280 millions d'euros d'aides pour les deux iles, dont 100 millions pour l'intervention de ,première urgence
La France a avancé entre 250 et 280 millions d'euros d'aides pour les deux iles, dont 100 millions pour l'intervention de ,première urgence (Crédits : Andres Martinez Casares)

Près de cinq mois après le passage de l'ouragan Irma sur Saint-Martin le 6 septembre dernier, la gestion de la crise est désormais quasi terminée même s'il restait en début  d'année dernière un problème d'accès à l'eau courante pour 10% de la population. C'est aujourd'hui le temps de la reconstruction de l'ile qui a été complètement dévastée par des rafales de vent mesurées à plus de 370 km/h. Ainsi, l'aéroport international néerlandais Princess Juliana, qui ne fonctionne actuellement qu'à 10% de ses capacités, ne sera remis en état complètement que dans deux ans.

Cette reconstruction n'est pas simple pour plusieurs facteurs, notamment en raison du statut particulier de Saint-Martin : territoire partagé entre la France et les Pays-Bas, démographie galopante, pauvreté (33% de la population active pointe au chômage et 2.700 allocataires du RSA) et importance de l'économie dissimulée. Sans compter certaines spécificités bien locales. Notamment côté néerlandais, où des zones de non droit (drogue, prostitution, corruption...) et de nombreux casinos ont jusqu'ici prospéré beaucoup trop tranquillement sous les palmiers des Caraïbes grâce aux très nombreux bateaux de croisière qui ont déversé des touristes de la classe moyenne à la recherche de "sensations fortes" et d'exotisme.

Le temps d'un nouveau départ

En dépit des difficultés, la France a décidé de prendre le taureau par les cornes pour donner une chance à Saint-Martin de repartir sur des bases plus saines. Cette mission a été confiée au préfet Philippe Gustin, nommé en septembre délégué interministériel pour la reconstruction des îles de Saint-Barthélémy et de Saint-Martin. L'État a avancé entre 250 et 280 millions d'euros d'aides pour les deux iles, dont 100 millions pour l'intervention de ,première urgence (35.000 rations militaires, 2 millions de bouteilles d'eau, 350 tonnes de vivres, envoi de 3.000 personnels de secours, dont 1.000 militaires et gendarmes environ). Il a également octroyé une aide de 62 millions pour payer les salaires des 1.700 agents de la collectivité de Saint-Martin.

Après avoir géré l'urgence, Philippe Gustin est aujourd'hui censé donner un avenir ensoleillé à Saint-Martin. Une ile où vivait avant le passage de l'ouragan de catégorie 5, plus de 35.000 personnes dans la partie française, dont plusieurs milliers en situation irrégulière originaires essentiellement d'Haïti mais aussi du Venezuela, Honduras et la République dominicaine venues chercher des salaires "mirobolants" au regard de la situation économique et sociale de leur pays. Depuis Irma, environ 8.000 personnes ont quitté Saint-Martin (6.000 sont parties en Guadeloupe, 2.000 en métropole). "Certaines sont parties avec le chèque signé par les  assurances", constate Philippe Gustin. Toutefois, "ils vont revenir, estime-t-il, mais d'autres vont quant à eux quitter Saint-Martin".

Qui dit reconstruction, dit remboursement des dégâts. Mais la délégation interministérielle à la reconstruction constate un retard sur les paiements des assurances, qui ont estimé le coût des dégâts à 1,6 milliard d'euros. Les torts étaient partagés. Car les devis parfois salés, qui ont été présentés par les entreprises saint-martinoises dans le BTP, avaient de quoi faire sourciller les assureurs. Et il y avait de quoi avec un devis à... 500.000 euros pour un toit. "Le BTP local a tendance à doubler les devis", confirmait en décembre Philippe Gustin, qui a prévenu les entreprises locales qu'elles risquaient "de tout perdre" si elles continuaient à exagérer. D'autant la Guadeloupe n'est finalement distante que de 240 kms.

Les discussions en fin d'année dernière de Philippe Gustin avec les uns et les autres ont visiblement porté leurs fruits. Les entreprises sont devenues plus raisonnables tandis que les assurances ont promis d'accélérer les paiements. Mais beaucoup de Saint-Martinois (60%) n'avaient pas de contrat d'assurance pour habitation.

Le temps de la reconstruction urgente

Pour repartir sur des bases plus saines, Philippe Gustin a notamment négocié avec succès avec la collectivité de Saint-Martin des règles temporaires en matière de reconstruction, qui seront en vigueur jusqu'en octobre 2018. Un dossier qui était crucial. Présentées mercredi, elles permettront aux particuliers et aux entreprises de lancer des travaux de réparation ou de reconstruction à court terme dans un cadre juridique sûr avant l'adoption d'un véritable règlement d'urbanisme à Saint-Martin. L'ile, qui est une collectivité d'outre-mer autonome, dispose de la compétence urbanisme tandis que l'État conserve la compétence en matière d'environnement et des risques.

"Dans cette reconstruction, les compétences sont partagées. Il est impératif que la Collectivité et l'État travaillent main dans la main, chacun dans son domaine de compétence, si nous voulons réussir", a indiqué la préfète déléguée, Anne Laubies.

Ces règles d'urbanisme se fondent donc sur la nouvelle carte de l'aléa cyclonique, qui a été dressée par les services de l'État en novembre dernier. Cette carte tire les enseignements du passage d'Irma en termes de submersion marine et fixe ainsi les zones à risque, où des contraintes spécifiques de construction doivent être adoptées pour la sécurité des personnes et des biens. "L'État a dressé une nouvelle carte de l'aléa cyclonique par submersion marine à partir des inondations provoquées par Irma. La Collectivité a fait preuve de responsabilité en adaptant ses règles d'urbanisme à cette carte", a précisé Philippe Gustin.

En parallèle, la France est en train de réactualiser le Plan de prévention des risques naturels (PPRN) de 2011 et dans lequel sont définies des zones à risques où les constructions sont interdites ou autorisées sous réserve de respecter certaines règles spécifiques de nature individuelle ou collective.

Le temps du redémarrage économique

Priorité numéro une pour Philippe Gustin, le redémarrage de l'économie de Saint-Martin. De nouvelles mesures ont été prises pour relancer une économie essentiellement basée sur le tourisme. Malheureusement Saint-Martin devra faire une croix sur la saison touristique, qui a débuté en novembre dernier, à l'exception du tourisme affinitaire. La saison haute est arrivée trop vite après l'ouragan Irma. "L'activité économique de l'ile sera ralentie jusqu'en novembre 2018", pronostique Philippe Gustin. Pour autant, il n'est pas non plus à l'abri d'une... bonne nouvelle. Avec les départs des 8.000 personnes de Saint-Martin et le temps de la reconstruction, qui permet des embauches dans les entreprises de BTP, les chiffres du chômage ont enregistré une belle baisse.

Pour autant, c'est peut-être une véritable chance pour l'hôtellerie traditionnelle saint-martinoise de repartir sur un modèle économique plus performant. Pour cela, elle devra moderniser son parc, qui a beaucoup vieilli. D'autant que le nombre de chambres d'hôtel a été divisé par deux depuis l'arrivée de l'hôtellerie de type Airbnb, qui a explosé grâce à un important plan de défiscalisation. En outre, les hôtels néerlandais ont raflé pas mal les parts de marché n'étant soumis à aucune règle ou presque.

En outre, le droit du travail a été assoupli pour sécuriser les entreprises, tout comme le dispositif du chômage partiel. Les salaires pourront ainsi être financés par les caisses publiques au-delà des 1.000 heures légales (annonce de Muriel Pénicaud). Pour fidéliser les salariés, le salaire médian à Saint-Martin est le double de celui en métropole. "Un salaire fait vivre 20 personnes à Saint-Martin", rappelle Philippe Gustin. Cela devrait fortement augmenter le coût total du chômage partiel, qui a été estimé à 35 millions d'euros jusqu'à fin 2017. Les entreprises des deux îles (Saint-Martin et Saint-Barthélémy) pourront également bénéficier d'un moratoire sur les charges patronales (45 millions de coût prévu de novembre 2017 à novembre 2018) et d'aides financières directes. Enfin, les entreprises des deux iles ont bénéficié d'une aide d'urgence pour alimenter leur trésorerie (autour de 3 millions).

Le temps bientôt de la reconstruction pérenne

D'ici la fin mars, trois plans pluriannuels d'investissement seront préparés pour lancer la reconstruction des infrastructures des deux iles : un plan pour les infrastructures de l'État (préfecture, cité administrative),  un plan pour les infrastructures de la collectivité (écoles, caserne des pompiers, bâtiments administratifs etc...) et, enfin, un plan pour les infrastructures sanitaires (EHPAD...). Qui paiera quoi? Ce sont ces plans qui définiront les procédures de financements. L'État est d'ailleurs prêt à accompagner financièrement sur le long terme les projets au cas par cas "sur la base de factures en bonne et due forme", précise Philippe Gustin. Pas question non plus de distribuer l'argent sans expertise des projets. En outre, l'Union européenne est prête à donner un chèque de 50 millions d'euros dans le cadre d'un fonds de solidarité.

Enfin, les réseaux (eau, télécoms, électricité) font également l'objet d'une attention toute particulière de la délégation interministérielle à la reconstruction. Elle souhaite notamment enterrer un maximum de réseau afin de renforcer leur résilience face à un nouvel ouragan de l'ampleur d'Irma (50% des réseaux électriques étaient aériens avant Irma). Les premiers coups de pioche ont d'ailleurs déjà commencé en décembre. Pourvu que cela dure.

Michel Cabirol

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Commentaires 10
à écrit le 21/01/2018 à 11:28
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Ben dans tout les dom tom, l'immigration y compris intérieure (métropolitaine) est un véritable désastre, il faut être le plus ferme possible et expulser ceux qui n'ont rien à y faire et donner pas le moindre avantage pour les métropolitains, il n'y ...

à écrit le 21/01/2018 à 9:00
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Votre article est assez documenté sauf sur plusieurs points : - la partie francaise de St Martin sans aéroport international ni port digne de ce nom à Marigot ne peut pas fonctionner comme un département Francais face à la partie néerlandaise bien p...

à écrit le 20/01/2018 à 10:56
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Ce ne sont pas des salaires mirobolants qu'ils viennent chercher, mais les mannes que l'Etat distribue à tour de bras les yeux fermés.

à écrit le 19/01/2018 à 18:34
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"...l'Union européenne est prête à donner un chèque de 50 millions d'euros dans le cadre d'un fonds de solidarité..." Faut-il dire merci ? 50 millions à comparer aux 9 milliards de contribution nette que la France verse chaque année au budget europé...

le 20/01/2018 à 16:43
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et 35000 habitants sur 511 millions d'habitants !!!

le 24/01/2018 à 17:50
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@toto - La France n'a pas vocation à financer 511 millions d'habitants.

à écrit le 19/01/2018 à 2:51
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Votre article m'inquiète... il y a une collectivité territoriale sur cette île ou bien votre seul référence pour l'analyse de la situation est celle d'un préfet délégué débarqué sur l'île depuis 4 mois. C'est pas très sérieux comme travail, ni respec...

le 20/01/2018 à 23:26
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Commentaire d'une personne qui ne sait rien de Saint Martin et nous sert son idéologie... La collectivité travaille main dans main avec la préfecture. Les passes droits d'antan se sont plus possible car il y a des vies en jeu. Des VIES

à écrit le 18/01/2018 à 17:25
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Dire que les spécificités locales, notamment trafic de drogue, prostitution, corruption, caractérisent le coté néerlandais qui accueille les touristes en mal de sensations fortes dénote pour le moins une belle méconnaissance de cette Ile avant la cat...

le 18/01/2018 à 21:14
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Je vais a SXM cote Francais depuis 1998 tous les ans. Ce que vous racontez est faut...bien sur il y a un peu de criminalite, mais la grosse criminalite etait et sera toujours du cote Holandais... Le cote Fracais est beaucoup plus cool et sympatique, ...

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