Malgré la reprise, l'économie française subit encore des pertes colossales

La Banque de France prévoit une contraction du PIB de 14% au second trimestre contre 15% lors de sa précédente estimation. Malgré cette révision favorable, l'économie tricolore enregistre des pertes abyssales encore au mois de juin alors que le rythme de la reprise risque de ralentir dans les semaines à venir.
Grégoire Normand
(Crédits : CHARLES PLATIAU)

C'est un redémarrage en demi-teinte. Avec le déconfinement et la levée progressive des mesures administratives, beaucoup de secteurs ont pu redémarrer tandis que d'autres semblent encore asphyxiés. Dans leur dernière livraison rendue publique ce lundi 6 juillet, les économistes de la Banque de France estiment que la contraction de l'activité est moindre qu'anticipé. "Sur le mois de juin, l'activité a été un peu meilleure que celle prévue par les chefs d'entreprise par rapport à la normale. Le rebond de l'activité est plus fort que prévu dans l'industrie, les services et le bâtiment", a expliqué Olivier Garnier, directeur des études à la banque centrale lors d'un point presse ce lundi après-midi.

Résultat, la croissance du produit intérieur brut (PIB) au second trimestre chuterait d'environ 14% contre 15% lors de leur précédente simulation. Pour le troisième trimestre, les statisticiens de l'organisme bancaire anticipent un rebond du PIB de 14%.  À ce stade, il est encore difficile d'avoir une vue d'ensemble des répercussions de la pandémie sur l'économie tricolore. Les économistes sont confrontés à de nouvelles méthodes et beaucoup d'incertitudes demeurent sur le plan sanitaire et les conditions du déconfinement dans de nombreux secteurs. En outre, le mois d'août est souvent synonyme de fort ralentissement pour l'économie française.

Lire aussi : Après le confinement, la crise: les petits entrepreneurs retiennent leur souffle

Une reprise disparate

L'examen des tableaux de la Banque de France montre que la reprise se fait en ordre dispersé. Dans l'industrie manufacturière, la perte d'activité au mois de juin est estimée à environ 13% alors que ce secteur représente environ 9% du PIB. Dans les services marchands, les pertes sont moindres (environ 10%) mais le tertiaire marchand occupe une place prépondérante dans l'économie tricolore (environ 57%). Là encore, il existe de fortes disparités selon les branches du tertiaire marchand. Sans surprise, il apparaît que l'hébergement et la restauration, contraints de fermer pendant le confinement, subissent encore de lourdes pertes (-15%). Beaucoup d'établissements, notamment dans l'hôtellerie, sont restés fermés pendant une bonne partie du mois de juin, ce qui peut encore expliquer ces chiffres terribles. La pandémie a fait des ravages dans le secteur du tourisme avec la fermeture des frontières et la limitation des déplacements sur le territoire national. Pour les services financiers et immobiliers, les pertes sont contenues (-3%). Dans les services non-marchands, les dégâts sont également relativement faibles (-5%). Ce qui est une bonne nouvelle pour l'activité générale au regard du poids du secteur dans le PIB (22%).

Du côté de la construction, les pertes d'activité sont encore vertigineuses (-10%) au mois de juin. Une grande partie des chantiers ont été arrêtés pendant les deux mois de confinement et la reprise semble périlleuse avec le nécessaire respect des mesures sanitaires. Compte tenu du poids du secteur dans l'économie tricolore (6%), les dégâts devraient être relativement limités. Au final, les secteurs qui subissent encore les plus lourdes pertes en juin correspondent peu ou prou à ceux qui ont connu les fermetures administratives les plus drastiques (restaurants, bars, brasseries, construction, bâtiment). Du côté du tertiaire, beaucoup de métiers pouvaient se pratiquer à distance. Ce qui a limité en partie les chutes d'activité.

Une reprise en "aile d'oiseau"

Beaucoup d'aléas et d'incertitudes pèsent encore sur les conditions de la reprise. Les économistes travaillant sur des prévisions et des scénarios de rebond restent déboussolés face à l'ampleur de la crise. Beaucoup ont dû revoir leur méthode en utilisant bien d'autres sources comme les données de transactions bancaires, les données de transport ferroviaire et maritime, la consommation d'énergie. En dépit de ces obstacles, les statisticiens de la Banque de France tablent sur un scénario en forme d'aile d'oiseau. "Si le niveau prévu pour juillet était confirmé et se maintenait dans les mois suivants et que l'épidémie restait sous contrôle, notre prévision annuelle 2020 pourrait être légèrement améliorée lors de notre prochaine publication en septembre. La reprise suit en tout état de cause un profil en « aile d'oiseau » , avec un fort rebond initial qui s'aplanirait ensuite progressivement".

Banque de France reprise

[Cliquez sur l'image pour l'agrandir]

Avec cette modélisation, les scénarios d'une reprise en V avec un redémarrage rapide et durable de l'économie française s'éloignent de plus en plus.

Le risque d'une spirale récessive

Malgré certains voyants favorables, les scénarios d'une spirale récessive demeurent bien présents. En effet, le durcissement des conditions pour le chômage partiel depuis le premier juin devrait avoir des conséquences sur le revenu des travailleurs pendant l'été. En outre, des grands groupes ont déjà annoncé des fermetures de sites stratégiques et des milliers de licenciements devraient avoir lieu dans les prochains mois, sans compter les sous-traitants qui risquent de devoir se séparer de leurs salariés à tour de bras.

Lire aussi : En Europe, la spirale récessive hante les Etats

Avec cette casse sociale, une partie importante de la population active devrait connaître une baisse de revenus sachant que des milliers d'intérimaires et de personnes en contrat à durée limitée sont déjà frappés de plein fouet par les mesures de confinement. Résultat, la demande risque de baisser fortement et la baisse des carnets de commandes devrait encore se poursuivre si la consommation ne repart pas rapidement. Les Français ont accumulé un surplus d'épargne pendant le confinement estimé à environ 100 milliards d'euros pour 2020. Sans un regain rapide de la confiance, les Français, notamment les plus modestes et les plus enclins à consommer, risquent encore de privilégier l'épargne de précaution pendant encore des mois en attendant des jours meilleurs.

Lire aussi : L'épargne, un moteur aussi puissant qu'incertain pour la reprise en Europe

Grégoire Normand

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 3
à écrit le 07/07/2020 à 21:24
Signaler
Amusant de voir que les articles ouverts à tous sont d'un optimisme béat (ça redémarre, à fond et blablabla) tandis que les articles traitant du fond et de sa dure réalité sont réservés aux abonnés

à écrit le 07/07/2020 à 8:44
Signaler
Hélas, ce n'est qu'un début. La psychose est bien installée. L'activité industrielle, commerciale est plombée pour des mois, voire des années avec son cortège de chômeurs, d'instabilité chronique, dans l'attente d'un hypothétique vaccin ou d'un tra...

le 07/07/2020 à 19:21
Signaler
...on peut aussi être optimiste

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.