En pleine reprise, 700 PME industrielles cherchent des fonds pour grandir, selon France Clusters

Tandis que la reprise post-Covid économique est là, la France compte dans ses territoires des entreprises innovantes à forte capacité de croissance. Problème, ces dernières peinent à trouver des compétences et surtout à financer l’industrialisation de leurs innovations. France Clusters a enquêté et, au-delà du constat, propose des solutions, notamment pour booster des fonds dits "late stage", encore insuffisants en France pour répondre aux besoins.
Cécile Chaigneau

5 mn

Sylvain Boucher, président de France Clusters depuis la fin octobre 2021, délégué France de Veolia, également président d'Aqua Valley et de France Water Team.
Sylvain Boucher, président de France Clusters depuis la fin octobre 2021, délégué France de Veolia, également président d'Aqua Valley et de France Water Team. (Crédits : DR)

Les entreprises tricolores se portent mieux dans l'après-Covid. C'est le premier enseignement livré par l'enquête de France Clusters, un réseau national regroupant 80.000 entreprises organisées en 300 clusters, pôles de compétitivité et territoires d'industrie. Menée cette année auprès de 13.000 entreprises réunies en 50 clusters en France, la démarche consistait également à identifier les PME industrielles françaises innovantes à forte croissance.

« Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé une croissance de 6% en 2021, et la bonne surprise, c'est que 84% des entreprises en clusters et pôles disent que cet objectif de croissance est à leur portée », souligne Xavier Roy, le directeur général de France Clusters, commentant les résultats dévoilés ce 1e décembre, dans le cadre de la 3e édition du forum Filex France.

Et de citer quelques exemples, parmi lesquels l'entreprise Febus Optics (19 salariés, 1,8 million d'euros de chiffre d'affaires en 2020, dont 50% à l'export) à Pau (64), spécialisée dans la maintenance prédictive d'ouvrage par fibres optiques, qui se diversifie dans le secteur des énergies renouvelables et cherche à lever 6 à 7 millions d'euros. Ou encore Bio-UV à Lunel (34), spécialisée dans la désinfection par ultra-violets, dont le chiffre d'affaires (70% à l'export) est en forte progression (+ 28% au premier semestre 2021).

Une croissance attendue de 10% par an

Si le contexte de reprise post-Covid-19 est plutôt porteur, l'avenir semble lui aussi s'annoncer sous de bons auspices. Selon l'enquête, 47% des clusters et pôles annoncent que plus de dix entreprises membres verront leur chiffre d'affaires croître de plus de 10% par an durant les trois prochaines années. Soit, par extrapolation, plus de 1.500 entreprises.

« C'est par exemple le cas de Algolesco, membre du pôle Brit'inov en Bretagne, première ferme marine européenne qui fait de la culture d'algues en haute mer avec un chiffre d'affaires de 1,2 million d'euros en 2021 et qui prévoit de monter à 7 millions d'euros en 2025, illustre Xavier Roy. Ou de l'entreprise Cyclade, membre de Polymeris, sur la production d'écoplastiques, et qui cherche 4 ou 5 millions d'euros pour passer à une échelle industrielle. »

Mais il y a un mais... Ces estimations prometteuses sont en effet tempérées par les difficultés que les entreprises rencontrent pour trouver et recruter les bonnes compétences en raison de l'inadéquation entre besoin de compétences et offre de formation : 51% des pôles et clusters déclarent que 60 à 100% de leurs entreprises ont des recrutements en cours, soit au moins 24.000 entreprises.

Une zone grise dans le financement

« Notre enquête a identifié 700 PME innovantes de forte capacité de croissance, ajoute Xavier Roy. 83,7% des clusters et pôles annoncent que des entreprises de leurs réseaux sont à la recherche de fonds propres nécessaires à leur développement. »

Car c'est là l'autre frein à la croissance identifié par les clusters et pôles : la difficulté à se financer. Selon 34,8% des clusters et pôles, leurs entreprises ont besoin de nouveaux outils de type capital innovation "late stage"*

« En France, il y a encore beaucoup de capital-risque orienté startups, et des outils de financement de capital développement pour accompagner les moyennes et plus grosses entreprises sur de gros tickets, mais il y a une zone grise au milieu, sur le capital innovation "late stage" », regrette Xavier Roy.

Sylvain Boucher, le président de France Clusters depuis la fin octobre 2021 (délégué France de Veolia, également président d'Aqua Valley et de France Water Team), explique ce décalage entre besoin et offres de financement : « Ces entreprises ont souvent besoin de faire des levées de fonds de 3 à 12 millions d'euros. C'est vraiment du 'middle stage', pour un changement d'échelle. Aujourd'hui, l'argent ne manque pas mais cette étape intermédiaire où l'entreprise est sortie de la démarche de croissance des capitaux-risqueurs et veut changer d'échelle est très mal financée en France. Donc ces entreprises ne trouvent pas de financements auprès des fonds tels qu'ils sont organisés actuellement. Le risque, c'est que ces entreprises perdent leur leadership par manque de fonds ou alors qu'elles se fassent racheter par des capitaux étrangers, avec la possibilité de les voir quitter la France. Après avoir bénéficié de financement français, elles se retrouvent à ne pas poursuivre leur aventure en France ».

Créer des fonds "late stage"

Pour remédier aux difficultés de recrutement et d'adéquation des compétences, France Clusters annonce la mise en place d'un partenariat avec les Écoles de production (41 établissements d'enseignement technique formant plus de 1.200 élèves de 15 à 18 ans par an, qui travaillent sur commandes industrielles) pour aider leur déploiement, les rapprocher des réseaux territoriaux de PME et faciliter le recrutement de compétences adaptées à leurs besoins.

« Concernant les besoins en financement, France Clusters plaide pour la création d'un ou plusieurs fonds d'innovation "late stage", voire d'un fonds de fonds pour accompagner certains véhicules financiers existants vers cette cible de projets industriels », ajoute Xavier Roy.

Un besoin qui avait également été identifié par l'étude-expérimentation menée sur le même sujet par France Clusters, la Banque des territoires et l'ANCT dans la cadre de « Territoires d'industrie » en 2020.

« L'écosystème coopératif des clusters/pôles génère des entreprises prometteuses et les doter des fonds dont elles ont besoin leur permettront d'être pleinement parties prenantes de la croissance et du développement des filières stratégiques dans le cadre de France 2030 », rappelle Sylvain Boucher.

Late stage (selon France Clusters):* Capital-investissement dédié aux projets innovants dont la R&D est validée, les premiers clients identifiés, n'affichant pas encore de rentabilité pour cette nouvelle activité.

Cécile Chaigneau

5 mn

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Commentaires 3
à écrit le 02/12/2021 à 14:01
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30 ans que les économistes réclament des fonds de pension français, pour financer et sécuriser le capital. Hélas , l'idéologie dominante des politiques interdit ce type de financement privé. C'est une des raisons de la faiblesse chronique de nos PM...

à écrit le 02/12/2021 à 7:03
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Manque de competences ! Comme c'est curieux. Quand j'ai termine mes etudes dans une ecole renommee jeune. j'ai cherche un job pour mettre en pratique ce savoir si durement acquis. Reponse de toutes les boites, "vous etes trop jeune". Je suis parti au...

à écrit le 01/12/2021 à 21:05
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le diable est dans le detail; on a compris qu'il y a plein de besoin, mais on ne voit pas le reste; last but not least, tout le monde connait les lois a la francaise, largement renfocee sous hollande et dont le point d'orgue est la loi ecolo ecocide ...

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