Câbles sous-marins : quand l'Etat français brouille la stratégie de Nokia
Michel Cabirol et Pierre Manière

ASN
Reuters
Michel Cabirol et Pierre Manière

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C'est l'un des dossiers les plus explosifs du moment où s'entrechoquent la souveraineté de la France et les intérêts d'un puissant groupe étranger. Un dossier où tout ou presque se passe dans les coulisses et où, de fait, très peu de bulles remontent encore à la surface. De quoi parle-t-on ? Alors que Nokia discute avec plusieurs mois d'une cession de sa division de câbles sous-marins (Alcatel Submarine Networks) valorisée autour de 800 millions d'euros, l'État français livre au groupe de télécoms finlandais une guerre discrète mais sans concession sur cette opération. Les offres reçues par Nokia concernent plutôt l'ensemble du périmètre d'Alcatel Submarine Networks (ASN) plutôt que celle d'une sous-partie de la partie électronique d'ASN.
Pour la France, il n'est pas question que Nokia cède à n'importe qui ces activités héritées du rachat du franco-américain Alcatel-Lucent, explique-t-on à La Tribune. Car les câbles sous-marins, un actif au cœur des flux de communications mondiaux, constituent un véritable enjeu stratégique pour les États, dont la France. Numéro un mondial du secteur, ASN est d'ailleurs un opérateur d'importance vitale (OIV) au sens du code de la défense et joue de facto un rôle clé dans le dispositif des services de renseignements français.
Dans ce conflit, Paris a donc rappelé discrètement mais fermement à plusieurs reprises aux dirigeants français de Nokia de coopérer dans la cadre de cette vente si elle devait se confirmer. L'État a d'ailleurs sa petite idée sur un éventuel acheteur. Très récemment vers la mi-mars, les dirigeants de Nokia France, dont Thierry Boisnon, ont été convoqués pour un nouveau rappel à l'ordre, et l'État français a confirmé leurs obligations confidentielles vis-à-vis d'ASN sous peine de gros ennuis judiciaires. Interrogé par La Tribune, Nokia France ne fait "pas de commentaire" sur ce rendez-vous. "Comme nous l'avons déjà dit, nous continuons de regarder les différentes options possibles concernant ASN", nous assure-t-on.
En décembre dernier, Thierry Boisnon n'avait pas souhaité donner l'identité des candidats potentiels à un rachat d'ASN. Il y en aurait deux ou trois. Le patron de Nokia France avait seulement précisé que Nokia "avait plutôt tendance à imaginer une solution" de cession à un acteur industriel et "à penser que l'investissement ne doit pas être seulement financier". Orange ? Du côté de l'opérateur, la possibilité de racheter ASN est tout bonnement "inenvisageable", affirme une source proche de l'état-major du leader français des télécoms.
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Selon nos informations, Orange y serait opposé pour deux raisons. La première, c'est que l'essentiel de la valorisation d'ASN (environ 80%, nous dit-on) est constituée par son usine de production de câbles de Calais. Or si Orange est actif dans la pose de câbles sous-marins à travers sa filiale Orange Marine, il ne souhaite pas devenir un fabricant de câbles et un gestionnaire d'usine. Orange n'a aucun compétence en la matière et argue que ce n'est pas son métier. La seconde raison est que l'opérateur ne veut pas devenir le fournisseur de ses concurrents en matière câbles sous-marins, qu'il deviendrait de facto s'il faisait l'acquisition d'ASN.
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Michel Cabirol et Pierre Manière