Ce mercredi, les taux d'emprunt à 10 ans de l'Allemagne et de la France ont dépassé le seuil symbolique des 3%, un niveau inédit depuis 2011. Dans le même temps Aux Etats-Unis, le rendement des obligations à 10 ans a frôlé les 5%. Ces secousses sur les marchés obligataires pourraient faire grimper les intérêts payés sur la dette française, alors que la charge de la dette ne cesse déjà de monter puisqu'elle va passer, selon le gouvernement, de 35 à 74 milliards d'euros entre aujourd'hui et 2027.A moins d'une semaine de l'examen en commission à l'Assemblée du projet de loi des finances, la montée des taux obligataires vient mettre la pression sur le budget 2024. Et pour cause : ce mercredi, le rendement de l'obligation à 10 ans aux Etats-Unis a touché en matinée 4,9% tandis que le rendement de l'obligation à 30 ans a même brièvement dépassé les 5 %, soit des nouveaux plus hauts depuis 2007. Les rendements européens ont suivi le mouvement. Le « dix ans » allemand a dépassé les 3 %, soit son plus haut niveau depuis juin 2011, en pleine crise de la dette en zone euro, tandis que l'OAT français à dix ans oscille désormais au-dessus des 3,5%, un poil plus haut que l'hypothèse de 3,4% retenue par le gouvernement. Il s'agit d'une augmentation spectaculaire de 38 points de base pour l'obligation d'Etat française en un mois, soit près de 50% de la hausse constatée depuis le début de l'année (88 points de base).
Pressions sur les taux longs aux Etats-Unis
C'est dire la violence de la tension qui s'exerce sur les taux longs depuis la dernière réunion de la banque centrale américaine (Fed), le 20 septembre dernier, avec un message fort, très fort même, pour bien faire comprendre aux marchés que les taux resteront élevés, et pour longtemps. Du coup, les marchés ont vite révisé leur anticipation de baisse des taux aux Etats-Unis, de 100 points de base au printemps 2024 à 25 points de base fin 2024. Avec à clé, une repentification de la courbe des taux, les taux longs progressant, cette fois-ci, plus vite que les taux courts.
La publication d'indicateurs américains, notamment le nombre d'offres d'emploi et le PMI manufacturier, ont en effet montré que l'économie restait résiliente, donnant ainsi raison à la décision de la Fed à poursuivre son resserrement monétaire. De fait, cela fait plusieurs semaines que les obligations américaines sont soumises à de fortes pressions. On l'a dit, les données économiques meilleures que prévu n'encouragent pas la Fed à baisser les bras. Les marchés se préparent en outre à encaisser une explosion de la dette publique américaine, avec un programme d'émission de 850 milliards de dollars (qui pourrait être porté à 1.000 milliards) dans les trois prochains mois. La perte de la note de crédit AAA par Fitch en août mais surtout la crainte de voir les investisseurs japonais, principaux acheteurs de dette américaine, se détourner des Etats-Unis au profit du marché obligataire japonais, où le rendement à 10 ans atteint de nouveaux records (à 1,8%) depuis 2013.
Grégoire Normand et Eric Benhamou