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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Toujours plus nombreuses, les néobanques imposent leur modèle en France

Juliette Raynal

Publié le 28 janvier 2020 à 08:00 - Mis à jour le 28 janvier 2020 à 10:22

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En France, les néobanques ne séduisent pas que les millennials et poussent les banques traditionnelles à réagir. Au total, les 26 banques mobiles présentes dans l'Hexagone ont généré l’ouverture de 3,5 millions de comptes actifs, soit une hausse de 75% en un an. Leur prochain challenge : devenir des "banques principales".

Nickel, N26, Revolut, Lydia, Max, Orange Bank, Manager One, Xaalys, Ma French Bank, Shine, Qonto, Monese, Pixpay... Le constat est sans appel, le marché des néobanques est de plus en plus encombré. Aujourd'hui, 26 banques mobiles sont présentes dans l'Hexagone. Parmi elles, sept ont vu le jour au cours des douze derniers mois, selon la nouvelle étude du cabinet KPMG, publiée ce mardi 28 janvier. Six autres devraient se lancer dans les mois à venir, dont Prismea de Crédit du Nord, Linxo, connue pour son agrégateur de comptes, ou encore Onlyone, qui se présente comme une néobanque à "impact".

Au total, le cabinet recense 3,5 millions de comptes actifs, contre 2,6 millions en juillet dernier, soit une augmentation de près de 35% en l'espace de six mois. En un an, cela représente une hausse de 75%.

Plus de 70% des clients ont plus de 30 ans

Premier enseignement de l'étude, les millenials ne sont pas les seuls adeptes des néobanques. Selon l'enquête, menée en partenariat avec l'institut Ipsos, plus de 70% des clients de ces nouvelles banques mobiles ont plus de 30 ans. Dans le détail, 28% des clients des néobanques ont entre 18 et 30 ans. Mais, ils sont 42% à avoir entre 31 et 45 ans, et 31% plus de 45 ans.

"Cette différence par rapport à d'autres marchés européens s'explique par le périmètre des néobanques étudiées, qui prend en compte des acteurs s'appuyant sur des réseaux physiques, comme Orange Bank et Nickel par exemple. Ces derniers drainent une population plus représentative de la population française", explique Muriel Grandidier, spécialiste banque, finance et assurance chezIpsosFrance.

La majorité d'entre eux sont attirés par les prix attractifs sur la tenue de compte, mais aussi sur les frais d'utilisation de la carte bancaire à l'étranger. Un attrait renforcé par des primes de bienvenue et de parrainage généreuses.

Les banques contraintes de riposter

"Les résultats de cette étude confirment la reconnaissance du modèle des néobanques en France. Les chiffres attestent d'abordde l'intérêt croissantduconsommateur, dont le profil est étonnamment varié. Il y a égalementun nouvel attraitdes investisseurs comme le montrent les récentes levées de fonds deQonto[néobanque pour PME, ndlr] etde Lydia[application de paiement entre amis, ndlr]. On observe aussi une reconnaissance de la part des banques, qui sont nombreuses à avoir lancé de nouvelles offres ou à avoir adapté leur offre existante en réponse aux néobanques", analyse Stéphane Dehaies, associé banque et fintech chez KPMG France.

Société Générale donne ainsi le coup d'envoi, ce mardi 28 janvier, de Kapsul, une nouvelle formule low cost à deux euros par mois. De son côté, Hello Bank!, la banque mobile du groupe BNP Paribas, vient de repenser son positionnement avec une offre gratuite Hello One et une seconde Hello Prime, commercialisée 5 euros par mois. Boursorama (groupe Société Générale) a, quant à elle, renforcé son offre gratuite avec la carte Ultim pour accompagner les clients à l'étranger, un axe de différenciation sur lequel ont beaucoup joué les néobanques. Même chose du côté de Fortuneo, filiale de Crédit Mutuel Arkéa, avec sa nouvelle carte Fosfo.

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De nombreux acteurs, mais une poignée de leaders

Si les néobanques poursuivent leur expansion et poussent les acteurs traditionnels à réagir, le marché reste toutefois très concentré.

"Les cinq leaders du marché français concentrent à eux seuls cette croissance, avec plus de 78% des comptes ouverts et actifs à fin 2019", souligne Stéphane Dehaies.

Le trio de tête reste inchangé. Nickel, détenu par BNP Paribas, s'affirme comme la première néobanque en France, avec 1,5 million d'ouvertures de comptes enregistrées fin 2019. De son côté, l'allemand N26 vient de passer le cap des 5 millions d'utilisateurs dans le monde, dont plus d'un million en France. Suit le britannique Revolut, qui revendique plus de 900.000 utilisateurs dans l'Hexagone et 10 millions dans le monde. Orange Bank, qui totalise plus de 360.000 comptes courants, se place au pied du podium.

Sur le marché grand public, les autres acteurs peinent à être visibles et certains présentent de vraies difficultés. C'est le cas notamment de C-Zam, le compte mobile commercialisé dans les rayons des magasins Carrefour, dont l'avenir est aujourd'hui en suspens. "Il y a un vrai sujet de fragmentation, de positionnement de ces offres innovantes avec une consolidation à terme du marché des particuliers", observe Stéphane Dehaies.

Le marché porteur des pros et PME

L'éclairage apporté par l'institut Ipsos montre que les acteurs les plus fragiles ne bénéficient pas d'une attitude de "découverte" de la part des clients des néobanques, dont très peu "butinent" différentes offres. Ainsi la grande majorité des clients (74%) ont ouvert un compte dans une seule néobanque. Ils ne sont que 16% à avoir ouvert un compte dans deux néobanques et 10% dans trois néobanques ou plus.

A contrario, le marché des professionnels et des entreprises apparaît plus porteur.

"Le marché des professionnels, est en forte croissance (avec une augmentation de 5% par an en moyenne du nombre d'entreprises de moins de 10 salariés avec un chiffre d'affaires allant jusqu'à deux millions d'euros). Les offres proposées par les néobanques répondent de façon plus intégrée aux besoins de ce segment, peu ou mal adressé historiquement", note Stéphane Dehaies.

En outre, ces clients gèrent des flux beaucoup plus importants, sont prêts à payer pour gagner en productivité et s'inscrivent dans des relations de longue durée. Un créneau sur lequel s'est positionné très tôt la fintech Qonto, qui revendique aujourd'hui plus de 65.000 entreprises clientes, et qui vient de finaliser une levée de fonds supérieure à 100 millions d'euros, une première pour une startup française de la finance.

Passer au statut de "banque principale"

"En 2020, le principal enjeu des néobanques consistera à pérenniser leur modèle et à fidéliser les clients actifs en proposant un catalogue de services toujours plus large", avance Stéphane Dehaies.

Autrement dit, les néobanques doivent se transformer en banque principale et ne plus se contenter du statut de banque secondaire. Aujourd'hui, si 9 clients sur 10 utilisent la carte de leur néobanque, seuls 37% en font une utilisation exclusive ou majoritaire. Par ailleurs, près de 70% des clients seraient prêts à en faire leur banque principale, si et seulement si, tous les services bancaires attendus étaient proposés, notamment la remise de chèque, le crédit à la consommation et immobilier.

"Ce pourcentage envoie deux messages. D'abord, qu'il y a une certaine confiance vis-à-vis des néobanques qui s'installe. Ensuite, que l'élargissement de leur gamme d'intervention est la condition sine qua non de leur pérennité. Cela peut même susciter de l'attrition si elles se contentent des produits de la banque au quotidien. Il faut que les néobanques proposent de nouveaux services pour fidéliser de manière active et rentable", insiste Muriel Grandidier.

Certains acteurs se sont déjà engagés dans cette voie, comme Orange Bank et N26 qui proposent des offres de crédit. Dans la même optique, Qonto ambitionne de décrocher, au cours de l'année, l'agrément d'établissement de crédit pour satisfaire les petites et moyennes entreprises dont les besoins de financement sont importants.

À lire également

  • Face aux néobanques, Société Générale riposte avec l’offre Kapsul
  • Boursorama accentue le gratuit pour distancer les néobanques
  • Les levées de fonds des néobanques atteignent des sommets en ce début 2019
  • Près de 20 néobanques en France, mais un trio se partage le gâteau

La proposition de services à valeur ajoutée doit également permettre à ces nouveaux acteurs de pérenniser leur modèle économique, largement entamé par des primes de bienvenue et de parrainage très généreuses dans une logique agressive d'acquisition de nouveaux clients.

Juliette Raynal

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