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"Berlin doit montrer qu'il n'est pas prêt à tout pour les banques"

Propos recueillis par Romaric Godin, correspondant de La Tribune à Munich

Publié le 27 janvier 2009 à 20:57

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Wolfgang Gerke, expert bancaire et président du centre bavarois de la finance (BFZ) à Munich, répond aux questions de La Tribune sur la crise bancaire qui frappe l'Allemagne comme l'ensemble des économies développées.

La Tribune : Une série de très mauvaises nouvelles ont balayé les banques allemandes ces dernières semaines. On parle à présent de 300 milliards d'euros d'actifs toxiques encore dans les bilans et des effets de la récession. Sommes-nous seulement au début de la crise financière en Allemagne ?

Wolfgang Gerke : Non, nous sommes au milieu, certainement pas au début. Mais comme l'a déjà dit le président de la Deutsche Bank Josef Ackermann, voici déjà six mois, nous sommes encore bien éloignés de la fin de la crise. Et il faudra encore beaucoup d'argent public avant que le système bancaire retrouve sa pleine capacité, notamment dans le domaine du crédit aux PME.

Les banques et les autorités ont pendant longtemps rejeté l'idée d'un "credit crunch" en Allemagne. Y est-on aujourd'hui néanmoins confronté ?

Il n'y a pas d'assèchement du crédit au sens propre. Mais l'offre de crédit à l'économie fonctionne nettement moins bien. Dans une période de récession, le risque sur les entreprises est naturellement plus élevé, notamment pour celles qui exportent et qui voient leurs commandes reculer fortement. Il n'est donc pas étonnant que les banques soient plus prudentes et moins prêtes à prêter. Par ailleurs, les banques utilisent l'argent et les garanties de l'Etat avant tout pour panser leurs propres plaies. Cet argent n'est donc pas redistribué sous forme de crédit.

Plusieurs dirigeants de banques allemandes ont expliqué leurs difficultés par la seule faillite de Lehman Brothers. N'y a-t-il pas cependant eu des erreurs de stratégie ?

Il est vrai que les dirigeants des banques privées ne pouvaient certainement pas prévoir la faillite d'un institut comme Lehman Brothers. Mais l'importance des problèmes qui apparaissent aujourd'hui ne peut certainement pas être entièrement mis sur le compte de ce seul événement. Beaucoup ont mené une politique beaucoup trop audacieuse. On ne peut pas revendiquer un rendement de "25 % + x", comme l'a fait, par exemple, la Deutsche Bank sans s'exposer à des risques énormes.

Comment jugez-vous le plan de sauvetage bancaire allemand ?

L'Allemagne reste traumatisée par la crise bancaire des années 1930 et la faillite de la Darmstädter Bank, qui a encore aggravé la crise économique. Angela Merkel et son gouvernement ont réagi correctement et rapidement à la faillite de Lehman Brothers et ont pu empêcher la chute de toute banque importante. Je ne suis pas normalement un partisan de l'intervention de l'Etat, mais en cas d'urgence et lorsque le temps presse, une nationalisation partielle est justifiée.
J'ajoute que, me concernant, je considère que le plan de sauvetage est sur le principe très intelligemment établi. Il est efficace.

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La division du pouvoir au sein du fonds chargé de la gestion de ce plan, la Soffin, entre professionnels et politiques, a pu certes mener à des problèmes de communication. Mais cette division est normale. Les banquiers peuvent en effet faire des propositions et des conseils, mais, en dernière instance, il revient aux politiques de faire les choix, car il s'agit de l'argent des contribuables. C'est au ministère des Finances et à celui de l'économie de rendre des comptes sur l'emploi de ces fonds et ils ne peuvent pas déléguer cette responsabilité à des professionnels de la banque. Malgré les critiques, et les conflits, je pense que cette construction est la bonne. Car si les politiques ne sont pas les meilleurs banquiers, les banquiers ne sont pas non plus les meilleurs politiques.

Faut-il aujourd'hui améliorer ce plan ?

Le gouvernement doit d'abord montrer aux banques qu'il n'est pas prêt à réaliser tous leurs v?ux. Notamment sur la question d'une structure de défaisance nationale, une "bad bank" où l'on stockerait tous les actifs "toxiques". On peut comprendre la nécessité d'une telle structure du point de vue des banques. Mais le gouvernement a déjà mis en place un programme massif d'aides et de garanties de 480 milliards d'euros. Cela suffit, et si cela ne suffit pas, c'est ce plan qu'il faut élargir. Je crois que c'est aux banques d'assumer leurs erreurs et leurs engagements passés. Tout ce qui contribue à transférer la responsabilité ou la gestion de ces actifs vers l'Etat ne me semble pas une solution satisfaisante. Evidemment, lorsque les banques sont dans une situations très critiques, proche de la faillite, comme dans les cas de Commerzbank ou de Hypo Real Estate, l'Etat peut intervenir et procéder à une nationalisation partielle. Une fois remises sur pied, ces instituts devront néanmoins être à nouveau privatisées.

L'Etat doit-il alors intervenir dans la gestion des banques ?

Pas dans la gestion quotidienne, mais il est normal qu'il s'assure un droit de regard sur les décisions stratégiques. Lorsque l'Etat sauve, avec 18 milliards d'euros, la Commerzbank, il ne peut pas ensuite se retirer sans rien dire. Il doit assumer la responsabilité de ce sauvetage et observer l'évolution future de la banque.

Doit-on s'attendre à des distorsions de concurrence ?

Toutes ces mesures de nationalisation conduisent à des changements de la situation concurrentielle. Si, par exemple, l'Etat soutient les banques des constructeurs automobiles, ces derniers pourront proposer des taux très bas que ne pourront pas proposer les caisses d'épargne ou les banques mutualistes. Tout ceci conduira évidemment à une distorsion de concurrence. C'est pourquoi je pense qu'il faut que l'Etat pose comme condition de l'aide que la banque aidée propose une offre conforme au marché.

Quel est aujourd'hui le point faible du système bancaire allemand ?

Globalement, le système à "trois piliers" a bien fonctionné. Les banques mutualistes comme les caisses d'épargne ont plutôt bien résisté à la crise. Quant aux instituts privés comme la Deutsche Bank ou Commerzbank, elles vont désormais se positionner à long terme comme des instituts internationaux. Le point faible du système allemand, ce sont Landesbanken qui ont trop voulu imiter le modèle des banques d'investissements. Trois sorties de crise sont possibles pour elles : la privatisation, leur fermeture ou leur fusion dans un seul institut, par exemple en se fédérant autour de l'actuelle banque centrale des caisses d'épargne, la DekaBank. Je soutiens cette dernière solution qui permettrait à cette nouvelle banque de se concentrer sur la production de produits pour les caisses d'épargne.

Je suis néanmoins pessimiste, car les politiques y sont défavorables. Ils doivent cependant comprendre que maintenir à coup de milliards les Landesbanken en vie ne sert à rien. Dans certains cas, le danger est que le budget des Etats fédérés allemands soient affaiblis : la Bavière a promis 10 milliards d'euros à Bayern LB, alors que son budget annuel est de 40 milliards d'euros.

La banque centrale des mutualistes, la DZ Bank, réfléchit à faire appel à l'Etat. Est-ce un échec de ce "pilier" du système allemand ?

Les banques mutualistes ont bien résisté à la crise, ce sont des banques proches du client, prudentes et efficaces. Leurs banques centrales, la DZ Bank et la WGZ, doivent d'abord fusionner. Ensuite, elles devront naturellement avoir recours à l'aide d'Etat. S'ils ne le font pas, cela pourra conduire à un important désavantage compétitif. Cela ne concerne pas les banques mutualistes locales, mais seulement la banque centrale.

Propos recueillis par Romaric Godin, correspondant de La Tribune à Munich

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