La « vallée de la mort » ne fait plus peur aux start-up

Xavier Niel Free
Reuters
Oubliés, les problèmes de financement des start-up françaises spécialisées dans les nouvelles technologies ? Il est possible de « trouver autant d'argent que l'on veut sur le marché français », affirme Jérôme Lecat, fondateur de la jeune pousse Scality, spécialiste du stockage de données. Une affirmation qui tranche avec les signaux d'alarme envoyés ces dernières années par des start-up peinant à franchir « la vallée de la mort » (ou equity gap), c'est-à-dire à financer des besoins en fonds propres compris entre 500.000 et 2 millions d'euros.
À commencer par les business angels, ces particuliers - souvent d'anciens chefs d'entreprise - qui investissent de l'argent et du temps dans de jeunes pousses. Compris entre 7.000 et 8.000 selon la fédération France Angels, leur nombre est très inférieur à ceux du Royaume-Uni (40.000) et des États-Unis (400.000). Mais « ce n'est pas mal, comparé à bien d'autres pays », nuance Franck Noiret. De fait, au premier semestre, les business angels ont investi une quinzaine de millions d'euros dans des start-up françaises de l'Internet, selon le fonds Isai. Un montant dont le financement participatif représente déjà 5%, alors que la réglementation destinée à lui donner un coup de fouet n'entrera en vigueur que le 1er octobre, précise Isai.
Isai, qui, lancé en 2010 par Pierre Kosckiusko-Morizet, créateur de Priceminister, Stéphane Treppoz (Sarenza) et Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile), est l'archétype des fonds d'entrepreneurs. Une nouvelle génération de véhicules d'investissement, parmi lesquels figurent aussi Kima Ventures - le fonds de Xavier Niel, patron de Free - et Jaïna Capital, lancé par Marc Simoncini (Meetic). Les pouvoirs publics eux aussi ont contribué à dynamiser le capital-risque, avec le lancement, en 2013, de Bpifrance : la banque publique d'investissement est le premier acteur du capital-innovation français, avec 15 opérations financées au premier semestre, sur 188, selon le cabinet d'audit EY. Au total, le capital-risque a investi 445 millions d'euros dans des start-up, en France, au premier semestre. Et le secteur qui concentre l'essentiel (46 %) de ces investissements n'est autre que le numérique.
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Certes, « il manque des outils dans le large venture, les levées de fonds comprises entre 5 millions et 30 millions d'euros », estime Jacques Chatain, chez Auriga.Qu'à cela ne tienne, Bpifrance a débuté les investissements de son nouveau fonds, Large Venture, lancé fin 2013 et doté de 500 millions d'euros. Du côté des acteurs privés, Auriga envisage justement « le lancement d'un véhicule de large venture, dans le domaine du numérique ». Un fonds qui pourrait être souscrit par des groupes industriels soucieux de ne pas rater le virage du numérique, le gouvernement souhaitant augmenter le corporate venture de 30%, à 600 millions d'euros par an, grâce à une incitation fiscale qui doit entrer en vigueur cet été. Décidément non, les startup françaises de la high-tech ne manquent pas de financeurs.