Risques de marché : Groupama se dote d'une couverture de survie

 |   |  865  mots
Copyright AFP
Copyright AFP
L'assureur vert en difficulté a entamé un processus de "désensibilisation" de son bilan aux actions. D'une part en cédant certaines lignes, d'autre part en se couvrant sur d'autres. Une dernière opération qui pourrait s'avérer relativement coûteuse même si la période actuelle, plus calme pour les marchés, s'y prête.

Groupama l'a annoncé lors de la présentation de ses résultats annuels : il va couvrir une partie de son portefeuille actions et en céder une autre. Une décision prise suite aux déboires que l'assureur a connus avec la baisse des marchés en 2011, alors qu'il détenait 12.8% d'actions dans son portefeuille fin décembre, soit 8.7 milliards d'euros en valeur. Une proportion supérieure à la moyenne des autres assureurs français, dont l'exposition aux actions est plutôt comprise entre 5% et 8%. Cette exposition a occasionné à l'assureur 700 millions d'euros de moins-values latentes en 2011.

Réduire les risques

D'où la décision annoncée par Thierry Martel, directeur général de Groupama, lors des résultats : "nous allons réduire nos risques sur nos actifs en diminuant notre part d'actions et pour la part qui restera, nous allons la couvrir". L'objectif étant à terme de la ramener à 5%.
Cette nouvelle stratégie d'allocation d'actifs a déjà débuté. Lundi 2 avril, l'assureur vert annonçait ainsi la cession totale de ses 777 878 actions du groupe Bolloré, correspondant à 3.10% du capital du groupe. L'assureur avait commencé par réduire son exposition au groupe Bolloré en 2011, puisqu'il en détenait encore 4.31% fin 2010. Groupama est encore exposé sur des lignes d'actions stratégiques : à fin 2011, il détenaitt environ 5.5% de Veolia, un peu moins de 4% de Société Générale, environ 6.9% d'Eiffage et 1.91% de Saint Gobain.

Pas de cession hâtive des lignes stratégiques

Or, toutes ces positions ne peuvent pas être "débouclées" dans la précipitation : "Nous devons attendre que des fenêtres s'ouvrent sur les marchés pour vendre certaines lignes stratégiques", précisait Thierry Martel. Sans quoi une vente précipitée pourrait notamment générer des frais de transaction élevés et/ou des moins-values importantes. C'est d'ailleurs précisément sur les lignes qu'il ne pourra pas céder rapidement ou qu'il souhaitera conserver, que l'assureur se couvrira.  Et cette couverture est déjà amorcée : mi-mars, une partie de la ligne action représentant 1.5 milliard d'euros avait été couverte. L'objectif affiché par Groupama est d'atteindre une couverture de 35% à 40% du portefeuille.

Une couverture a un coût

Dans une interview donnée en interne en novembre dernier, Thierry Martel expliquait qu'il allait appliquer "des systèmes de couverture de risques sur nos actifs financiers (achat d'options afin de protéger une partie du portefeuille actions contre une baisse supplémentaire des marchés)". Se doter d'outils de couverture, comme des instruments dérivés (options, futures...), permet en effet d'amortir la baisse du cours d'une action.
Cette couverture a cependant un coût, et plus elle est protectrice, plus elle chère. "Si Groupama ne veut jamais perdre plus de 3%, cela lui coûtera plus cher, car les contreparties seront plus fortes", estime un analyste financier. Par contre, en cas de baisse du cours de l'action, l'assureur récupérera de l'argent. Comme dans le cas d'un sinistre pour un assuré, il sera "remboursé". A l'inverse, une hausse du cours ne lui profitera en rien. De la même façon, quand aucun sinistre ne survient, l'assuré continue de payer sa prime d'assurance sans être indemnisé.

Le bon timing

Volontairement ou non, Groupama a plutôt bien choisi son moment pour se couvrir. "Cela coûte moins cher de se couvrir aujourd'hui que fin 2011, alors que l'incertitude était totale, la volatilité importante, et les niveaux de marchés de capitaux beaucoup plus bas. Et se protéger contre une baisse dans une période de stress coûte plus cher, car le coût des protections se retrouve dans les taux d?intérêt et le prix de la volatilité", explique un analyste spécialisé. Le prix de l'option est en grande partie fonction de la volatilité implicite des marchés, c'est-à-dire de l'évaluation du risque futur.

Baisse des besoins de fonds propres

Autre élément déterminant : le fait de couvrir son portefeuille d'actions induit une diminution des besoins de fonds propres requis dans le cadre de Solvabilité 2. Un avantage qui n'a pas dû échapper à Groupama. Un consultant confirme que "le fait de limiter le risque à la baisse de leur exposition nette aux actions permet de fait de réduire le coût en capital".  Certaines sociétés de gestion, comme CPR AM ou THEAM, ou les banques de financement et d'investissement, développent même des options de couverture des risques permettant justement de réduire le SCR (Solvency Capital Requirement). Dans sa revue de recherche fin 2010, Axa IM estimait au final que "il apparaît donc plus efficace de mettre en place une protection contre le risque action que de sortir de cette classe d'actifs".

CNP Assurances tire aussi la couverture à elle

Selon différents analystes, CNP Assurances aurait aussi engagé un processus de couverture de son portefeuille actions à la fin de l'année dernière. Contacté, l'assureur n'a pas souhaité commenter. CNP est, avec Groupama, l'un des assureurs de la place les plus exposé en actions : cette classe d'actifs composait 9.3% de son portefeuille à fin 2011. Sachant que l'assureur souhaite lui aussi réduire cette poche pour la ramener à un peu plus de 7% à terme.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/04/2012 à 18:33 :
Eh bien! Si les assureurs allègent leurs portefeuilles actions, si les particuliers en détiennent de moins en moins, donc si personne n'a plus confiance en elles ou si la règlementation comptable est telle que le risque ne vaut plus la peine d'être assumé, qui détient donc les actions françaises? L'étranger? Les banques qui en assurent le seul portage avec des couvertures béton? et vivent des seuls dividendes? mystère. Une enquête de La Tribune serait la bien venue.
a écrit le 03/04/2012 à 14:27 :
les criteres de valorisation des options sont definis par 'the greeks'; maintenant s'ils se gavent de couvertures, leur rentabilite va aller au tapis...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :