Confrontée à des enjeux inédits, la filière aéronautique défense se réinvente dans un monde mouvant.Secteur de performance, secteur de haute technologie, secteur d'excellence... Les superlatifs ne manquent pas pour parler de l'aéronautique-défense. Mais c'est avant tout un secteur de défis, et ceux-ci ne manquent pas dans une période agitée par des chocs à répétition et soumise à de fortes tensions industrielles comme géopolitiques. Sans oublier l'impérieuse nécessité de décarbonation.
1. Répondre à une demande d'une ampleur inédite
Après deux ans de marasme suivis de longs mois d'incertitude, le trafic aérien a repris de plus belle. Selon l'Association internationale du transport aérien (Iata), principale représentante du secteur, un record absolu sera battu cette année avec 4,7 milliards de passagers attendus. Et ce chiffre doit quasiment doubler d'ici 2040. Dans le même temps, les compagnies aériennes doivent accélérer le renouvellement de leur flotte avec des avions plus économes en carburant, pour améliorer leur rentabilité tout en réduisant leurs émissions.
La demande en avions neufs atteint dès lors des sommets. Airbus a vendu plus de 2 300 avions l'an dernier, du jamais-vu. Le constructeur européen a un carnet de commandes de plus de 8 600 avions, soit près de dix ans de production. Pour espérer recevoir un A321neo - le best-seller mondial -, mieux vaut viser 2030. Malgré ses déboires à répétition ces dernières années, Boeing n'est pas à plaindre non plus avec plus de 6 200 avions à livrer.
Une perspective incroyable qui n'est pas sans contrepartie. Afin de répondre à cette demande, les avionneurs et leurs sous-traitants se sont lancés dans une course contre la montre pour monter en cadence. Et celle-ci est parsemée d'embûches. « Nous sommes dans une situation étonnante : la demande n'a jamais été aussi forte dans le domaine civil comme militaire et l'offre n'a jamais été aussi fragilisée », lâchait ainsi Olivier Andriès, directeur général de Safran, à La Tribune il y a quelques jours, pointant la difficulté à recruter et à former d'abord des ingénieurs et désormais des opérateurs, les chocs énergétiques et inflationnistes, les goulots d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement...
Michel Cabirol et Léo Barnier