La « vallée de la mort » ne fait plus peur aux start-up

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Xavier Niel (ci-contre) et Pierre Kosciusko-Morizet ont lancé tous deux des fonds d'entrepreneurs - Kima Ventures et Isai - dédiés à la croissance des start-up.
Xavier Niel (ci-contre) et Pierre Kosciusko-Morizet ont lancé tous deux des fonds d'entrepreneurs - Kima Ventures et Isai - dédiés à la croissance des start-up. (Crédits : Reuters)
L'argent n'est (presque) plus un problème pour les start-up françaises. Grâce aux efforts des pouvoirs publics, elles bénéficient d'un cadre plus favorable pour se financer. Mais encore loin du modèle américain.

Oubliés, les problèmes de financement des start-up françaises spécialisées dans les nouvelles technologies ? Il est possible de « trouver autant d'argent que l'on veut sur le marché français », affirme Jérôme Lecat, fondateur de la jeune pousse Scality, spécialiste du stockage de données. Une affirmation qui tranche avec les signaux d'alarme envoyés ces dernières années par des start-up peinant à franchir « la vallée de la mort » (ou equity gap), c'est-à-dire à financer des besoins en fonds propres compris entre 500.000 et 2 millions d'euros.

« Plus que d'equity gap, il convient aujourd'hui de parler de quality gap », confirme Pascal Chevalier, président du jeune groupe de presse numérique Reworld Media, qui s'exprimait au forum financier de Paris Europlace, le 8 juillet 2014.

« Nous entendons souvent dire que trop de start-up ne trouvent pas de financements. Mais la compétition entre ces dernières est énorme, toutes n'ont pas des équipes ni des business plans suffisamment costauds pour mériter d'être financées », précise Franck Noiret, « general partner » au sein de la société de capital-risque Innovation Capital, qui investit dans des start-up des sciences de la vie et des technologies de l'information.

« Les entreprises performantes trouvent toujours de l'argent. Et aujourd'hui, il existe en France un environnement excessivement favorable au financement des entreprises à haut contenu technologique », renchérit Jacques Chatain, cofondateur de la société de capital-risque Auriga.

À commencer par les business angels, ces particuliers - souvent d'anciens chefs d'entreprise - qui investissent de l'argent et du temps dans de jeunes pousses. Compris entre 7.000 et 8.000 selon la fédération France Angels, leur nombre est très inférieur à ceux du Royaume-Uni (40.000) et des États-Unis (400.000). Mais « ce n'est pas mal, comparé à bien d'autres pays », nuance Franck Noiret. De fait, au premier semestre, les business angels ont investi une quinzaine de millions d'euros dans des start-up françaises de l'Internet, selon le fonds Isai. Un montant dont le financement participatif représente déjà 5%, alors que la réglementation destinée à lui donner un coup de fouet n'entrera en vigueur que le 1er octobre, précise Isai.

Fonds d'entrepreneurs et pouvoirs publics

Isai, qui, lancé en 2010 par Pierre Kosckiusko-Morizet, créateur de Priceminister, Stéphane Treppoz (Sarenza) et Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile), est l'archétype des fonds d'entrepreneurs. Une nouvelle génération de véhicules d'investissement, parmi lesquels figurent aussi Kima Ventures - le fonds de Xavier Niel, patron de Free - et Jaïna Capital, lancé par Marc Simoncini (Meetic). Les pouvoirs publics eux aussi ont contribué à dynamiser le capital-risque, avec le lancement, en 2013, de Bpifrance : la banque publique d'investissement est le premier acteur du capital-innovation français, avec 15 opérations financées au premier semestre, sur 188, selon le cabinet d'audit EY. Au total, le capital-risque a investi 445 millions d'euros dans des start-up, en France, au premier semestre. Et le secteur qui concentre l'essentiel (46 %) de ces investissements n'est autre que le numérique.

Certes, « il manque des outils dans le large venture, les levées de fonds comprises entre 5 millions et 30 millions d'euros », estime Jacques Chatain, chez Auriga.Qu'à cela ne tienne, Bpifrance a débuté les investissements de son nouveau fonds, Large Venture, lancé fin 2013 et doté de 500 millions d'euros. Du côté des acteurs privés, Auriga envisage justement « le lancement d'un véhicule de large venture, dans le domaine du numérique ». Un fonds qui pourrait être souscrit par des groupes industriels soucieux de ne pas rater le virage du numérique, le gouvernement souhaitant augmenter le corporate venture de 30%, à 600 millions d'euros par an, grâce à une incitation fiscale qui doit entrer en vigueur cet été. Décidément non, les startup françaises de la high-tech ne manquent pas de financeurs.

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a écrit le 25/10/2014 à 7:44 :
Malgré la révolution les français ont toujours une mentalité « élitiste » et rêvent d’envoyer leur progéniture à l’ENA ou Polytechnique pour gérer, bien souvent plus mal que bien, une grande entreprise.
Mais qu’un autodidacte qui à une bonne idée, et en veut, réussisse a fonder son entreprise et que ça marche … mais pour beaucoup c’est intolérable.
Enfin ça change un peu avec cette nouvelle génération de patrons qui ont réussi au grand dam d'un syndicalisme moisi et inadaptée à la mondialisation.
a écrit le 13/10/2014 à 6:58 :
Certes la France n’est pas le plus mauvais élève européen en matière d’investissement dans l’innovation mais peut-on s’en contenter ?

La compétition que se livre les métropoles pour attirer et financer les meilleurs talents est une compétition mondiale qui a un impact très local en matière d’emploi et de création de richesse.

Nos voisins Anglais l’ont bien compris et multiplient les incitations fiscales pour inciter les épargnants à investir dans les PME. Et devinez quoi, ça fonctionne. L’économie anglaise crée environ 3 000 gazelles (entreprises de plus 10 salariés) par an quand notre économie en créé 600. Et comble de l’humiliation leur croissance est 4 fois plus vigoureuse.

Alors il est vrai que les britannique n’y sont pas allé avec le dos de la cuillère. Très loin des débats byzantins français sur les niches fiscales, le fisc britannique permet au contribuable de réduire ses impôts sur le revenu de 30% à 50% (dans la limite de 1 000 000 £) lorsque ce dernier investit dans une petite entreprise. Naturellement, l’investisseur anglais peut réduire de ses impôts l’éventuelle perte en capital et ne paie pas de d’impôt de succession sur son investissement.

Faut-il dès lors s’étonner que l’Angleterre compte un peu plus 50 000 Business Angels investissant en moyenne 77 K£ là où la France en compte un peu moins de 8 000 investissant en moyenne 16 K€.

Alors comme le dit benoîtement Franck Noiret « ce n’est pas mal comparé à d’autres pays », mais ce n’est pas assez si la France souhaite disposer startups de taille mondiale susceptible d’avoir un impact sur l’emploi et la croissance Française.
a écrit le 12/10/2014 à 20:55 :
Mais par contre, "la valée du Rhône"….
a écrit le 12/10/2014 à 19:06 :
oui oui! c'est ce que je disais dans un autre post! le pb c'est pas le debut! tant que ca marche pas trop, la france est business friendly! c'est quand ca commence a tourner correct qu'on regrette d'etre en france! faut tester le modele en france en preparant son depart, si ca marche....
a écrit le 12/10/2014 à 18:55 :
Pour inciter les gens à prendre des risques l'état est fort mais quand, en cas de succès, on vend son entreprise, l'état récupère 60 %. Il faut être jobard pour se lancer là-dedans en France. La France c'est JAMAIS au grand JAMAIS.

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