Biomédicaments : laboratoires et entreprises privées s'allient à l'Etat pour combler le retard français

CHARTRES. L’Hexagone, qui importe 90% des biomédicaments consommés, reste largement dépendant de l’étranger sur ce segment en croissance. Combler ce retard est la priorité de l'association France Biolead, un nouvel accélérateur récemment cofondé par Pole Pharma, premier cluster de la filière basé en Centre-Val de Loire.

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Lors de sa visite en avril 2021 au laboratoire Recipharm à Monts en Indre et Loire, centre de bio-production de médicaments, Emmanuel Macron a rappelé, en pleine crise sanitaire, la nécessité du retour au made in France pour la santé.
Lors de sa visite en avril 2021 au laboratoire Recipharm à Monts en Indre et Loire, centre de bio-production de médicaments, Emmanuel Macron a rappelé, en pleine crise sanitaire, la nécessité du retour au made in France pour la santé. (Crédits : Reuters)

Sur le créneau de la bioproduction de médicaments, c'est-à-dire des médicaments conçus à partir d'anticorps, de thérapie génique ou encore de protéines, l'industrie pharmaceutique française est la grande absente. Aujourd'hui, en France, seuls de rares laboratoires comme Sanofi à Vitry-sur-Seine et Lyon, ainsi que Novartis dans le Haut-Rhin sont en mesure de réaliser de la bioproduction.

Or, ces produits constituent de réelles alternatives aux molécules de synthèse, issues de l'industrie chimique. Depuis deux décennies, ils permettent d'ouvrir de nouvelles d'investigation notamment dans le traitement des cancers, des maladies auto-immunes (Crohn, scléroses en plaques, etc), mais aussi la fabrication des vaccins et des médicaments neurologiques.

90% de biomédicaments sont importés

Conséquence, un nombre insuffisant d'entreprises spécialisées dans les biotechnologies a été créé dans l'Hexagone, faute d'outils de fabrication, contrairement à l'Allemagne et aux Royaume-Uni. En 2021, la France a ainsi importé 90% de sa consommation de biomédicaments, selon Pole pharma, le tout premier cluster de l'industrie pharmaceutique qui fêtera le 23 juin prochain à Dreux en Eure-et-Loir le 20ème anniversaire de sa création.

Cette sous-capacité est due en partie au prix élevé de ces solutions, plus longues et complexes à produire que des médicaments classiques. « Pendant longtemps, la logique de l'Etat en matière de santé a été essentiellement financière, avec notamment le levier du déremboursement, explique Fabien Riolet, directeur général de Pole pharma. « La crise du Covid 19 a largement contribué à le faire changer d'optique et de stratégie. Il favorise désormais par tous les moyens le retour de la production en France, y compris celle des biomédicaments »

Retrouver sa souveraineté

Face à cette dépendance vis-à-vis de l'étranger, déjà mise en lumière pendant la crise sanitaire sur la question des principes actifs des médicaments classiques, les pouvoirs publics et la filière pharmaceutique, représentée par Pole pharma, ont accéléré la gestation de l'entité France Biolead. Sous forme d'association, ce consortium fédère des laboratoires tels Sanofi, des sociétés de services comme Capgemini, des entreprises biotech comme le Toulousain GTP Bioways, ainsi que l'Inserm côté public. France Biolead verra le jour courant juin et affichera des ambitions à la fois significatives et réalistes. « L'objectif est de doubler la production française de biomédicaments à l'horizon 2030, assure Jacques Volckmann, président de France Biolead et numéro 2 de la R&D chez Sanofi. « Cela représentera à terme 20% contre 10% aujourd'hui ».

La mise sur pieds d'une filière de bioproduction s'inscrit plus généralement dans la feuille de route de Pole pharma qui est de recoller au peloton des laboratoires pharmaceutiques européens. La France, premier pays producteur de médicaments en 2002, est en effet retombée à la 4e place derrière la Suisse, l'Allemagne et l'Italie, selon Pole pharma. « L'objectif, partagé par les laboratoires et l'Etat français, est de retrouver le leadership en 2027, se félicite Fabien Riolet. Cette ambition passera également par une plus grande intégration de la filière ».

A l'image du Gifas pour l'aéronautique, Pole pharma espère ainsi représenter 80% à 90% des acteurs français d'ici cinq ans, au lieu de 60% en 2022. L'écosystème, assis sur cinq antennes, à Chartres en Eure-et-Loir, à Louviers dans l'Eure, à Tours en Indre-et-Loire, à Bordeaux en Gironde et enfin à Paris, compte actuellement 375 entreprises. Opérant dans tous les métiers, il emploie 70.000 salariés et ont réalisé 26 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2021.

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Commentaire 1
à écrit le 24/05/2022 à 8:41
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Heureusement que l'argent public est là pour faire tourner le business pharmaceutiques, enfin pardon, pour remplir les paradis fiscaux de ceux qui possèdent et détruisent le monde en ronflant. Libéralisme ? Non du néolibéralisme à savoir du nihilisme...

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