"Le problème, c'est que les marchés fonctionnent à la voix, comme un marché aux bestiaux"

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La huitième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé ce mercredi 20 juin. La Cour entend comme témoin Marine Auclair, employée de la Société Générale en préavis de départ.

Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la huitième journée d'audience couverte par notre journaliste Laura Fort, avec les clés pour comprendre le procès. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience, le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la quatrième journée d'audience, le compte-rendu de la cinquième journée d'audience, le compte-rendu de la sixième journée d'audienceet le compte-rendu de la septième journée d'audience.

Mercredi 20 juin

19h50. L'audience est levée. Elle aura été marquée le matin par l'énervement de Me David Koubbi et ses éclats de voix avec la présidente de la Cour. Un absent aura par ailleurs été à déplorer : Me Julien Dami le Coz, collaborateur de Me Koubbi.
Rendez-vous demain jeudi 21 juin pour la suite du procès et l'audition de nouveaux témoins, comme celui de Daniel Bouton, patron de Société Générale, à l'époque des faits.

19h30. "Ce sera le témoin le plus bref"

Le dernier témoin de la journée est maintenant entendu à la demande de la défense : Paul Opitz, consultant en gestion des risques.
Mireille Filippini, la présidente de la Cour lui demande : Quels risques ?
Paul Optiz : Surtout pas le risque de marché, ça je n'y connais rien. Mais les risques opérationnels comme les incendies, les grèves... Me David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel l'interroge : Cela sera le témoin le plus bref. Vous m'avez contacté par mail. Vous avez assisté à un déjeuner dont je souhaiterais que vous vous expliquiez devant la Cour.
Paul Optiz : Les 23, 24, 25 janvier 2008, j'assistais à Honfleur à un colloque de risk managers. Il était environ 14h45. Une personne à côté de moi a téléphoné puis interpellé la directrice des assurances de la Société Générale qui était là, Mme Burlet, en lui disant que l'affaire avait éclaté. Elle a répondu que tout était sous contrôle et que les pertes seraient plus faibles que prévues. Suite à quoi cette personne lui demande comment la Société Générale a pu laissé passer une telle affaire. Elle a répondu que cette opération ne pouvait pas être le fait d'une seule personne mais d'une équipe.
Mireille Filippini intervient : Cette dame, soumise au secret professionnel, l'aurait donc levé ?
Claire Dumas est appelée à la barre par la présidente : Je découvre cette information. Le jeudi à 8h du matin, il y avait eu une conférence de presse pour communiquer sur la perte massive. A ce stade, le jeudi, il n'a jamais été délivré comme message aux équipes que la ligne hiérarchique était impliquée.
Mireille Filippini au témoin : Bien, la Cour vous libère.

19h00. "Le problème, c'est que les marchés fonctionnent à la voix, comme un marché aux bestiaux"

Robert Tellez, cadre chez Natixis, N-4 ou 5 selon lui, et président d'une société de gestion, témoigne maintenant à la demande de Me David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel.
Me David Koubbi : Pourquoi avez-vous accepté d'être cité et de témoigner ?
Un brin nerveux, très expressif, avec un cheveu sur la langue, Robert Tellez se lance : J'ai lu tout le dossier et ce qui traîne sur Internet, et j'ai noté des absences notables compte tenu de mon expérience.
DK : Quelle expérience ?
RT : J'ai passé 5 ans à la Banque de France puis une douzaine d'années au contrôle au Matif [Marché à terme des Instruments Financiers, ndlr], puis enseigné à Dauphine.
DK : Vous estimez que vous êtes un expert sur le contrôle ?
RT : Oui, le contrôle, je connais bien.
DK : Est-ce que les techniques de dissimulation de J. Kerviel, vous les qualifieriez de sophistiquées ?
RT : Non.
DK : Les opérations auraient-elles été possibles sans que personne ne s'en rende cpte ?
RT : C'est difficile à imaginer.
DK : Pour quelles raisons ?
RT : Dans les dossiers, il y a beaucoup de choses, mais pas l'essentiel. Mon grand étonnement est le suivant : il existe un domaine d'information financière, dans lequel on doit trouver le matériau pour savoir qui était au courant des opérations. Ce matériau, c'est la comptabilité. La Commission bancaire ne dit pas qu'il y a eu faux bilan, ne dit pas que la comptabilité était corrompue, que la piste d'audit a été rompue. Mais il suffisait d'ouvrir les livres comptables et les pièces d'origine, les tickets d'opération par exemple. Le problème, c'est que les marchés fonctionnent toujours à la voix. On en est toujours au marché aux bestiaux.
DK : Pourriez-vous nous dire ce que vous savez des rapprochements de résultats et des arrêtés d'écriture ?
RT : On fait des arrêtés comptables une fois par mois dans les banques. Il est communiqué au régulateur et fait l'objet de comités internes.
DK : Que pensez-vous des systèmes de contrôle de la Société Générale ? Pouvait-elle ignorer les positions de son trader ?
RT : Avant cette affaire et le rapport de la Commission bancaire, la réputation des systèmes de contrôle de Société Générale était excellente, donc j'ai du mal à me faire une idée.
Me Reinhart fait un signe aux journalistes : il tourne l'index sur sa tempe pour montrer que le témoin ne tourne pas rond...
Un brin farfelu, très théâtral, au final peu crédible, pas sûr que Robert Tellez ait aidé la défense à marquer des points.
La partie civile ne lui a pas posé de questions.
 

18h10. "En 2008, Société Générale s'est déclarée en perte fiscale de 10 milliards"

La Cour entend comme témoin Dominique Ledouble, expert comptable et commissaire aux comptes, à la demande de Société Générale.
Me Jean Veil, avocat de la banque, lui demande d'abord de détailler son expérience professionnelle. Il a notamment été président de l'Ordre des experts comptables et enseigne l'audit et le commissariat aux comptes.
JV : Je voudrais savoir si vous avez pris connaissance de l'avis de Michel Tudel, également commissaire aux comptes, sur la déduction fiscale de 1,7 milliard d'euros accordée par Bercy en 2008 suite aux pertes subies par la banque ?
Droit comme un I, Dominique Ledouble répond avec aplomb : Ce que j'en sais, c'est ce qui en a été rapporté par les agences de presse. D'après ce que j'ai compris, il y a un gain de 1,4 milliard et une perte de 6,3 milliards, donc la Société Générale se déclarait en perte. Et sur l'exercice 2008, elle s'est au total déclarée en perte fiscale de 10 milliards.
JV : L'appréciation que Michel Tudel porte, est liée à une appréciation du Conseil d'Etat. Pensez-vous qu'elle s'applique à la Société Générale ?

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Et retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Kerviel, les clés pour comprendre le procès (noms, définitions), les analyses de Valérie Segond et de François Lenglet après le verdict de 2010, ce que sont devenus les protagonistes de l'affaire, les plaintes déposées par Me David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) et par Me Jean Veil (avocat de Société Générale), le témoignage de l'ancienne conseillère en communication de Jérôme Kerviel, et le contexte politique dans lequel s'inscrit le procès.

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