La Banque de France écarte le scénario inquiétant d'une récession au second trimestre

La Banque de France prévoit une croissance de 0,25% au second trimestre contre 0,2% auparavant après un repli de l'activité en début d'année (-0,2% au premier trimestre). L'économie française échapperait de peu à la récession au premier semestre mais l'inflation galopante risque de plomber la demande si les prix de l'énergie demeurent élevés.
Grégoire Normand
Dans la restauration, les tensions de recrutement sont toujours au plus haut.
Dans la restauration, les tensions de recrutement sont toujours au plus haut. (Crédits : Reuters)

L'économie française peine à sortir de sa torpeur. Après avoir reculé au premier trimestre, la croissance du produit intérieur brut (PIB) pourrait légèrement se redresser entre avril et juin. La Banque de France table désormais sur une légère hausse de l'activité de 0,25 point au cours du second trimestre selon sa dernière projection dévoilée ce mardi 14 juin"Au mois de mai, il y a une amélioration dans la plupart des secteurs. Après le repli du premier trimestre, l'activité ferait preuve de résilience. Il n'y aurait pas de récession", a déclaré le directeur des études à la banque centrale, Olivier Garnier, lors d'un point presse. Pour rappel, une récession sur le plan technique correspond à deux trimestres consécutifs de recul de la croissance. Dans son point de conjoncture de mai, la Banque de France tablait sur une croissance du PIB de 0,2%. Il s'agit donc d'une révision à la hausse très marginale.

De son côté, l'Insee a dégradé ses chiffres de croissance pour 2021 à 6,8% contre 7% précédemment. Enfin, les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont assombri leur scénario de croissance pour 2022 à 2,4% contre 2,7% auparavant. À quelques jours du second tour des législatives, ces prévisions décevantes pourraient compliquer la tâche du gouvernement chargé de préparer un budget rectificatif pour 2022 et le projet de loi de finances 2023 pour la rentrée. En conseil des ministres, l'exécutif a annoncé que le paquet pouvoir d'achat serait finalement présenté le 6 juillet après avoir été déjà reporté.

Les services marchands retrouvent de la vigueur, l'énergie et l'agriculture à la peine

Cette modeste hausse de l'activité est très loin d'être homogène. Le secteur tertiaire devrait largement dépasser le niveau d'activité du dernier trimestre 2021 au mois de mai (+0,4 point). Compte tenu du poids des services dans l'économie tricolore (79%), les services marchands devraient tirer la croissance vers le haut au cours du deuxième trimestre après un début d'année chahuté par le variant Omicron et les conséquences de la guerre en Ukraine.

Du côté de la construction, l'activité dépasse également son niveau de fin 2021 (+0,5 point). L'industrie manufacturière retrouve également des couleurs après les deux longues années de pandémie (+1,7 point). En revanche, l'agriculture (-0,6 point) et surtout l'énergie (-5,8 points) sont encore loin d'avoir retrouvé leur trajectoire d'avant-guerre. A plus long terme, cette succession de chocs (pandémie, guerre en Ukraine, inflation) risque de peser sur la trajectoire de croissance de l'économie française.

OFCE trajectoire

Des difficultés d'approvisionnement encore très fortes, amplifiées par la guerre en Ukraine

La recrudescence de la pandémie en Chine et l'éclatement de la guerre en Ukraine au mois de février ont une nouvelle fois chamboulé les échanges commerciaux à travers toute la planète. Résultat, un très grand nombre d'entreprises dans l'industrie (61%) ou encore dans le bâtiment (55%) font encore état de fortes difficultés pour s'approvisionner. Ces deux secteurs très dépendants de l'étranger signalent même que ces obstacles pèsent sur leur activité, même si de légers signaux d'amélioration apparaissent dans les enquêtes de la Banque de France.

Dans des domaines plus spécifiques comme l'industrie pharmaceutique ou encore la fabrication de produits informatiques, ces difficultés tendent même à gagner du terrain. Enfin, dans l'automobile, les machines équipements ou encore l'aéronautique, la situation est toujours aussi critique.  En dépit de toutes ces difficultés, les carnets de commande demeurent relativement bien remplis selon les dirigeants interrogés.

L'inflation frappe en premier lieu l'industrie

Sans surprise, la hausse de l'indice des prix à la consommation qui a atteint 5,8% au mois de mai selon de récents chiffres de l'Insee, a des répercussions majeures dans l'industrie. D'après les chefs d'entreprise interrogés par la Banque de France, 40% des industriels ont augmenté leur prix de vente en mai. Derrière cette moyenne, il existe des écarts spectaculaires entre les secteurs.

Dans l'industrie chimique ou encore le bois, le papier et l'imprimerie, cette proportion dépasse les 50%. A l'opposé, ce ratio demeure inférieur à 15% dans l'industrie aéronautique et en deça de 30% dans les produits informatiques et électroniques.

Toujours des tensions sur les recrutements

Du côté des recrutements, les tensions sont toujours aussi aigües. A la fin du mois de mai, 61% des chefs d'entreprise dans le bâtiment exprimaient des problèmes pour trouver de la main d'œuvre. Ils étaient 57% dans les services et 47% dans l'industrie. Alors que la saison estivale approche à grands pas, beaucoup d'établissements dans l'hôtellerie, la restauration ou le tourisme sont en manque de bras pour préparer l'accueil des touristes sur le littoral français.

La trésorerie des entreprises s'effrite

L'autre résultat important de l'enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France est que la trésorerie des entreprises s'effrite. Après avoir atteint un pic en 2021, l'opinion des chefs d'entreprise à l'égard de la situation financière des entreprises se détériore, en particulier dans l'industrie. Il faut dire que les mesures du "quoi qu'il en coûte" destinées à amortir le choc de la pandémie ont permis à un grand nombre d'entreprises de ne pas sombrer. Le débranchement progressif des aides et leur ciblage sur les secteurs en tension laissent apparaître des difficultés dans certains secteurs. Sur ce point, les économistes de la Banque de France n'ont pas vraiment montré de signes d'inquiétude lors du point presse.

"Globalement, les entreprises avaient des trésoreries abondantes avant la guerre. On assiste à un effet de 'normalisation'. Elles doivent faire face à des hausses de coûts mais nous ne sommes pas inquiets à ce stade sur l'endettement des entreprises. Il n'y a pas de signaux spécifiques sur la solvabilité des entreprises", a résumé Olivier Garnier.

Un pouvoir d'achat en berne

En dépit du bouclier tarifaire et de la remise de 18 centimes d'euros sur les prix du carburant, l'explosion des prix de l'énergie a fait reculer le pouvoir d'achat des ménages en France d'environ 1,8% au cours du premier trimestre selon de récents calculs de l'OFCE. Les économistes de Sciences-Po estiment que sur l'année le pouvoir d'achat des Français pourrait s'infléchir de 0,8%, même en tenant compte des précédentes mesures du gouvernement, les différentes revalorisations des prestations sociales en juillet annoncées par Elisabeth Borne, le dégel du point d'indice des fonctionnaires et le chèque alimentaire à la rentrée.

Ce serait la plus forte chute du pouvoir d'achat depuis 2013. "Cette contraction va peser sur la dynamique de reprise à travers la faible dynamique de la consommation des ménages en l'absence de réduction du taux d'épargne dans un contexte marqué par de fortes incertitudes géopolitiques", soulignent les chercheurs dans leur dernier point de conjoncture. En attendant les prochaines prévisions macroéconomiques de la Banque de France pour l'année 2022 prévues la semaine prochaine, le gouvernement entame son mandat dans un contexte économique particulièrement assombri.

Grégoire Normand

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Commentaires 5
à écrit le 15/06/2022 à 21:07
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la croissance francaise est legerement negative au t1, et au t2 avec l'inflation et la guerre en ukraine ca devient positif............bon, ca sent bon les chiffres sur les stocks, et comme par magie, ca va etre bcp plus mal derriere, mais sans reces...

à écrit le 15/06/2022 à 9:49
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Tout va très bien Mme la Marquise. La Stagflation explose en Europe et aux USA pendant que la Russie et la Chine communiste se portent à merveille encore plus avec la guerre en Ukraine. Pétrole, Gaz, céréales, minerai, la Russie en regorgent et l'e...

à écrit le 14/06/2022 à 23:33
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Avec des incertitudes sur le transport aérien, les Français et nos voisins vont pour beaucoup rester ou venir en France pour les vacances. La saison touristique sera exceptionnelle, d'où un 3ème trimestre de bonne facture.

à écrit le 14/06/2022 à 22:16
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Et à quoi devons-nous surtout l'augmentation du prix de l'énergie ? Courage...

le 15/06/2022 à 9:27
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A la spéculation des opérateurs occidentaux et petro- monarchie, la demande Chinoise et indienne forte .. et pas ce que vous sous entendez perpétuellement … avec vous faudrait se faire bouffer par les ruskofs… faites vous parti de leur mafia?

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