Les investisseurs n'hésitent plus à prendre les startups au berceau

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50 % c'est ce que représente en moyenne l'engagement du FNA (Fonds national d'amorçage) dans les 21 fonds auxquels il a souscrit.
50 % c'est ce que représente en moyenne l'engagement du FNA (Fonds national d'amorçage) dans les 21 fonds auxquels il a souscrit. (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)
En hausse de 27% par rapport aux six premiers mois de 2014, les 85 millions d'euros investis en amorçage au premier semestre 2015 représentent 16% du total de 523,5 millions alloué par le capital-risque français aux startups. Une proportion qui a longtemps stagné entre 4% et 8%...

En l'absence d'un produit ou d'un service à montrer, difficile de lever des fonds auprès d'investisseurs. Mais, sans argent, impossible de fabriquer un produit... Le paradoxe de l'oeuf et de la poule illustre bien la problématique des startups en quête de capital d'amorçage (seed capital). Celui-ci finance les dépenses préalables à la création d'une entreprise, c'est-à-dire la R et D, les études de faisabilité technique du projet, les études de marché, ou encore le dépôt de brevets. La société ne réalisant pas le plus petit euro de chiffre d'affaires à ce stade, le financement d'amorçage est éminemment risqué, ce qui en a fait le parent pauvre du capital-innovation (ou capital-risque) français, des années durant. Mais il semble que la donne soit en train de changer. L'année 2015 a vu la naissance de plusieurs fonds d'amorçage, comme Partech Entrepreneur II, doté de 60 millions d'euros et destiné à investir des tickets de 300.000 à 1 million d'euros dans des startups technologiques en phase de création. Stratégie d'investissement identique pour 360 Square, le nouveau fonds du français 360 Capital Partners, à cela près que sa dotation est de 35 millions d'euros.

Le rôle majeur du fonds national d'amorçage

Plus largement, les sociétés françaises de capital-risque ont investi 85 millions d'euros en phase d'amorçage, au premier semestre 2015 (dernières données disponibles), selon l'indicateur Chausson Finance. Un montant qui constitue un record, et de loin, depuis les 49 millions d'euros du premier semestre 2000, date de la première parution de ce baromètre. En hausse de 27% par rapport aux six premiers mois de 2014, les 85 millions d'euros investis en amorçage représentent 16% du total de 523,5 millions alloué par le capital-risque français aux startups, au premier semestre 2015. Cette proportion était déjà de 13% en 2014, après avoir longtemps stagné entre 4% et 8%, dans le sillage de la crise financière de 2008. « Il existe aujourd'hui un dynamisme très clair du financement d'amorçage. Globalement, l'année 2015 a été positive pour le capital-innovation, avec des levées de fond et des intentions d'investissement en hausse par rapport à 2014. La tendance est au moins aussi bonne pour l'amorçage que sur les segments plus matures du capital-innovation », confirme Dominique Rencurel, président de la commission capital-innovation de l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance).

Son récent regain de tonus, le financement d'amorçage le doit à plusieurs facteurs.

« Globalement, les performances financières du capital-innovation se sont améliorées ces dernières années, ce qui constitue un facteur d'attraction (pour les fonds). Mais l'amorçage reste une classe d'actifs difficile, plus risquée, qui attire naturellement moins les investisseurs privés. C'est pour stimuler les investissements à ce stade que le Fonds national d'amorçage (FNA) a été lancé, en juillet 2011, dans le cadre du Programme d'investissements d'avenir piloté par le Commissariat général à l'investissement », rappelle Benjamin Paternot, directeur du pôle Fonds technologiques et internationaux de Bpifrance, la banque publique d'investissement.

« L'effet de levier de Bpifrance permet d'avoir aujourd'hui des fonds d'amorçage disposant d'une force de frappe intéressante », reconnaît Dominique Rencurel. Ses 600 millions d'euros, le FNA doit en effet les investir dans une trentaine de fonds d'amorçage.

À l'heure actuelle, le FNA a investi 400 millions d'euros dans 21 fonds, comme Partech Entrepreneur II et 360 Square.

« Preuve de l'effort particulier déployé en faveur de l'amorçage, le FNA représente en moyenne 50 % des souscriptions aux 21 fonds d'amorçage dans lesquels il a investi, souscriptions qui s'élèvent à 800 millions d'euros, au total. Alors que, dans le cadre de ses activités d'investissement direct et indirect, Bpifrance est habituellement minoritaire », souligne Benjamin Paternot.

Outre Bpifrance, les groupes industriels ont fait leur apparition dans le paysage français des fonds d'amorçage, ces dernières années.

En 2015, l'opérateur de télécoms Orange a ainsi lancé Orange Digital Ventures, doté de 20 millions d'euros pour sa première année d'investissement. L'équipementier aéronautique Safran a fait de même l'an dernier, avec Safran Corporate Ventures, qui dispose d'une enveloppe de 50 millions d'euros sur trois ans.

« La démarche d'open innovation des groupes industriels a également contribué à augmenter la capacité d'investissement au stade de l'amorçage », admet Benjamin Paternot.

Une démarche liée à la nécessité de transformer rapidement des modèles économiques bousculés par la révolution numérique.

Un foisonnement de créativité et de projets

Les nouveaux business models nés de cette révolution numérique, couplés à un élan sans précédent en faveur de la création d'entreprises, avec notamment une multiplication des aides financières et des incitations fiscales, ont par ailleurs fait de la France un pays très favorable à l'éclosion de startups.

« Le très fort engouement que l'on observe actuellement pour l'amorçage résulte aussi du nombre croissant de projets pertinents qui naissent en France », estime Pierre Tiers, président de Start West.

Dans le cadre de cette rencontre annuelle entre startups et investisseurs, « nous avons reçu cette année 116 dossiers, contre 40 à 50 les années précédentes. Le montant total des levées de fonds sollicitées par ces 30 projets s'élève à 36 millions d'euros, il était de 19 millions en 2014 », témoigne Pierre Tiers.

Des projets qui, pour certains, sont peut-être des pépites, à l'image de Criteo ou de BlaBlaCar. En tout état de cause, les success stories françaises se multipliant, « les VCs [fonds de venture capital, ou de capital-risque, NDLR] interviennent aujourd'hui plus en amont dans le financement des startups, ils intègrent presque tous des "seed pools", l'objectif étant d'être présent le plus tôt possible pour capter très en amont les futures pépites », observe Benjamin Paternot. De fait, dans le cadre de son tout nouveau « seed club », Isai participera à des levées de fonds de 400.000 à 600.000 euros, une fourchette bien inférieure au million d'euros sur lequel ce spécialiste du capital-amorçage opère habituellement. Une participation qu'Isai conditionne à la présence de business angels au tour de table des startups, et pas n'importe lesquels, puisqu'il devra s'agir d'entrepreneurs souscripteurs de son propre fonds, comme Pierre Kosciusko-Morizet ou Geoffroy Roux de Bézieux, respectivement fondateurs de PriceMinister et de Virgin Mobile.

Cette première génération d'entrepreneurs à succès a d'ailleurs permis de gonfler les rangs des business angels français. Bon an mal an, les 4.500 business angels membres des réseaux de France Angels investissent un total de 40 millions d'euros dans des startups en phase d'amorçage. Le gouvernement prévoit de leur donner un coup de pouce avec le projet de « compte épargne entrepreneur », qui doit aplanir la fiscalité sur les plus-values de cession pour ceux qui réinvestiront dans de jeunes entreprises. Selon Pierre Tiers, « les business angels ont contribué à réduire l'equity gap », cette fourchette de 400.000 à 1 million d'euros au sein de laquelle les startups peinent à se financer. Ces dernières bénéficient également de l'essor du financement participatif et, plus particulièrement, des plateformes d'investissement en capital, dont la collecte a encore doublé l'an dernier, en France, tout en se limitant à une cinquantaine de millions d'euros. Conséquence, « aujourd'hui, la difficulté n'est plus de trouver du financement d'amorçage, mais de monter les tours de financement de série A [1 à 3 millions d'euros, NDLR] », estime Dominique Rencurel, à l'Afic. Ce qui pose également la question de la capacité des fonds d'amorçage à sortir du capital des jeunes pousses qu'ils auront pris le risque de financer dès leur naissance.

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