La déclaration de mise en chômage partiel, "un chemin de croix" pour certaines entreprises

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Cela fait 15 jours qu'on essaye. Au téléphone personne ne répond et le site, on a l'impression qu'il est en maintenance, explique Franck Lamotte.
"Cela fait 15 jours qu'on essaye. Au téléphone personne ne répond et le site, on a l'impression qu'il est en maintenance", explique Franck Lamotte. (Crédits : Reuters)
En Normandie, des chefs d'entreprise ont tenté, en vain, de mettre en chômage partiel leurs salariés. En cause, des services de l'État complètement saturés.

Au 31 mars, elles étaient 337.000 entreprises françaises a avoir déposé un dossier de demande en mises en chômage partiel, pour 3,6 millions de salariés. Face à cet afflux massif, l'engorgement des services publics a rapidement été atteint. "On nous a promis que personne ne resterait sur le carreau mais sur internet comme par téléphone ça bloque": en Normandie comme ailleurs de nombreuses entreprises ne parviennent pas à faire leur demande de chômage partiel en raison d'une "saturation" de la plateforme internet dédiée, selon des sources concordantes.

"Ça bloque, ça bloque, ça bloque. Les mails, ils répondent pas. Ils sont submergés de demandes de chômage partiel. Pendant ce temps-là il y a zéro chiffre d'affaires qui rentre et on paye toutes les charges, les salaires et je suis tout seul à m'occuper de 60 chevaux", raconte Hervé Joly, qui tente en vain depuis deux semaines de déclarer le chômage partiel pour trois de ses cinq salariés après une fermeture administrative de son centre équestre à Saint-Contest dans l'agglomération de Caen.

Lire aussi : Être en chômage partiel et télétravailler ? «Du travail illégal», met en garde le ministère

À quelques kilomètres de là, à Mondeville, l'imprimerie Grafik ne parvient pas non plus à demander le chômage partiel pour ses sept salariés.

"Cela fait 15 jours qu'on essaye. Au téléphone personne ne répond et le site, on a l'impression qu'il est en maintenance", explique son PDG Franck Lamotte qui se sent "complètement seul" dans son imprimerie sans salariés ni signe de l'État.

"C'est inadmissible. C'est acté par le chef de l'État et on n'a même pas de moyen d'aller vers eux. Par contre, si on ne paye pas les impôts, ils savent revenir vers nous en 30 secondes", renchérit ce chef d'entreprise "inquiet" dont les "nuits sont compliquées".

"C'est la panique", résume Michel Plateau, le comptable de ces deux entreprises. Sur les vingt entreprises que son cabinet suit et qui veulent demander du chômage partiel, seules deux ont réussi à avoir un numéro de dossier, explique-t-il.

L'État promet du changement rapidement

Interrogé par l'AFP, le référent Covid-19 de la chambre de commerce et d'industrie de Caen-Normandie Christophe Guillouet confirme une "saturation" de la plateforme nationale ASP dédiée aux demandes de chômage partiel.

Selon lui, ce "chemin de croix" concerne les entreprises qui n'avaient jamais fait de demandes de chômage partiel avant le Covid, soit une grande majorité, les autres ayant déjà des codes d'accès à la plateforme. Mais l'État a promis à la CCI que le problème serait réglé d'ici à lundi. En outre les entreprises qui font leur première demande "aujourd'hui" n'ont pas de problème car la plateforme a été adaptée, selon M. Guillouet.

Le ministère du Travail a expliqué mercredi à l'AFP qu'il "avait changé le système d'information pour pouvoir répondre très rapidement".

Fin mars, il a également mis en ligne sur son site un document expliquant les démarches à suivre pour les demandes de chômage partiel des salariés. Dans celui-ci, il précise d'ailleurs : « Les services de l'État (Direccte) vous répondent sous 48 h. L'absence de réponse sous 48 h vaut décision d'accord.»

Pour faire face à l'afflux, le ministère a également indiqué avoir «revu le système d'information de l'activité partielle», dans un communiqué du mercredi 1er avril. « Ce système est désormais capable de supporter 15.000 connexions simultanées, de répondre à 400.000 utilisateurs par jour, de délivrer automatiquement les codes de connexion et de générer une réponse automatique d'acceptation 48h après le dépôt de la demande de l'entreprise. Enfin, un délai de 30 jours a été donné aux entreprises pour déposer leur demander, avec effet rétroactif, pour sécuriser toutes les entreprises qui n'ont pas encore pu le faire. »

"De toute façon personne ne décroche"

Mais l'expérience restera amère pour certains. M. Plateau détaille son parcours du combattant. "Vous recevez un premier mail avec un identifiant. Un deuxième avec un code d'accès et un troisième vous habilitant à accéder au site de demande de chômage partiel. Mais une fois que vous êtes habilité, vous arrivez sur le site et vous ne faites rien parce qu'il n'y a rien que vous puissiez compléter".

Quant au téléphone, "y a deux numéros. Vous avez souvent un répondeur qui vous coupe en raison d'un trop grand nombre d'appels. Quand vous arrivez à passer ce cap de toute façon personne ne décroche", ajoute-t-il.

"Ce qui est dramatique c'est qu'on a une équipe qui est bonne et motivée et qu'on risque de casser à cause de tout ça", conclut l'imprimeur.

Les entreprises ont un mois pour faire leur demande à compter du 17 mars, selon la CCI.

Lire aussi : "Certains services sont saturés par les demandes de chômage partiel", Pierre Goguet (CCI France)

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Commentaires
a écrit le 02/04/2020 à 13:47 :
quand hollande a fait le cice apres avoir vote 40 milliards d'impots noveaux sur les entreprises et pris 40.000 noveaux chomeurs tous les mois, il a volontairement fait un mecanisme que personne ne comprenanit
comme les gens n'arrivaient pas a l'obtenir et que ceux qui l'obtenaient prenaient un controle, les gens ont prefere ne pas le demander, ce qui etait le but
bon par contre y avait toujours 40.000 chomeurs de plus ' ce que personne n'aurait imagine'
bon, he ben la c'est pareil, le but c'est que personne n'iutilise sinon ca va couter une blinde, et quand les chomeurs pas partiels vont arriver, on en reparle...
a écrit le 02/04/2020 à 11:17 :
Le gouvernement n'a rien anticipé et a lancé des trucs au début de la crise pour faire voir qu'il s'occupe vraiment du pays...

Mais il n'a pas mis en place les structures pour recueillir et traiter les demandes, pas plus qu'il n'a l'argent pour payer les chômeurs.

Il comptait sur les largesses de la BCE et les fameux "coronabond" qui n'arriveront pas . Pour les allemands, comme les néerlandais et quelques autres, il est hors de question de faire des chèques en blanc.

Bref, le gouvernement va tenter maintenant de faire machine arrière en usant de tous els subterfuges pour limiter le coût de la mesure.
a écrit le 01/04/2020 à 21:39 :
La déclaration de mise en chômage partiel, "un chemin de croix" pour certaines entreprises

il est préférable de déclarer l'état de cessation de paiement de son entreprise en difficulté,

le redressement judiciaire gèle toutes les dettes, et c'est l'administrateur désigné par le Tribunal de Commerce qui procédera au paiement des salaires et le cas échéant aux licenciements indispensables

ensuite les salariés licenciés bénéficieront d'une priorité de réembauche, et en attendant ils seront indemnisés par Pole Exploit.

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