Pénuries de médicaments : elles vont se poursuivre l'an prochain, avertit le ministre de la Santé
latribune.fr
Concernant l'installation des médecins dans les déserts médicaux, François Braun a répété la nécessité « d'avoir des incitations d'aller dans ces territoires ».
Malgré les efforts entrepris pour optimiser la production de médicaments essentiels, le ministre de la Santé s'est montré peu optimiste pour l'hiver prochain au micro de RTL, ce mercredi. La veille, le président de la République a pourtant présenté des mesures de relocalisation et de renforcement des capacités de production des médicaments jugés prioritaires.
« On va avoir encore des pénuries, des risques de rupture de stock. Cela va encore être compliqué l'hiver prochain », a averti le ministre de la Santé, François Braun, au micro de RTL, ce mercredi 14 juin. L'hiver dernier, les pharmacies avaient, en effet, rapporté des pénuries de paracétamol et d'amoxicilline, un antibiotique largement prescrit aux enfants pour soigner les infections.
L'Elysée a ainsi promis mardi de relocaliser une cinquantaine de médicaments prioritaires, une mesure représentant au moins 200 millions d'euros d'investissements pour prévenir les pénuries de médicaments et reconquérir une autonomie sanitaire à l'échelle nationale et européenne. Une autre enveloppe d'un montant équivalent avait été annoncée en 2020, en pleine crise sanitaire, pour financer des infrastructures de production pharmaceutique et notamment permettre la relocalisation en France du principe actif du paracétamol.
Il s'agit dans un premier temps de rapatrier ou renforcer d'ici cinq ans la production de 25 médicaments « essentiels » dont des antibiotiques, des anti-cancéreux et des anesthésiques, pour la plupart des génériques. Dans un second temps, 25 autres médicaments, pour lesquels la dépendance de la France à l'égard des importations extra-européennes est avérée, devraient suivre.
Le laboratoire britannique GSK va investir 22 millions afin d'augmenter ses capacités de production d'amoxicilline en Mayenne. En 2022, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a reçu plus de 3.700 signalements de ruptures de stock et déclarations de risque de ruptures : une hausse de plus de 73% en un an, et même huit fois plus qu'en 2014.
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Une écotaxe à l'entrée de l'Europe ?
La cause ? La production des matières premières des produits les plus anciens sur le marché, dont les génériques, a été délocalisée hors d'Europe pour des questions de rentabilité, sociales ou environnementales, en particulier en Chine et en Inde, des pays dont la France dépend à hauteur de 60 à 80%. Un seuil qui grimpe à 95% pour les biomédicaments, (médicaments produits à partir du vivant, contrairement aux médicaments plus classiques, fabriqués chimiquement, ndlr).
Pour « pérenniser ces relocalisations », il faut, selon France Assos Santé, instaurer « une écotaxe à l'entrée de l'Europe pour les entreprises qui préfèrent produire dans des pays où les normes sociales et environnementales ne sont pas respectées » et « sanctionner » les industriels qui ne répondent pas aux obligations de quatre mois de stocks pour les médicaments essentiels. Le modèle de mise en place d'un réseau de pharmacies d'hôpitaux aux Etats-Unis, qui refont des molécules pour fabriquer des médicaments en pénurie, est également évoqué.
Braun refuse de toucher à la liberté d'installation des médecins
Concernant l'installation des médecins dans les déserts médicaux, François Braun a répété la nécessité « d'avoir des incitations d'aller dans ces territoires ». Il a insisté sur la suppression de « tout ce qui est inutile en paperasse » : il faut « redonner du temps médical », « faire travailler les médecins avec les autres professionnels de santé » par exemple.
Le ministre refuse toutefois de toucher à la liberté d'installation des médecins : « On ne rénovera pas le système de santé sans les médecins, en les braquant », a-t-il déclaré, alors que l'Assemblée nationale examine une proposition de loi sur l'accès aux soins, dotée d'un amendement sur la liberté d'installation. Cet amendement, porté par le socialiste Guillaume Garot et soutenu par plus de 200 députés de tous les groupes, y compris dans la majorité, vise à limiter l'installation des médecins là où leur nombre est jugé « suffisant », pour les pousser à exercer dans les zones « sous-dotées ».