ENTRETIEN. Guerre en Ukraine, inflation, politique monétaire, productivité, télétravail...la présidente du conseil national de la productivité (CNP), une instance de France Stratégie rattachée à Matignon, Natacha Valla estime que le conflit et le choc énergétique vont entraîner "une hausse de l'inflation importante et plus durable en Europe". Cette économiste (et ex directrice adjointe à la Banque centrale européenne) livre également les grands enseignements du dernier rapport de France Stratégie.LA TRIBUNE - Quelles sont les répercussions de la guerre en Ukraine sur l'économie en Europe et en France en particulier ?
NATACHA VALLA - Ce conflit a mis en lumière les vulnérabilités de certains pays exportateurs. Des pays en Afrique et en Asie sont très dépendants de l'Ukraine. Cette guerre va déboucher sur des situations dramatiques en termes de ruptures des chaînes de valeur et du commerce international sur des biens essentiels de la vie.
C'est certainement moins le cas pour la France en matière d'approvisionnement énergétique et d'approvisionnement agricole. En Europe, la France est exposée mais sur des aspects moins vitaux à l'activité économique que certains de nos voisins comme l'Allemagne ou l'Italie du point de vue énergétique.
Quel regard portez-vous sur l'envolée des prix et la réaction de la Banque centrale européenne ?
Au-delà des conséquences géopolitiques et humaines majeures, la première répercussion de cette guerre concerne l'inflation et la hausse de l'indice général des prix. Sur l'inflation, cette guerre est arrivée à un moment où l'activité économique redémarrait vraiment en Europe. Aux États-Unis, l'inflation était liée en partie à des facteurs de demande. En Europe, la guerre et le choc énergétique vont entraîner une hausse de l'inflation importante et plus durable. Ce qui rend la situation très compliquée pour la Banque centrale européenne.
La Banque centrale doit réagir pour faire face à cette inflation. Cependant, ces réactions interviennent à un moment où la croissance ralentit. Le choc d'offre s'est abattu en Europe avant même que la demande ait pu vraiment reprendre sur une dynamique solide. Il faut normaliser la politique monétaire mais avec du gradualisme.