Éleveur de champions de la French Tech, le fonds Partech triple sa puissance de feu

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Cette levée est révélatrice à la fois de la réussite des entrepreneurs français et d'une accélération de l'écosystème français souligne Philippe Collombel, codirigeant du fonds Partech Ventures.
Cette levée est "révélatrice à la fois de la réussite des entrepreneurs français et d'une accélération de l'écosystème français" souligne Philippe Collombel, codirigeant du fonds Partech Ventures. (Crédits : DR)
Actionnaire de Sigfox, Lendix ou encore SeaBubbles, la société de capital-risque implantée à Paris, Berlin et San Francisco, vient de boucler un fonds de 400 millions d’euros, portant à près d’un milliard l’argent rassemblé en 18 mois.

Plusieurs centaines de millions pour propulser de futurs champions du numérique, notamment de la French Tech. La société de capital-risque Partech Ventures, codirigée par Philippe Collombel et Jean-Marc Patouillaud, vient de boucler un fonds de 400 millions d'euros, trois fois plus important que le précédent (Partech International Ventures VI avait été porté à 133 millions en 2013). Une trentaine de grands investisseurs européens et américains y ont souscrit, dont de nouveaux comme les poids lourds du CAC 40 L'Oréal, Renault et Unibail, l'assureur Maif et JC Decaux, mais aussi Cisco, Intuit et Accenture.

Depuis janvier 2016, en l'espace de dix-huit mois, ce financeur parmi les plus actifs au sein de l'écosystème de startups françaises a réuni près d'un milliard d'euros dans quatre fonds (un de 400 millions pour les investissements de développement, un de 100 millions pour l'amorçage et 50 millions pour le Paris Saclay Seed Fund en pré-amorçage). Soit plus que de grands acteurs londoniens comme Accel, Index ou Atomico avec lesquels il peut désormais rivaliser.

« C'était notre ambition d'être le premier fonds en Europe », nous confie Philippe Collombel pour qui cette levée est « révélatrice à la fois de la réussite des entrepreneurs français, d'une accélération de l'écosystème français et d'une adoption rapide des technologies qui a conduit à une prise de conscience chez les investisseurs, plus que le signe d'un emballement ».

Grandir face aux méga-fonds

Les montants investis dans le capital-risque ont explosé depuis la crise financière : selon le cabinet spécialisé Preqin, les actifs sous gestion du secteur ont presque doublé depuis 2008 pour atteindre 524 milliards de dollars à la fin juin 2016. Les fonds de venture-capital ont à leur disposition quelque 166 milliards de « poudre sèche » (argent non investi) selon les chiffres d'avril 2017. Des chiffres qui donnent le tournis et peuvent inquiéter.

« Face à l'émergence de méga-fonds comme celui de SoftBank [près de 100 milliards de dollars, ndlr], il faut continuer à grandir. Ces très gros fonds constituent à la fois une opportunité, s'ils font grandir des entreprises, et une menace s'ils pourrissent le marché en investissant trop et trop tôt. L'argent facile peut rendre stupide », met-il en garde.

Née en 1982 « dans la Silicon Valley », comme aime le rappeler la société pour souligner son implantation historique dans le pôle mondial de l'innovation, Partech était à l'époque filiale de Paribas et s'appelait Paribas Technologies. Devenue indépendante par la suite, elle a surtout pris son envol en 2007, au moment de sa reprise par les deux co-dirigeants, alors que la société gérait seulement 75 millions d'euros. Aujourd'hui, la société qui emploie 45 personnes dont 12 associés, compte 1,2 milliard d'euros d'actifs sous gestion.

« Notre croissance a été totalement organique, nous avons recruté de jeunes partners de talent. Le plus difficile est de faire cohabiter de forts caractères ! Une équipe de grande qualité, il n'y pas d'autre actif dans le capital-risque » relève le co-dirigeant de Partech.

Success-stories françaises

Un tiers du nouveau fonds Partech International Ventures VII sera consacré à la France, un tiers à la Californie, le reste à l'Europe hors France, ce qui permet d'équilibrer les risques.

« Nous avons une stratégie diversifiée, à travers nos trois bureaux à Paris, San Francisco et Berlin », fait valoir Philippe Collombel.

Partech se cache derrière de nombreuses success-stories françaises : elle a joué un rôle clé dans la vente de Compte Nickel à BNP Paribas, de Teads (le Criteo de la pub vidéo) à Altice, de Lafourchette à TripAdvisor. Elle est actionnaire de plusieurs jeunes pousses prometteuses de la Fintech comme Lendix, dans le financement participatif des PME, ou Kantox, dans la gestion des devises pour les entreprises. Partech est aussi au capital de la toulousaine Sigfox dans l'Internet des objets ou de SeaBubbles et ses futuristes taxis volants sur l'eau.

« Le plus beau deal de la décennie pour nous a été l'introduction au Nasdaq d'Invensense en 2011. Mais le deal Dailymotion [vendu à Orange, ndlr] a constitué un tournant dans l'écosystème français car pour la première fois une grande entreprise osait un gros pari dans le digital », analyse-t-il.

« Ce qui a changé en dix ans, c'est notre capacité à trouver de très bons deals européens car la qualité des dossiers a énormément progressé en France et en Europe. Nous avons une centaine de participations au portefeuille dont une dizaine de très belles boîtes. »

Les secteurs prometteurs à ses yeux : les plateformes d'intelligence artificielle "verticalisées", l'Internet des objets, qui devrait selon lui rebondir, les technologies liées au respect des données personnelles (avec la directive RGPD), la Blockchain et les RegTech, etc.

Cap vers l'Asie et surtout l'Afrique

Le nouveau fonds de 400 millions a déjà réalisé une dizaine d'investissements avant même son closing, chez les startups françaises AB Tasty (optimisation du parcours client), Qapa (plateforme de recrutement), Akeneo (logiciel de gestion des infos produits), l'américaine Rinse (pressing à la demande), l'allemande Chronext (plateforme de revente de montres de luxe) et la coréenne Toss (appli de transfert d'argent par mobile), son premier investissement en Asie, où le marché du capital-risque a quadruplé en une décennie.

« Nous connaissons bien la Fintech et nous voulons nous éduquer au marché asiatique. Mais 90% des deals de ce fonds seront faits en Europe et aux Etats-Unis, l'Asie restera marginale », insiste-t-il.

Cependant, c'est de l'autre côté de la Méditerranée que Partech a actuellement les yeux tournés. La société de capital-risque espère lever avant la fin de l'année plus de 100 millions d'euros pour son futur fonds consacré à l'Afrique qu'il monte avec l'ex-responsable de Google dans la zone, Tidjane Dème, qui l'a rejoint à l'automne dernier.

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