Guerre en Ukraine : vers un remboursement plus difficile des PGE ?

Les entreprises françaises disposent pour l'instant d'un "matelas financier" afin d'amortir le choc engendré par la guerre en Ukraine, selon la Banque de France. Seules 5% des entreprises françaises ont exprimé des difficultés pour rembourser leur prêt garanti par l'Etat d'après une récente étude du Trésor. Le prolongement et l'intensification du conflit sur le front Est de l'Europe pourraient changer la donne. A Matignon, certaines filières exposées "ont évoqué des sujets de trésorerie" selon des proches du Premier ministre lors d'une réunion de consultation sur le plan de résilience économique et social en préparation.
Grégoire Normand

6 mn

Près de 145 milliards d'euros ont été octroyés à 700.000 entreprises selon une récente étude du Trésor.
Près de 145 milliards d'euros ont été octroyés à 700.000 entreprises selon une récente étude du Trésor. (Crédits : Reuters)

Près de deux semaines après le début de la guerre en Ukraine, l'économie européenne est plongée dans un épais brouillard. En seulement quelques jours, l'horizon s'est considérablement assombri pour beaucoup de secteurs et d'entreprises tricolores. Les espoirs d'un cessez-le-feu rapide entre la Russie et l'Ukraine semblent s'éloigner. Lors d'une récente allocution, le chef de l'Etat, Emmanuel Macron a annoncé que ce conflit allait avoir de fortes répercussions sur l'économie tricolore. "Notre croissance, aujourd'hui au plus haut, sera immanquablement affectée par le renchérissement du prix du pétrole, du gaz, des matières premières et cela aura des conséquences sur notre pouvoir d'achat demain. Le prix du plein d'essence, le montant de la facture de chauffage, le coût de certains produits, risquent de s'alourdir encore", a-t-il averti.

Alors que les économistes et le gouvernement avaient révisé à la hausse leurs prévisions de croissance en fin d'année 2021, certains ont déjà noirci leurs chiffres pour 2022 avec des pertes de PIB relativement importantes. "La guerre en Ukraine va aggraver les conditions économiques en Europe. Si nous importons peu de produits primaires en France, d'autres pays en importent beaucoup plus. Ce qui va avoir des effets indirects sur la France", a prévenu l'économiste, Michel Aglietta, lors d'une conférence organisée par le CEPII (centre d'études prospectives et d'études internationales) ce mardi 8 mars consacrée à l'économie française. En outre, l'envolée des prix de l'énergie dans les semaines à venir pourrait fortement compliquer la situation de certaines entreprises dans leur capacité de remboursement.

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Dans ce contexte fortement dégradé, comment les entreprises vont-elles appréhender les échéances de remboursement des Prêts garantis par l'Etat (PGE) à venir ?

Au total, il faut rappeler qu'environ 145 milliards d'euros de prêts ont a été accordés aux entreprises françaises, sachant que d'autres pourront être accordés jusqu'en juin prochain. Si les craintes d'une explosion des faillites en raison de la pandémie ont en grande partie disparu, "un tel choc peut avoir un effet négatif sur les marges des entreprises, sur leur épargne et leurs investissements. Ce qui va caractériser ce choc est sa durée. La hausse des matières premières se voit dans la hausse des prix à la production mais pas encore sur les prix à la consommation [...] Sur les produits pétroliers, ces effets se voient plus immédiatement sur les ménages et les entreprises" a déclaré l'économiste de la Banque de France, Olivier Garnier, interrogé lors d'un récent point presse.

Avant la guerre, la situation financière des entreprises plutôt favorable selon la Banque de France

Après deux longues années de pandémie, la situation financière des entreprises a été relativement épargnée malgré les nombreux confinements et le plongeon vertigineux de la croissance en 2020. La politique du "quoi qu'il en coûte" a permis d'amortir une grande partie du choc économique et social. "80% du choc sur les entreprises et les ménages a été absorbé par les dépenses gouvernementales" a affirmé le représentant du FMI pour la France, Jeffrey Franks, lors de la conférence du CEPII. Résultat, la situation financière des entreprises est plutôt favorable selon une récente note de la Banque de France. Contrairement aux premières craintes, la dette des entreprises rapportée au produit intérieur brut est restée stable à 41,4% fin 2021, contre 40,6% fin 2019.

"On assiste à un début de normalisation dans les flux financiers" ajoute Olivier Garnier. "La hausse de la dette des entreprises a été de moins de 4% sur deux ans. Le rythme annuel était d'environ 2% par an contre 4% sur les quinze dernières années" précise-t-il. Interrogé sur les possibles conséquences du conflit sur les marges des entreprises, l'économiste s'est voulu rassurant. "Du côté des entreprises, le taux de marge est assez élevé. Il faut mieux être dans cette situation pour aborder ce choc." L'institution bancaire qui doit présenter ses nouvelles prévisions macroéconomiques en fin de semaine pourrait revoir ses chiffres de croissance à la baisse.

Seules 5% des entreprises ont pour l'instant des craintes pour rembourser les PGE

Sur les 700.000 entreprises ayant bénéficié de prêts garantis, les petites entreprises et les PME sont les principales bénéficiaires. Dans une récente étude, les économistes de la direction générale du trésor soulignent que seules 5% des entreprises auront des difficultés à rembourser les PGE selon des enquêtes menées en 2021. Les chercheurs expliquent qu'une grande partie des PGE a été octroyée par "précaution" et que beaucoup d'entreprises "n'ont consommé qu'une faible proportion de leur crédit". Dans une enquête plus récente réalisée juste avant le début de la guerre par Bpifrance et l'institut Rexecode, 9% des entreprises redoutent de ne pas pouvoir rembourser.

L'invasion soudaine de la Russie en Ukraine pourrait cependant changer la donne. Certaines entreprises et secteurs qui échangent avec la Russie pourraient rapidement se retrouver en difficulté. Le chef de l'Etat a cité deux secteurs économiques qui "souffrent" et "vont souffrir" particulièrement, l'agriculture et l'industrie. "Soit parce qu'ils dépendent des importations de matières premières venues de Russie ou d'Ukraine, soit parce qu'ils exportent vers ces pays", a-t-il expliqué. Sur ce point, le gouvernement multiplie les réunions depuis 8 jours pour bien identifier les difficultés des secteurs et entreprises les plus exposés au conséquences de la guerre. Interrogé par La Tribune après une réunion de plus de 5 heures avec les filières et les partenaires sociaux ce mardi 8 mars, le cabinet du Premier ministre assure que "beaucoup de filières ont évoqué des sujets de trésorerie. Les céréaliers ont par exemple fait part de la hausse du coût des intrants comme les engrais".  L'entourage du Premier ministre espère que le plan de résilience économique et social "pourra être présenté la semaine prochaine".

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Grégoire Normand

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Commentaires 3
à écrit le 09/03/2022 à 20:00
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Comment serait-il difficile de rembourser un prêt dont on repousse aux calendes grecques l'échéance?

à écrit le 09/03/2022 à 12:10
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On voit que nos dirigeants politiques ne pensent plus que par le moins, ils ne veulent pas légaliser le cannabis récréatif qui nous rapporterait au minimum des milliards d'euros, ils ne veulent pas augmenter les salaires, ils ne veulent pas diminuer ...

à écrit le 09/03/2022 à 11:15
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heureusement qu'il y a la guerre en ukraine, parce qu'avec la fin du covid, on aurait accuse qui? le vrai pb des entreprises francaises c'est qu'elles ne sont pas rentables donc n'ont pas de fonds propres, et ca c'est volontaire, c'est une politique ...

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