Relance : les indépendants veulent leur part du gâteau des aides

Plus d'un tiers des indépendants déclarent qu'ils sont en grande difficulté financière, d'après une étude d'un syndicat d'indépendants. Alors que le gouvernement a annoncé la fin progressive du fonds de solidarité, le syndicat a présenté ses recettes pour la relance pour ces catégories de professionnels. Au menu, la création d'un nouveau fonds et des droits à la formation notamment.
Pour accompagner les indépendants pendant la reprise, le syndicat Indépendants.co a présenté ce matin un plan de relance décomposé en trois volets, Solidarité, Relance et Reconversion.
Pour accompagner les indépendants pendant la reprise, le syndicat Indépendants.co a présenté ce matin un plan de relance décomposé en trois volets, Solidarité, Relance et Reconversion. (Crédits : Cyclofix)

Ouvert aux 3,6 millions de travailleurs indépendants en France, le fonds de solidarité, mesure phare du « quoi qu'il en coûte », devrait s'arrêter en septembre prochain. De plus, le ministère de l'Economie ne prévoit pas de reprise avant le premier trimestre 2022. De quoi inquiéter ces professionnels. 62% d'entre eux estiment déjà que leur activité ne reviendra pas à la normale avant début 2022 et et 34% disent même qu'ils sont en grande difficulté financière, révèle une étude réalisée en juin 2021 par le syndicat des indépendants, Indépendants.co.

Pour continuer à les accompagner pendant les prochains mois, Indépendants.co, qui rassemble 7.180 indépendants en France , a présenté ce jeudi un plan de relance décomposé en trois volets, Solidarité, Relance et Reconversion. Hind Elidrissi, porte-parole du syndicat créé en février 2020, appelle notamment à « prolonger le fonds de solidarité jusqu'à l'été 2022 pour être cohérents avec le calendrier de la reprise économique » et dont les indépendants « connaissent bien le fonctionnement ».

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« Les dépenses sont financées par la dette Covid et in fine par les impôts de tous, donc elles doivent servir à tous les citoyens », explique-t-elle. D'autant plus que les besoins sont grands : seulement 29% des indépendants ont déjà retrouvé une activité normale, d'après l'étude réalisée par Indépendants.co. Surtout, ils sont trop souvent « perçus comme des entreprises mais pas comme des personnes physiques », explique Hind Elidrissi à La Tribune.

Autrement dit, les aides qu'ils ont reçues, pouvant aller « de 1.500 euros à 10.000 euros selon leur statut », ont été versées « sur le compte de leur entreprise » et non pas sur « leur compte personnel ». Dès lors, 75% d'entre eux ont dû piocher dans leur épargne pour « se rémunérer » pendant la crise. En plus des difficultés financières, 17% d'entre eux souhaitent se reconvertir et 30% n'ont pas le moral, affirme cette même étude. Un panne d'optimisme qui touche aussi les salariés puisque 45% d'entre eux s'estimaient en situation de détresse psychologique en mars, d'après une étude réalisée par Opinionway pour Empreinte humaine.

Maintenir le fonds de solidarité jusqu'en 2022

Toutefois, six indépendants sur dix sont reconnaissants du soutien apporté par l'Etat pendant la crise. « Alain Griset a vraiment fait beaucoup de choses » pour eux, les aides rétablies en octobre « ont été une vraie bouffée d'oxygène », assure Hind Elidrissi à La Tribune. Mais alors que la France prépare sa reprise, il ne faut pas laisser de côté « les indépendants qui sont les acteurs économiques les plus dynamiques mais aussi le plus fragiles », alerte-t-elle.

Dans le premier volet du plan, dédié à la solidarité, le syndicat appelle à « maintenir en l'état » le fonds de solidarité « jusqu'à la fin 2021 puis de le faire évoluer à partir de janvier 2022 », qu'il estime plus adapté aux indépendants que le Prêt Garanti par l'Etat. En effet, les aides apportées aux indépendants « ont fortement diminué », explique Hind Elidrissi. Alors qu'il couvrait avant 100% de leurs pertes, le gouvernement a décidé début mai de l'abaisser à 40% des pertes de chiffre d'affaires depuis juin, il passera à 30% en juillet puis 20% en août.

Concrètement, le syndicat appelle à « couper le fonds de solidarité en deux », avec une partie des aides versées sur le compte de l'entreprise, pour lequel les indépendants doivent « verser des cotisations sociales », et une partie sur leur compte personnel.

Lancé en 2020, le fonds de solidarité avait déjà coûté 15,9 milliards d'euros à l'Etat à la mi-février 2021, selon un rapport de France Stratégie.

Un fonds de relance et une allocation à la reconversion

Ensuite, il appelle à faciliter la capacité d'investissement des indépendants « qui ont des frais fixes et qui doivent acheter du matériel » pour relancer leur activité. Pour cela, il propose deux solutions : renforcer l'accès au PGE, et reporter les échanges de prêt pour ceux qui y ont souscrit. « Beaucoup d'indépendants sont confrontés au mur de la dette », alors qu'ils n'ont « pas encore de chiffre d'affaires ni de trésorerie », note-t-elle. Pour rappel, le PGE avait déjà mobilisé 134 milliards d'euros de la part de l'Etat à la mi-février, selon les données de France Stratégie. Pour ceux pour qui « l'endettement n'est ni possible ni souhaitable », Hind Elidrissi recommande la création d'un « fonds de relance » avec l'octroi de subventions allant de 3.000 à 5.000 euros.

Enfin, le plan proposé ce jeudi appelle à aider les reconversions, qui prennent en moyenne 1 à 5 ans comme le rappelle Hind Elidrissi. Ainsi, elle propose de doubler les droits à la formation et de créer une allocation à la reconversion de 1.500 euros par mois pendant 24 mois. Cela pourrait permettre « aux 18% d'indépendants » qui hésitent à se reconvertir de « sauter le pas », justifie-t-elle. Sur le sujet de la formation, « beaucoup de choses sont faites pour les salariés donc ce qu'on attend, c'est qu'Alain Griset s'empare du sujet pour les indépendants », explique-t-elle à La Tribune. Sur les douze derniers mois, la création de micro-entreprises, un des statuts de l'indépendant, a augmenté de 37,2% en France, selon les données publiées par l'INSEE le 16 juin.

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