Go Sport placé en redressement judiciaire : nouveau coup dur pour l'empire Ohayon

Le tribunal de commerce de Grenoble a rendu sa décision : Go Sport est placé en redressement judiciaire. Un désaveu pour son repreneur HPB, qui martelait que l'entreprise n'était pas en cessation de paiement, comme le craignaient salariés et syndicats. Reste désormais à trouver un repreneur, mais aussi à déterminer l'issue d'une seconde procédure, engagée le 9 novembre dernier pour « abus de bien social ».
Des salariés de Go Sport au tribunal de commerce de Grenoble lundi 16 janvier.
Des salariés de Go Sport au tribunal de commerce de Grenoble lundi 16 janvier. (Crédits : Reuters)

La justice a tranché. Le tribunal de commerce de Grenoble a annoncé ce jeudi le placement en redressement judiciaire du Groupe Go Sport. « Par un jugement solidement motivé, le tribunal (...)  a constaté l'état de cessation des paiements de la société Groupe Go Sport et a ouvert une procédure en redressement judiciaire », a déclaré le parquet de Grenoble dans un communiqué, ajoutant que « la société Go Sport France n'est pas déclarée en cessation des paiements, mais sa situation sera impactée par celle de sa société mère », également visée depuis novembre par une enquête préliminaire pour « abus de bien social ».

Une différence qui se justifie par le montage de la société : avec d'un côté, la SAS Go Sport qui comprend le siège, et de l'autre, l'ensemble de son réseau intégrant les magasins sous l'égide du Groupe Go Sport.

« Le délibéré distingue la SAS Go Sport et Go Sport France mais soyons clairs, l'un ne peut pas vivre sans l'autre », nuance Evelyn Bledniak, l'avocate du CSE de Go Sport à La Tribune, qui rapporte que la date de cessation de paiement a ainsi été fixée au 5 janvier dernier.

Le Procureur de la république a en effet motivé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire en s'appuyant sur un excédent de passif de 14 millions d'euros, relevé dans le rapport du cabinet Eight Advisory et associés. Celle-ci comprend une première période d'observation de six mois, avec une première échéance fixée au 19 juillet prochain.

« C'est une procédure qui peut courir sur 18 mois maximum et qui comprend déjà un point d'étape au 13 mars prochain », confirme l'avocate du CSE à La Tribune.

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« Nous accueillons cette décision avec colère et révolte car si nous sommes aujourd'hui en situation de cessation de paiements et de redressement judiciaire, la faute incombe totalement aux actionnaires de HPB. Il ne faut pas oublier qu'hier, le Parquet de Grenoble a annoncé l'ouverture d'une enquête pour abus de bien social », réagit Christophe Lavalle, porte-parole du CSE central (comité social et économique) de Go Sport, joint par La Tribune.

Pour les syndicats, le placement en redressement judiciaire ne signifie néanmoins pas encore la fin du combat, et ouvre même désormais une perspective de reprise, en dehors du giron de l'empire Ohayon. Et ce, sans que la société Hermione People and Brands (HPB) (qui a repris Go Sport fin 2021) ne se retrouve aux manettes du choix du futur repreneur :

« Les inquiétudes restent fortes mais on a encore l'espoir de trouver quelqu'un qui puisse sauver Go Sport. Car l'on remet les 36 millions que l'on nous a pris dans les comptes, nous nous rapprochons à nouveau de l'équilibre. Nous sommes tout de même le numéro trois du secteur de la distribution du sport, c'est une société qui a les moyens de se relancer », poursuit Christophe Lavalle.

L'enjeu de reconstituer une partie des stocks

Selon l'avocate Evelyn Bledniak, la direction a déjà évoqué « des marques d'intérêt » à la barre du tribunal de commerce, mais « sans en dire davantage à ce stade ». « En l'attente, les représentants des salariés restent mobilisés et ont l'espoir que leurs clients les soutiennent également en continuant d'aller chez Go Sport ».

Car avec la procédure de redressement judiciaire, c'est également une protection de la société de ses créanciers, et notamment un gel des dettes antérieur à la date du 5 janvier qui va être établi. Une mesure qui devrait permettre aux stocks de se reconstituer en partie, même si certaines difficultés rencontrées sur le terrain de l'approvisionnement provenaient aussi d'un changement du système logistique utilisé par le groupe.

Le porte-parole du CSE central en appelle tout de même à « la responsabilité du gouvernement et des responsables politiques, car on ne peut pas laisser de grandes entreprises françaises comme Camaïeu et Go Sport être victimes d'un management malveillant et potentiellement malhonnête, ce sera à la justice de le dire ».

Divergences entre les salariés et la direction sur l'état des finances

La décision du tribunal de commerce de Grenoble, qui devait initialement être prise lundi, avait finalement été repoussée à ce jeudi. Depuis plusieurs semaines, la justice se penche sur la situation financière de Go Sport, viable selon son propriétaire le groupe Hermione People and Brands (HPB) mais calamiteuse selon les salariés et les syndicats.

Les représentants des salariés de Go Sport s'inquiétaient depuis plusieurs mois de la situation de l'entreprise et avaient émis un droit d'alerte « afin de ne pas devenir le nouveau Camaïeu », qui était lui-même détenu par le même actionnaire.

Pour rappel, la chaîne de prêt-à-porter Camaïeu, détenue par HPB - la branche distribution de la Financière immobilière bordelaise (FIB), le fond d'investissement de l'homme d'affaires bordelais Michel Ohayon - a été placée en liquidation fin septembre par le tribunal de commerce de Lille et ses 2.100 salariés ont été licenciés.

La maison-mère HPB assurait ne pas être en cessation de paiement

De son côté, la maison-mère HPB, qui avait racheté Go Sport pour un euro symbolique, s'affichaient optimiste, martelant que le distributeur n'était « pas en état de cessation de paiement » et que sa situation n'avait rien à voir avec celle du Nordiste Camaieu.

Lire aussiAprès Camaïeu, nouvelle grosse liquidation en vue en France : Place du Marché (ex-Toupargel), 1.600 salariés

Après « 17 années de pertes », Go Sport devait renouer avec les bénéfices « dès 2023 », selon le président de HPB, Wilhelm Hubner. Pour y parvenir, le groupe avait nommé à la tête de l'enseigne le 3 janvier dernier un spécialiste en restructuration d'entreprises en difficulté. Patrick Puy, auparavant patron du fleuron déchu du textile Vivarte (Caroll, Minelli, La Halle, Naf Naf, Chevignon...), avait été surnommé le « cost killer de choc » par le quotidien L'Humanité en 2017. Cela n'aura pas suffi à éviter le placement en redressement judiciaire de Go Sport.

(Avec AFP)

(publié le 19/01/2022 à 10:00, actualisé à 15:00)

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