Tigre, Rafale, Caracal... : "il faut que ça vole" (Florence Parly)

 |   |  1281  mots
La disponibilité des aéronefs de l'armée française s'est dégradée alors que les crédits ont augmenté en cinq ans... de 25%
La disponibilité des aéronefs de l'armée française s'est dégradée alors que les crédits ont augmenté en cinq ans... de 25% (Crédits : © 2009 AFP)
La ministre des Armées a lancé une réforme du maintien en condition opérationnelle (MCO) des matériels aéronautiques (avions et hélicoptères). Elle veut en simplifier son organisation et confier des contrats de long terme à l'industrie.

Pour Florence Parly, les errances du maintien en condition opérationnelle (MCO) dans l'aéronautique, ça suffit! Car la disponibilité des aéronefs français (avions ou hélicoptères) est globalement inférieure à 50%. C'est donc moins d'un appareil sur deux qui est capable de partir en mission. Et avec le temps, la disponibilité s'est dégradée alors que les crédits ont augmenté en cinq ans... de 25% (4 milliards en 2017 contre 3,2 milliards d'euros en 2012). Pire, cette croissance du budget MCO a eu parfois un effet inflationniste sur les prix. Ainsi, le coût d'une heure de vol d'hélicoptère Caracal a pratiquement doublé passant de 19.000 euros en 2012, à 34.000 euros en 2016. Soit une hausse vertigineuse de 81% sans aucune amélioration sur la disponibilité de cette flotte.

En 2000, la disponibilité des aéronefs français s'élevait à 55%, elle a chuté à 44% aujourd'hui. "Cette situation n'est pas tenable, j'en ai donc fait une priorité personnelle", a expliqué ce lundi Florence Parly sur la base aérienne 105 d'Evreux-Fauville (Eure), où elle a présenté le plan de modernisation du MCO aéronautique. D'autant plus que cette situation a un véritable impact sur les opérations des armées, qui n'ont pas toujours les matériels souhaités disponibles à l'instant T, alors que les engagements de la France sur les théâtres d'opérations dépassent l'ambition affichée dans le Livre blanc d'environ 30% : les équipages ne peuvent plus s'entraîner, la formation des pilotes est fortement contrainte, les techniciens sont sur-sollicités, le potentiel des aéronefs déployés n'est plus régénéré et, enfin, les ressources pour les acquisitions baissent mécaniquement.

"Cette situation n'est donc plus tolérable", a-t-elle martelé. (...) "Nous achetons pour voler, pas pour stocker : ni dans des hangars ni sur des parkings".

Pas qu'une question de moyens

Dans ce contexte, la ministre des Armées se refuse désormais à "payer plus pour voler moins". C'est dans ce contexte que Florence Parly a décidé de réformer l'organisation du MCO, qui est "aujourd'hui est trop complexe, trop segmentée", a-t-elle constatée. De même, la gouvernance de ce système "implique trop d'acteurs, leurs responsabilités sont trop diluées, trop redondantes".  Et d'expliquer que "ce n'est pas qu'une question de moyens. Les moyens sont là, dans les domaines financiers, techniques et humains, ces moyens ont augmenté, mais ils demeurent insuffisamment exploités par des façons de faire et une organisation interne en partie inadaptées et qu'il faut donc réformer".

La ministre a confié la gouvernance au chef d'état-major des armées, qui fixera en lien avec les chefs d'état-major de l'armée de l'air, de l'armée de terre et de la marine, "les objectifs de haut niveau, tels que l'activité, la disponibilité, les budgets et les ressources humaines allouées". La ministre estime que c'est le "meilleur moyen pour instruire la cohérence entre les objectifs des armées et les ressources qu'elles y consacrent, décider des harmonisations interarmées".

La SIMMAD au cœur du pilotage

La structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la Défense (SIMMAD), qui sera transformée en une direction de la maintenance aéronautique (DMAé), a été désignée par la ministre maître d'ouvrage de ce nouveau système en vue de rendre les aéronefs disponibles. Cela suppose que la SIMMAD (1.500 personnes) "se concentre sur l'élaboration de la stratégie du MCO aéronautique, et notamment sa stratégie contractuelle, et sur le pilotage de haut niveau des contrats de maintenance", a expliqué Florence Parly. Cette direction, qui sera effective au 1er mars prochain, sera placée sous l'autorité directe du chef d'état-major des armées, et sera responsable de la performance du MCO aéronautique.

Quel rôle pour la direction générale de l'armement (DGA)? Elle continuera à contribuer à l'élaboration de cette stratégie de soutien. Notamment elle la déclinera au moment de l'acquisition d'un nouveau matériel, à travers un contrat qui inclura le soutien dans les premières années d'utilisation. "La conception de nos équipements neufs doit désormais être systématiquement pensée en intégrant leur future maintenance, dont les coûts excèdent bien souvent le prix d'achat, a affirmé la ministre. C'est en coût global qu'il nous faut maintenant absolument raisonner, avant d'engager l'achat de matériel neuf". En outre, la DGA devra mettre à disposition de la DMAé "des personnels hautement qualifiés", a fait observer la ministre.

"Quant au système d'information du MCO aéronautique, j'ai donné comme instruction à la DGA de poursuivre l'examen des options alternatives reposant sur des logiciels déjà développés et capables de satisfaire le besoin dans un coût et des délais acceptables", a indiqué Florence Parly.

Des contrats de long terme confiés aux industriels

C'est pour cela que la DMAé devra généraliser le recours à des contrats de soutien longs et globaux, qui seront confiés à un maître d'oeuvre principal, et particularisé à chaque flotte. La ministre veut éviter l'exemple de l'hélicoptère Tigre, dont le MCO est actuellement géré par 30 contrats différents. Ce qui va toutefois obliger la future DMAé à embaucher des experts juridiques solides pour signer des contrats complexes. Car les industriels vont ramasser la mise en étant responsabilisés "de bout en bout".

Florence Parly appelle les industriels à avoir recours "massivement à une industrie 4.0 reposant sur des technologies intelligentes : la numérisation, la robotisation, l'impression 3D, le big data, la fusion de données".

Le recours aux plateaux industrie-forces armées et aux guichets logistiques industriels sur les bases aéronautiques sera systématisé. Les armées se désengageront donc de la logistique aéronautique, hors opérations extérieures (OPEX). La globalisation des contrats avec les nouvelles relations entre les armées et les industriels sont mises en place sans attendre sur toutes les flottes hélicoptères ainsi que sur les contrats arrivant à échéance dans les prochains dix-huit mois, y compris le Rafale.

Le SIAé doit évoluer

La question du positionnement du Service industriel de l'aéronautique (SIAé), qui emploie 4.500 personnes, n'a pas été tranchée. Elle a été soulevée par le rapport Chabbert, sur lequel s'est appuyée Florence Parly pour lancer sa réforme sur le MCO. Le ministère explique que "ce point spécifique doit continuer à être instruit". Une étude complémentaire sera donc menée dans les six prochains mois pour identifier les éventuelles évolutions à apporter pour conférer au SIAé davantage de liberté d'action en matière d'achats industriels, de partenariats ou de ressources humaines.

"Je crois profondément en l'utilité de disposer, au service de l'Etat, d'un outil industriel apte à concevoir et effectuer des solutions de réparation innovantes et de haut niveau", a affirmé Florence Parly. (...) Je considère que les objectifs qui doivent guider notre stratégie pour le SIAé sont d'abord la performance industrielle et économique".

La réforme consolide donc le rôle du SIAé comme acteur central du MCO Aéronautique. Il conservera en toute hypothèse son statut public. Pour le ministère, le SIAé reste un avantage car il est capable "de remettre en question dans certains domaines choisis les entreprises privées, qui seraient à défaut placées dans une situation de monopole trop confortable", a expliqué la ministre. Le SIAé permet également à l'État d'entretenir de façon optimisée ses aéronefs tout au long de leur cycle de vie en repoussant les frontières de l'obsolescence beaucoup qu'un industriel le ferait.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/12/2017 à 10:29 :
Bel article
a écrit le 13/12/2017 à 10:27 :
Lol, je n'aimerais pas être au service de maintenance des appareils.

Être dirigé sur de la maintenance par quelqu'un qui n'a même pas un diplôme d'ingénieur, mais un diplôme es. pipeau/complexité Sicence Po. ENA, et qui a gagné des centaines de k€ dans certaines sociétés très endettées, en voilà une bien bonne humiliation pour tous ces ingénieurs et mécaniciens de l'armée.
a écrit le 13/12/2017 à 7:32 :
Le problème date de plus de 20 ans quand il a été décidé de "centraliser" les stocks de pièces. L'absence de pièces au plus près des besoins et "l'optimisation" basé sur un calcul des stocks minis fixé par le budget et non par les besoins a fait le reste.
Il n'y a globalement pas assez de pièces détachées et elle ne sont pas là ou il faut.

C'est toute la conception qui est à revoir avant même un problème de budget.
a écrit le 12/12/2017 à 18:00 :
Les 3 Armées ont besoin de suite de 60M / An ( réhaussés de 4% / An ) en Equipement et entrainement. Le saupoudrage !!!!! actuel de 30 M / An , c'est de la Hard Euthanasie . Paroles Inutiles Macron-Darmanin-Parly . Les français Aiment leurs militaires, mais ont perdu toute illusion quant à LA RUINE de leurs armées.
Réponse de le 13/12/2017 à 0:53 :
Et la saupoudrage et illusoire " loi de programmation militaire " ( Hard-Euthanasie ) ne trompera UNE FOIS DE PLUS, personne. Qui ignore qu'aucune n'est Jamais. HONOREE. Bercy-Darmanin la mutilera chaque année. Du rien, il n'en restera que du moins que rien. La finalité non avouable : la poursuite dé la liquidation dans la durée
a écrit le 12/12/2017 à 8:18 :
Une comparaison avec les UK ou autre paraissait indispensable dans cet article... Combien de colonel et autres chapeaux à plumes pour gérer "un garage"?
a écrit le 11/12/2017 à 23:14 :
Pour la SNCF on convoque , pour l'Armée on tape du point sur la table ....
Communication pour les crédules .....
a écrit le 11/12/2017 à 21:12 :
Personnellement, je crois que faire effectuer la MCO par des entreprises civile est une. Très mauvaise idée.... Mais le constat est accablant, faible disponible pour des matériels pratiquement neufs et un prix élevé en terme de budget de fonctionnement....
Il me semble important de changer la donne....
Il y a 10 àns tous fonctionner beaucoups plus et coûter beaucoups moins chère.... Chercher le probleme....
a écrit le 11/12/2017 à 21:01 :
Voila les industriels ont gagné..ils vont continuer à engranger du pognon de l'état pour un résultat de performance nullissime. Normal il faut sauver le soldat Airbus...Le MCO c'est copinage entre les copains. Tous les industriels ont un général à "la retraite"dans la manche pour parler avec leurs anciens camarades en service.
Le SIAé c'est l'état dans l'état...c'est pire que les industriels...mais bon çà sert à placer des copains.
Le jour ou la dga fera le travail pour lequel elle est payé çà ira peut être mieux.
Réponse de le 13/12/2017 à 7:26 :
Airbus est très minoritaire dans la fourniture des armées. Les pièces détachées sont fournies directement par les fabricants. Airbus produit que très peu de pièces hors structure.
a écrit le 11/12/2017 à 20:27 :
il est sur que certains se sont goinfres sur les prix de la maintenance. pas d obligation de résultat alors pourquoi mettre de la performance que la ministre indexe le coût de la maintenance sur un taux de disponibilité comme pour les trains (contrat privé type italo ) et le taux va remonter subitement. quelques licenciements de profiteurs corrompus ne feront pas de mal.
a écrit le 11/12/2017 à 18:51 :
Avec 40 à 50 000 avions qui volent chacun 18 heures par jour environ, heureusement que les compagnies aériennes et les utilisateurs privés d'hélicoptères n'utilisent pas les méthodes de la MCO.
a écrit le 11/12/2017 à 17:58 :
Il me semble qu'on oublie que civil et militaire sont 2 entités bien distinctes à l'opposé l'une de l'autre : le militaire c'est pour faire la guerre et etre détruit en combat : c'est du consommable à courte durée de vie . Vouloir une approche qui dure des années et encore plus, c'est contradictoire avec la finalité de ces matériels que les industriels de l'armement n'ont jamais pensé pour qu'ils durent et qui sont obsolètes dès leur mise en service .
Réponse de le 11/12/2017 à 21:43 :
Vous pensez vraiment que les pilotes veulent être détruits au combat avec leurs hélico? Vous les prenez pour quoi?

Le problème est bien évidemment ailleurs. Il y a quantité de matériel immobilisé faute de pièces détachées et sur 60 camions il y en a 40 qui ne peuvent plus rouler parce qu'on a du les utiliser comme banques de pièces, faute de crédits pour acheter des pièces neuves. 15 années de compression des budgets de fonctionnement ça laisse des traces

Et ça marche pour les camions comme pour les visées de Char Leclerc ou même des hélicos à plusieurs millions d'euro pièces. Plus de la moitié des Caracals est cloué au sol et le reste vole en condition dégradées au Mali du fait d'une conception à l'économie des filtres anti-sable...(un clone de Parly est passé à l'époque pour faire "comprimer les couts").

On pourrait aussi parler des VAB, mis en services avant la naissance e leurs servants, qui ne protègent plus guère et qu'on maintien à un prix à peine moins élevé que du matériel neuf.

Etc etc...
a écrit le 11/12/2017 à 17:47 :
Pour voler en hélico et en avion il faut des machines, des hommes, et de l'argent. On commence par quoi ? Ben, par "une réduction de 850 millions d'euros pour les armées" (petit chef Macron). La méthode Coué a ses limites.
Réponse de le 11/12/2017 à 19:30 :
Mais heureusement y a un ministre !
a écrit le 11/12/2017 à 16:46 :
et oui elle a raison, elle ministre des armées veut que ça vole, car les ministres précédents ne voulaient pas que ça vole. Mais honnêtement y-a-t'il communication plus populiste???
Réponse de le 11/12/2017 à 19:29 :
Oui, nous aussi on veut que ca vole, sinon gare !
Réponse de le 11/12/2017 à 21:09 :
Le 13 Juillet soir, Macron aux Armées " je suis votre chef ". Les trois Armées sont en RUINE INTEGRALE. Lorsqu'une entreprise est en ruine, Ce Chef, c'est LE LIQUIDATEUR JUDICIAIRE : Maitre Macron est le liquidateur des Armées, Darmanin Adjoint jouissif du liquidateur, et Parly sous-adjointe.
a écrit le 11/12/2017 à 16:43 :
cf. article "L'Armée allemande n'existe plus" de Slate du 22/02/2015 (reprenant des infos de la TV publique allemande ARD ou du journal Washington Post).
Le magazine allemand Focus disait en novembre que seuls 95 chars Leopard 2 sont opérationnels sur 244. en octobre, la presse allemande disait aussi que leur seul sous-marin encore opérationnel (un U-35) avait été endommagé au large de la Norvège.
les forces armées du UK sont aussi mal en point avec la forte austérité depuis 2010.
a écrit le 11/12/2017 à 16:24 :
c'est partout pareil. ou même pire. cf l'article de L'Opinion de septembre 2014 sur l'état désolant de l'Armée allemande. ou l'article de septembre 2016 de Bloomberg sur les gros problèmes des équipements militaires US - notamment les hélicoptères - causés par le manque de maintenance du fait de la rigueur budgétaire.
a écrit le 11/12/2017 à 16:12 :
"...Notamment elle la déclinera au moment de l'acquisition d'un nouveau matériel, à travers un contrat qui inclura le soutien dans les premières années d'utilisation..."
Parce que jusqu’à présent, ce n’était pas le cas ? J'hallucine !! nous sommes vraiment gouvernés par des incapables ! on apprend quoi exactement dans les "prestigieuses" Écoles de la République, à part la communication ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :