Politique migratoire : Philippe rassemble l'opposition (contre lui)

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Photo d'illustration: le 31 janvier 2019, des migrants réfugiés emportent leurs effets personnels pendant l'opération d'évacuation par la police d'un camp de fortune installé sous une voie du périphérique parisien, au niveau de la Porte de la Villette.
Photo d'illustration: le 31 janvier 2019, des migrants réfugiés emportent leurs effets personnels pendant l'opération d'évacuation par la police d'un camp de fortune installé sous une voie du périphérique parisien, au niveau de la Porte de la Villette. (Crédits : Reuters)
Soucieux de ne pas laisser ce thème à la droite et l'extrême-droite, le Premier ministre devrait égrener, ce mercredi, à l'issue d'un Comité interministériel sur l'immigration, une vingtaine de mesures déjà exposées lundi soir à une partie de la majorité présidentielle et qui ont largement fuité. Au vu des réactions de la gauche, de la droite, de l'extrême-droite ainsi que des syndicats, le gouvernement fait l'unanimité.. contre lui.

Quotas d'immigrés pour certains emplois, trois mois de carence pour les demandeurs d'asile avant d'accéder à la Sécu de base, Edouard Philippe détaille mercredi ses mesures sur l'immigration déjà largement dévoilées et controversées.

Un débat qui a dérapé et qui risque d'échapper au Premier ministre

Ces décisions ponctuent une longue séquence initialement voulue par l'exécutif, désireux de ne pas laisser ce thème à la droite et l'extrême-droite, mais qui lui a ensuite échappé en déviant ces dernières semaines, notamment sur le port du voile et la laïcité.

Le Premier ministre devrait égrener, à l'issue d'un Comité interministériel sur l'immigration, une vingtaine de mesures déjà exposées lundi soir à une partie de la majorité présidentielle et qui ont largement fuité: en particulier l'instauration d'un délai de carence de trois mois avant que les demandeurs d'asile ne puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa, la sécurité sociale de base), et la nécessité d'un accord préalable de la Sécu pour certains actes non-urgents dans le cadre de l'Aide médicale d'Etat (AME).

Lire aussi : La "migration pour soins n'est clairement pas un phénomène marginal", affirment l'Igas et l'IGF

Pour que la "France recrute en fonction de ses besoins de travail"

Des "quotas" ou "objectifs chiffrés" d'immigrés "professionnels" vont eux être fixés chaque année, dès l'été 2020, pour que la "France recrute en fonction de ses besoins de travail", a ajouté  mardi la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

La "liste des métiers en tension", "pas actualisée depuis 2008", va être revue "avec les partenaires sociaux, les régions", a précisé le secrétaire d'Etat Gabriel Attal.

Quatre semaines après le premier débat annuel au parlement sur l'immigration, Édouard Philippe a insisté sur un plan d'ensemble qui se veut entre "ouverture" et "fermeté", avant un nouveau débat en 2020 pour évaluer l'impact des mesures.

Le sujet des quotas en matière d'immigration a resurgi en janvier, lorsqu'Emmanuel Macron, en pleine crise des "gilets jaunes", pourtant longtemps opposé à cette idée, avait évoqué dans sa lettre aux Français des "objectifs annuels".

Marine Le Pen (RN) crie à "l'escroquerie politique"

Le nombre de titres de séjours délivrés pour des raisons économiques (près de 33.502 en 2018) ne représente qu'une petite partie des quelque 255.956 titres octroyés en 2018, selon les chiffres officiels provisoires.

Ce qui a conduit le Rassemblement national à crier à "l'escroquerie politique". La cheffe du RN, Marine Le Pen, a dénoncé "un enfumage généralisé" qui amène, selon elle, a "encore plus d'immigration".

Un sentiment partagé au sein des Républicains, qui s'interrogent sur un éventuel "écran de fumée", après avoir salué, comme le député Eric Ciotti, la récente "conversion" d'Emmanuel Macron à l'idée de quotas.

La droite, qui avait déjà portée en 2007 cette idée avec l'ex-président Nicolas Sarkozy, l'avait finalement abandonnée après un rapport en 2014 qui avait conclu à son inefficacité.

"Est-ce qu'avec 6 millions de chômeurs, l'urgence ce n'est pas de trouver de l'emploi [d'abord] aux Français ?", a renchéri mardi soir la cheffe du RN sur FranceInfo.

Une position défendue par certains: le président de la Fédération française du bâtiment Jacques Chanut, a souhaité "qu'on optimise le système de formation des chômeurs".

À l'inverse, Franck Trouet, du Groupement national des indépendants de l'hôtellerie-restauration, espère lui "un appel d'air" de plusieurs milliers de personnes qui va "consolider l'emploi de certains français" en évitant de devoir supprimer des services faute de personnel.

Pour Jadot (EELV), il faut "sortir du fantasme que nous sommes envahis"

Le chef de file des écologistes d'EELV Yannick Jadot s'est dit prêt à discuter des quotas s'ils permettent de "sortir du fantasme que nous sommes envahis" tout en espérant que ce ne soit pas un "subterfuge" du gouvernement "pour ne pas parler" des préoccupations sociales des Français. Il dénonce comme la gauche les mesures sur l'AME et la PUMa.

La gauche accuse Emmanuel Macron de droitiser sa politique pour séduire un électorat qui s'est éloigné de LR.

Les associations d'aide aux migrants et exclus sont oubliées (CFDT)

Critiques aussi dans le monde syndical: Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, s'est dit "choqué" par ces mesures, regrettant qu'on n'écoute pas plus les associations d'aide aux migrants et exclus qui, pour leur part, ont  dénoncé des mesures "inutiles", voire "dangereuses".

Marine Le Pen, "l'assurance vie de Macron", selon Jumel (PCF)

Le chef de l'État est aussi accusé d'alimenter des débats qui feraient le jeu de Marine Le Pen, donnée au coude-à-coude avec lui au premier tour en 2022 par deux récents sondages.

"Macron a choisi son assurance vie: elle s'appelle Marine Le Pen", a affirmé mardi le député PCF Sébastien Jumel.

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Commentaires
a écrit le 06/11/2019 à 19:06 :
Une minute (très explicite) pour comprendre.

L' immigration est un sujet fortement clivant et très important pour de nombreux Français.

Mais savez-vous QUI DÉCIDE DE QUOI, au fait ?

Pour information, c'est l'Union européenne, et elle seule, qui décide des questions migratoires !

L'UPR - Union Populaire Républicaine a donc une approche pragmatique, raisonnable et sérieuse : il faut RÉCUPÉRER D'ABORD NOTRE DROIT À DÉCIDER NOUS-MÊMES !?

Allons à l'essentiel : souveraineté, démocratie. Tout le reste est balivernes.
a écrit le 06/11/2019 à 17:04 :
La France perçoit combien en subventions annuelles pour accueillir les réfugiés ?
De combien «  est » ce montant ?
Et combien sont «  redistribués «  après ?
Car je pense pas «  que c’est l’argent publique «  qui finance l’immigration n’est ce pas ?
Cet argent est versé par l’Europe et l’ONU ?
a écrit le 06/11/2019 à 16:10 :
Une question que je me pose : les demandeurs d'asile acceptés ont ils déjà trouvé du travail ? ou s'ajoutent-il aux milliers d'autres chômeurs sur ce sujet nous ne savons rien. Désolé de poser cette question, mais l'Etat providence use beaucoup d'entre nous (taxes, hausses, impôts, mutuelle hors de prix, etc....)
a écrit le 06/11/2019 à 14:52 :
c'est sans doute encore de l'intox !!!!!!S'ls n'ont pas le COURAGE de trancher qu'ils fassent un referendum !!!!! exemple sur le droit du sol voir Mayotte etc
a écrit le 06/11/2019 à 14:37 :
Il est en train de dégouter ses élus et ses ex-électeurs de gauche sans convaincre à l'extrème droite. Je prends les paris qu'il va plus y perde qu'y gagner avec toute cette agitation.

Ce type est fascinant, il allume des brasiers partout (retraites, sécurité, chômage, immigration, laicité, hopitaux, ,...) tout en mal-traitant tous les sujets d'actualité où LREM est particulièrement mauvais (Rouen, foulard...).

Bon, c'est à la portée de n'importe qui de détruire mais il faut construire, et là... il est aux abonnés absents. C'est ennuyeux.
a écrit le 06/11/2019 à 13:33 :
"La "liste des métiers en tension", "pas actualisée depuis 2008", va être revue "avec les partenaires sociaux, les régions", a précisé le secrétaire d'Etat Gabriel Attal."

Ah bon ?

2011 :

Les conditions d'accès au travail en France se durcissent pour les étrangers. Le gouvernement a publié vendredi, via un arrêté au Journal officiel , la nouvelle liste des métiers «en tension» ouverts aux étrangers. Cosignée par les ministères du Travail et de l'Intérieur, cette liste a été réduite à quatorze familles de métiers ­accessibles aux ressortissants non européens contre trente précédemment.
La liste, créée en janvier 2008, avait pour but d'ouvrir le marché du travail français aux étrangers afin de combler la pénurie de personnel dans certains secteurs.Aujourd'hui, plus de la moitié de ces métiers ne sont donc plus considérés comme «en tension». Autrement dit, il n'est plus aussi difficile de trouver des candidats à ces emplois sur le marché du travail hexagonal.La nouvelle liste exclut principalement les métiers du bâtiment et des travaux publics (BTP) et de l'informatique. Disparaissent, ­entre autres, les chefs de chantiers et conducteurs de travaux ainsi que les informaticiens experts ou d'étude. L'arrêté mentionne cependant toujours le besoin de faire appel à la main-d'œuvre étrangère dans la fabrication de l'ameublement en bois ou la transformation du verre. Les métiers de la menuiserie vont en effet pouvoir profiter de cette opportunité en termes de recrutement, car la pénurie de main-d'œuvre qualifiée y est aujourd'hui encore très importante. Le téléconseil et la télévente, particulièrement boudés par les demandeurs d'emploi français, restent aussi tournés vers l'étranger. Même si la division par deux de cette liste a pour objectif de réduire l'immigration professionnelle, elle ne représente pas le seul moyen d'obtention d'un titre de travail en France. Des conventions existent avec les États extérieurs à l'Union européenne. Les États-Unis, le Canada, le Maroc, la Tunisie ou encore le Sénégal voient en effet leurs ressortissants autorisés à postuler à une centaine d'emplois en France.
Réponse de le 06/11/2019 à 20:54 :
Ce Mr Attal est tellement jeune... en 2011 il révisait sans doute son BAC.
a écrit le 06/11/2019 à 13:13 :
Sous Mitterand, les Préfets accordés à qui le demandait la nationalité française automatiquement, même ceux ayant des casiers judiciaires.
Réponse de le 08/11/2019 à 15:57 :
Et avant :

Président Giscard d'estain .
Le gouvernement Chirac autorise le regroupement familial .Cette décision est actée par un décret du 29 avril 1976 signé notamment par le Premier ministre, Jacques Chirac, et par le ministre du Travail, Michel Durafour
a écrit le 06/11/2019 à 13:08 :
HQE, Human Quantitative Easing, retenez ce terme
Doudou nous propose d'améliorer l'assouplissement quantitatif humain déjà en cours depuis plus de 40 ans avec le succès que l'on sait.
Et cela aura le même succès que le QE de la bce.

Ah vivement ces damnés 2% d'inflation qu'on s'en sorte enfin. Mais s'en sortir de quoi?
Réponse de le 06/11/2019 à 14:03 :
Certains regrette peut être l'époque du STO..
a écrit le 06/11/2019 à 12:20 :
C'est marrant, j'ai pu voir que le métier de vétérinaire était en tension.
Et c'est marrant aussi car une personne que je connais a fait les études pour cela, mais n'a pas pu le valider sur deux années.

Alors je me pose la question ensuite si l'on sait que généralement des formations qui se font par le contre continue, aurait permit sans doute pour ces métiers de pouvoir intégrer ceux qui n'étaient pas parvenus.

Du coup, tout ce débat ou l'on comme par valeurs actuelles pour dans le contexte faire un mélange des gens laissant croire a l'extrême droite que les quotas sont la pour limiter, alors qu'en réalité il s'agit juste du business.

Après, ce qui me questionne aussi, est de savoir a qui a été proposé l'un de ces métiers, si des formations aux chômeurs leur ont été proposé?

Comme dans le même temps il y a une baisse des conditions des chômeurs, je trouve ce débat malsain.

En tout cas, le lien entre valeurs actuelles et ce débat étrange, permet aussi de comprendre que de sarkozy a macron en passant par hollande, l'idée de créer la névrose arabique est a mon avis un vrai objectif.

Cela cache juste le fait de répondre non aux citoyens, mais au marché.

Lorsque l'on sait que la migration économique est de maximum 15%, comme les chômeurs qui resquillent, cela en dit long aussi de l'exercice du gouvernement actuel.

Ensuite l'idée est de baisser les droits des demandeurs d'asile, alors pour maquiller la chose et servir le marché, ils vont dans le sens des identitaires alors qu'ils servent le marché (le 1er ministre et le président)....
a écrit le 06/11/2019 à 11:50 :
Il y a tellement de réformes à faire, en matière d'immigration. C'est tout le système qu'il faut changer. Seul le R.N. pourra prendre les mesures qui s'imposent.
a écrit le 06/11/2019 à 11:35 :
Non seulement il mobilise l'opposition, mais en plus il renforce le Rassemblement national, car les mesures seront inapplicables et dans deux ans le constat d'échec sera encore plus destructeur.Aucune mesure prise sans référendum sur l'immigration ne sera applicable en France.
a écrit le 06/11/2019 à 10:57 :
Organiser une part de l'immigration légale sans sévir contre celle illégale, ça ne va pas servir a grand chose. Mais bon, les exigences de la politique hein.
a écrit le 06/11/2019 à 10:23 :
Manifestement, ça agace la Marine.
Décidément, ce gouvernement ne fait rien comme les autres.
Et, en plus, il gouverne.
Réponse de le 06/11/2019 à 13:17 :
Il ne gouverne pas, il fait du business
Réponse de le 06/11/2019 à 14:51 :
Plus Macron dérape vers les thématiques xénophobes en oubliant d'être de gauche, plus il envoie des électeurs au RN sans que MLP ait à bouger le petit doigt.

Le FN a multiplié ses voix en passant de l’extrême droite classique du grand père au national-socialisme de la fille sous l'influence de Philippot.

En reprenant à son compte les thématiques de l'emploi, des acquis sociaux, de la défense du pouvoir d'achat, elle a rameuté tous ceux qui, sans être forcément racistes, désespèrent de la gauche sociale. Le miracle "Macron" ne se reproduira plus s'il n'incarne pas un peu ces thèmes.

Dans un monde normal, un boulevard serait ouvert pour une vraie gauche , socialiste, écolo, voire radicale. Mais les électeurs semblent tous partis à la pèche.

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