Électricité : au Sri Lanka, les tarifs subventionnés pour les plus démunis pourraient bondir de...865%

Le groupe public doté du monopole de la fourniture d'électricité au Sri Lanka veut augmenter de plus de 800% ses tarifs, au détriment des plus démunis. Une nouvelle mesure qui donne l'ampleur de la catastrophe économique et sociale que traverse le pays. Autre pays touché par la crise, le Zimbabwe a relevé son principal taux directeur à 200%, soit le taux le plus élevé au monde pour ce pays d'Afrique australe en lutte avec une inflation galopante (+191%)
(Crédits : Dinuka Liyanawatte)

Rien ne va plus au Sri Lanka. Chaque jour qui passe donne la mesure de l'ampleur de la catastrophe économique sans précédent que traverse l'ancienne île de Ceylan. Il y a une dizaine de jours, l'armée a dû faire feu pour réprimer une émeute provoquée par la pénurie d'essence. Mardi dernier, le gouvernement a suspendu la vente de carburants pour deux semaines, excepté dans les secteurs essentiels comme la santé. Ce lundi, c'est la hausse des prix de du groupe public CEB (Ceylon Electricity Board), l'unique fournisseur d'électricité au Sri Lanka, qui donne le tournis. Lourdement déficitaire et manquant de dollars pour importer les carburants nécessaires à la production d'électricité, le groupe public veut augmenter de 865% les tarifs subventionnés pour les foyers les plus démunis.

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Le système de tarification en vigueur jusqu'à présent permet à un foyer consommant moins de 30 kilowatts par mois de bénéficier d'un tarif forfaitaire de 54,27 roupies (0,15 dollar), que le CEB veut désormais porter à 507,65 roupies (1,44 dollar).

Pour Janaka Ratnayake, le président de la Commission des services publics du Sri Lanka (PUCSL), « la majorité des consommateurs ne pourra pas faire face à une telle augmentation ». « C'est pourquoi nous proposons une subvention directe du Trésor pour réduire de plus de moitié l'augmentation réclamée » par le CEB, a-t-il expliqué devant la presse à Colombo.

Le gouvernement n'a pas encore tranché sur les tarifs appliqués aux particuliers mais ceux pour le commerce et l'industrie augmenteront de 43 à 61%, a-t-il précisé. Le CEB pourra aussi s'appuyer sur la contribution des utilisateurs détenteurs de dollars, tels que les entreprises exportatrices, afin de financer l'importation de pétrole et de pièces détachées.

Négociations pour acheter du pétrole russe ou qatari

Depuis le début de l'année, les prix du diesel ont plus que quadruplé et ceux de l'essence plus que doublé au Sri Lanka, où ces deux carburants font défaut. Le ministre de l'Energie, Kanchana Wijesekera, a dit ne pas pouvoir donner un calendrier des prochaines livraisons dans un pays entièrement dépendant de l'étranger pour son approvisionnement en pétrole.

Le ministre, après avoir présenté ses excuses aux automobilistes dimanche, a annoncé que deux de ses collègues étaient en route pour Moscou afin de négocier des baisses de tarifs des carburants. Kanchana Wijesekera s'est lui-même rendu au Qatar pour négocier également une baisse des tarifs des hydrocarbures fournis au Sri Lanka.

Défaut de paiement

Incapable de rembourser les quelque 51 milliards de dollars qu'il doit au titre de sa dette extérieure, le Sri Lanka a invoqué le défaut de paiement en avril pour entamer des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). L'ONU a déjà appelé à lever un fonds d'urgence de 47 millions de dollars pour les plus vulnérables des 22 millions d'habitants. Près de 1,7 million de personnes ont besoin d'une "assistance vitale", selon l'ONU, quatre personnes sur cinq réduisant leur consommation alimentaire en raison de graves pénuries et de la flambée des prix. La semaine dernière, la crise énergétique a poussé le gouvernement à fermer les administrations non essentielles et les écoles pour deux semaines afin de réduire les déplacements. Plusieurs hôpitaux ont signalé un fort absentéisme de leur personnel médical en raison de la pénurie de carburant. Et les difficultés ne sont pas finies, a prévenu le Premier ministre.

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Record pour le Zimbabwe : le principal taux directeur relevé à 200%

La banque centrale du Zimbabwe a annoncé lundi relever son principal taux directeur à 200%, soit le taux le plus élevé au monde pour ce pays d'Afrique australe en lutte avec une inflation galopante. L'autorité monétaire a expliqué dans un communiqué avoir plus que doublé le taux pour tenter de contenir une inflation encore aggravée par la guerre en Ukraine, exprimant sa "grande préoccupation". L'inflation annuelle a plus que doublé en deux mois pour atteindre 191% en juin, alimentant les craintes d'un retour à une hyperinflation qui a ruiné l'économie du pays. Le taux avait été relevé pour la dernière fois à 80% en avril, fixé à 60% auparavant.

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 (Avec AFP)

  

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Commentaire 1
à écrit le 28/06/2022 à 5:09
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Jancovici a raison : Sans l'énergie, l'homme n'est pas grand chose

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