Coronavirus : la BCE muscle considérablement son soutien à l'économie mais attise les critiques

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(Crédits : Kai Pfaffenbach)
Le programme d'urgence visant à endiguer les effets de la crise sanitaire et doté à la mi-mars de 750 milliards d'euros pour racheter des obligations publiques et privées, a été gonflé de 600 milliards d'euros. Si les marchés ont salué ces annonces, les critiques ne manquent pas. Un collectif d'ONG accuse la Banque centrale européenne de financer des entreprises polluantes.

Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), l'avait prévenu en début de crise : "à période exceptionnelle, réponse exceptionnelle". Ce jeudi 4 juin, la BCE a considérablement renforcé son imposant dispositif de soutien à l'économie en zone euro, minée par la pandémie du coronavirus. Celui-ci double presque d'ampleur.

Lire aussi : La BCE prévoit une profonde récession et "une incertitude exceptionnelle" (Ch. Lagarde)

En parallèle, le principal taux d'intérêt a été maintenu à zéro, tandis que les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

Quasi doublement du programme d'urgence

Dans le détail, le programme d'urgence "PEPP", visant à limiter les effets de la crise sanitaire et doté à la mi-mars de 750 milliards d'euros pour racheter des obligations publiques et privées, a été gonflé de 600 milliards d'euros. Il s'élève désormais à 1.350 milliards d'euros. Ce plan d'achats de dettes sur les marchés a pour objectif de faire baisser le coût de financement des Etats de la zone euro, des entreprises et des ménages.

Cette hausse dépasse même les attentes des marchés. "Nous partageons les anticipations des marchés. Nous estimons que la BCE comblera les attentes en annonçant un accroissement de 300 à 500 milliards d'euros du montant de son PEPP", indiquait en amont de ces annonces, Eric Bourguignon, membre du directoire de Swiss Life Asset Managers France.

Ce bazooka inédit, qui devait prendre fin en décembre, a en outre été prolongé jusqu'en juin 2021, comme espéré par les marchés. En revanche, l'institution de Francfort ne s'est pas prononcée sur une éventuelle extension de ses achats aux obligations dont les notes ont été dégradées en catégorie spéculative ("junk"). "Le Conseil des gouverneurs n'a pas débattu de ce sujet", a indiqué Christine Lagarde. Un tel élargissement permettrait de soutenir les entreprises les plus affectées par la crise actuelle. Un choix pour lequel a opté la Réserve fédérale américaine.

Accueil favorable des marchés

La BCE a aussi indiqué qu'elle allait réinvestir à leur échéance les titres participant au PEPP et ce "au moins jusqu'à la fin 2022". Elle pourra aussi piloter ce stock d'actifs sur le long terme, comme elle le fait déjà pour son programme "QE" de rachats de dette mis en place en mars 2015.

Ce programme, qui était la principale arme anti-crise de l'institut jusqu'à la pandémie, a lui été confirmé à raison de 20 milliards d'euros par mois, auxquels s'ajoutent 120 milliards d'euros supplémentaires prévus en 2020.

Christine Lagarde s'est, par ailleurs, montrée confiante dans la résolution du conflit avec la cour constitutionnelle allemande, qui lui a justement demandé de justifier le bien-fondé de ses rachats de dette publique menés depuis 2015, estimant qu'ils avaient des effets nocifs sur des pans entiers de l'économie, notamment les épargnants pénalisés par des taux d'intérêt très bas. "La Cour de justice de l'Union européenne a jugé que le PSPP était conforme à notre mandat. Nous avons pris note du jugement (allemand-ndlr) qui concerne le gouvernement allemand et le parlement allemand. Nous sommes confiants dans la capacité à trouver une bonne solution. Une bonne solution qui ne compromettra pas l'indépendance de la BCE", a-t-elle assuré lors de la conférence de presse.

L'ensemble de ces annonces a été accueilli favorablement par les marchés. En début d'après-midi, l'euro remontait face au dollar, tandis que les Bourses de la zone euro effaçaient une partie des pertes qu'elles accusaient en début de séance.

Une politique trop "brune"

Toutefois, les critiques ne manquent pas. La BCE est notamment accusée de financer des entreprises polluantes. De nombreuses ONG ont multiplié les appels au cours des dernières semaines, invitant la BCE à prendre en compte les questions climatiques dans sa réponse monétaire à la crise. Dans une récente étude, Reclaim Finance a ainsi révélé que l'institution de Francfort finançait, via ses programmes de rachats d'actifs, 38 entreprises polluantes, dont dix directement liées au charbon. En partenariat avec les ONG 350.Org et SumofUs, elle a lancé une pétition en ligne qui a recueilli plus de 110.000 signatures.

"Malgré les alertes et les appels, des citoyens, des élus et des associations, la BCE n'a pas abordé [ce jeudi 4 mai, ndlr] la question du climat et continuera à financer les entreprises les plus polluantes", regrette Reclaim Finance. Selon cette jeune association, affiliée aux Amis de la Terre, la décision du jour "pourrait même apporter jusqu'à 90 milliards supplémentaires à ces entreprises, soit jusqu'à 220 milliards pour l'ensemble des achats conduits dans le cadre de sa réponse au Covid-19"

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 05/06/2020 à 8:36 :
on subventionne quoi !!!les privileges du PDG d'air France de Renault etc les voyages gratuit pout toute la famille ,et on voudrait baisser les bas salaire QUELLE honte
a écrit le 05/06/2020 à 3:38 :
L'imprimante a papier fonctionne a fond les ballons. Gare a l'inflation qui va suivre.
a écrit le 04/06/2020 à 19:37 :
Ds l'attente des plans de relance mis en oeuvre par les Etats avec, on peut l'espérer pour le monde d'après, une forte dose de verdissement des investissements et des aides à la consommation, il faut à ts prix maintenir en état de survie le maximum d'E. qui ont vu leur CA se contracter drastiquement pour plusieurs mois de chute de la dde.
Le risque serait la multiplication de plans de licenciements massifs comme aux US, bloquant tte relance par une baisse accrue de la consommation et de l'investissement des ménages préférant épargner pour pallier le risque potentiel de chute de leur PA.
A ce stade, cette politique de refinancement sauve qui peut doit être généralisée sans stigmatiser les E. pour éviter des catastrophes sectorielles, comme par ex la chaîne des sstraitants oeuvrant pour les groupes à empreinte carbone élevée et travaillant également ds d'autres secteurs plus vertueux.
a écrit le 04/06/2020 à 15:30 :
Les marchés sont contents alors que cela ne fait que dévaluer leur argent immobilisé dans les paradis fiscaux, ils n'ont même pas le niveau de comptable et pourtant gouvernent le monde.

Au secours.
Réponse de le 04/06/2020 à 21:57 :
politique de pompier pyromane qui déverse pour sauver le court terme boursier (qui ne fera pas un chômeur de moins), l'argent factice qui provoquera l'explosion bullesque de demain (comptons 3 à 5 ans)

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