Défense : Airbus compte-t-il pour du beurre au Japon ?

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Airbus Helicopters a refusé de participer au Japon à un appel d'offres avec le NH90 dans sa version navale
Airbus Helicopters a refusé de participer au Japon à un appel d'offres avec le NH90 dans sa version navale
Les groupes américains sont-il avantagés par rapport au géant européen au Japon? Après l'invraisemblable échec en juillet dans un appel d'offres portant sur des hélicoptères, Airbus Group a successivement dû jeter l'éponge au Japon en ne participant pas à deux appels d'offres lancés par le ministère de la Défense japonais.

Le groupe Airbus vient de prendre trois grosses claques au Japon en très peu de temps dans la défense, et plus particulièrement dans des domaines où le géant européen a pourtant du succès : Airbus Helicopters deux fois et Airbus Defence and Space (avions ravitailleurs). Des déboires d'autant plus surprenants qu'ils interviennent au moment où l'Europe et le Japon vont prochainement conclure d'ici à la fin de l'année un ambitieux accord de libre-échange. Tokyo joue-t-il vraiment le jeu?

La filiale hélicoptères du groupe européen a d'abord perdu en juillet un contrat imperdable à sa très grande surprise. D'où le communiqué dépité fin août du constructeur de Marignane qui "confirme son extrême surprise à la suite de l'annonce faite par le ministère japonais de la Défense le 17 juillet".  Et pourtant Airbus Helicopters proposait à Tokyo de codévelopper et de cofabriquer le programme X9, un hélicoptère de 4 à 5 tonnes. Mais le ministère de la Défense japonais s'est tourné vers "une plate-forme existante et ancienne", le Bell 412. Les Etats-Unis ont-ils forcé la main aux Japonais pour ne pas perdre ce contrat au moment où les tensions en mer de Chine sont extrêmes?

Airbus Helicopters jette l'éponge

Puis mardi, Airbus Helicopters a annoncé avoir jeté l'éponge au Japon dans le cadre d'un appel d'offres de Tokyo qui souhaite s'équiper d'un hélicoptère naval destiné à la Force maritime d'auto-défense. Le constructeur franco-allemand, qui voulait vraisemblablement proposer le NH90 dans sa version navale (NFH), a estimé que la demande du ministère de la Défense japonais, qui privilégie "l'importance du contenu local par rapport à la performance opérationnelle réelle", ne lui permettait pas d'avoir des chances de succès.

"Il est presque impossible pour Airbus Helicopters de prendre part à cette compétition bien que nous estimons avoir la plate-forme la plus appropriée pour répondre aux besoins opérationnels" de la marine japonaise, a-t-il expliqué. D'où la "décision de ne pas participer à cet appel d'offres".

Airbus Defence and Space aussi

Enfin, Airbus Defence and Space a estimé en septembre que les chances de gagner de l'A330 MRTT au Japon étaient trop faibles compte tenu des conditions qui tendaient trop à orienter le choix vers les appareils du concurrent américain Boeing. Officiellement, le ministère japonais de la Défense pensait effectuer un choix entre le modèle KC-46A et les A330 MRTT. Mais Airbus ne souhaite pas jouer le lièvre dans cet appel d'offres. La date limite pour le dépôt des offres était le mercredi 9 septembre.

Dans un communiqué, Airbus DS a expliqué avoir été contraint de "conclure qu'il n'y avait pas de perspective réaliste de remporter cette compétition". L'avionneur a estimé que le fait de permettre à l'offreconcurrente de passer par le système américain de ventes militaires à l'étranger "sans mécanisme permettant d'établir une comparaison équitable du prix rend extrêmement difficile pour toute autre compagnie de participer à la compétition". En outre, "l'efficacité de combat accrue de l'A330 MRTT doit être prise en compte dans toute comparaison avec un avion plus petit et moins efficace", a-t-il ajouté.

L'A330 MRTT, un best-seller à l'export

L'A330 MRTT a déjà gagné six contrats à l'export, tous presque face à son concurrent américain. Dernier en date en Corée du Sud, qui est le sixième pays à l'exportation à opter pour l'A330 MRTT, après Singapour, l'Australie, l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Royaume-Uni, qui ont commandé 34 exemplaires au total. L'A330 MRTT a également été sélectionné par l'Inde (six appareils), le Qatar (deux) ainsi qu'une commande de l'Agence européenne de défense (AED) pour le compte des Pays-Bas, de la Pologne et de la Norvège (4 appareils). A chaque appareil vendu à l'export, la part française s'élève à un tiers du contrat sur ce type d'appareils. A ce jour, 24 A330 MRTT sont en service au sein de quatre pays.

L'A330 MRTT a rendu les armes seulement deux fois dans les compétitions auquel il a participé. Aux États-Unis en 2011 après un combat de titan face à Boeing pour le contrat du siècle qui représentait 179 avions ravitailleurs pour une valeur totale de 35 milliards de dollars. Plus récemment au Brésil, Airbus a dû affronter un concurrent israélien, qui proposait la modernisation de KC-767 de Boeing à des prix extrêmement bas. Mais la compétition a été finalement annulée par Brasília.

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Commentaires
a écrit le 18/09/2015 à 14:11 :
Les Américains ont TRES MAL vécu l'achat il ya deux ans par JAL de 31 A350 et la perte de leur chasse gardée sur l'aviation civile. Gageons qu'ils ont bien su se faire comprendre pour conserver leur prérogatives concernant le militaire.
a écrit le 16/09/2015 à 21:18 :
Le nouveau ravitailleur KC-46A de Boeing, pompeusement baptisé "Pegasus", est
une vraie catastrophe. Il n'a aps encore volé et le programme a déjà deux ans de
retard. Boeing a déjà subi des pénalités pour près d'un milliard de $. Ses
performances sont bien inférieures à celle du 330-MRTT et les malheureux
pilotes de l'USAF pleurent dans leur casque en restant pour longtemps encore
aux commandes de leurs antiques KC-135, qui ne tiennent plus que par la
peinture. Les manoeuvres politiques et scandales de corruption ont mené ce
programme au fiasco. Et les Japs ont été obligé de s'y joindre. Les Coréens s'en
sont bien tirés.
a écrit le 16/09/2015 à 13:01 :
Pour les japonais l’Europe est un marché les US un partenaire. En cas de conflit avec la Chine les japonais feront appel aux américains pas aux européens un continent sans grande ambition et moyens militaires. Et puis un peu de cynisme les politiciens japonais ont-ils une nostalgie de leur puissance militaire d’antant stoppée par Hiroshima une victoire!!!américaine, jalousée par cette classe politique et son armée, pas la victoire mais la bombe bien sur . Airbus a raison de refuser de servir de lièvre pour faire éventuellement baisser le prix. Par contre Airbus pourrait vendre des hélicos militaires aux Chinois juste pour montrer aux japonais que leur refus de prendre en considération la Ste européenne pourrait se retourner un jour contre eux.
Réponse de le 16/09/2015 à 16:27 :
Vendre à la Chine, oui ! Mais, les livrer ensuite, ce n'est pas sûr...
Réponse de le 17/09/2015 à 14:48 :
Ont l'a déjà fait sous Mitterrand et c'est bien pour ça qu'aujourd'hui ont en paye les frais, ça plus le lobby de la défense US.

On a vendu plusieurs Gazelle à la Chine (sans l'armement certes à cause de l'embargo de l'époque, mais les Chinois se sont empresser des les armés de rétro-ingénierie iranienne du missile TOW), ça a fortement déplu au Japon.

Les gouvernements français depuis la seconde guerre mondiale n'ont fait que piétiner notre relation, au dépit de points commun dans l'industrie du numérique et des recherches en robotiques.

Depuis une dizaine d'année ont commence à peine à sortir la tête de l'eau, il y a eu beaucoup de partenariat dans la défense électronique, et l'électronique tout courts ainsi que dans la robotique et très récemment un rapprochement entre les chercheurs de l'agence spatiale européenne et japonaise. Aussi, il y a quelque mois, un première exercice militaire commun entre la Marine Nationale et la JMSDF a été effectué notamment avec le BPC Mistral.

Vendre à la Chine aujourd'hui ne servirai a rien de toute manière, les chinois ont développés de la matière grise depuis quelques années et ont leur propres programmes d'armement (beaucoup de rétro-ingénierie ceci étant dit). D'ailleurs la Chine exporte plus d'armes que nous aujourd'hui.
a écrit le 16/09/2015 à 12:46 :
Les européens ont deja vendu du materiel militaire aux USA .L'armée de terre americaine a deja choisie un helicoptere européen avec des moteurs français (société Turbomeca ) .Mais il y a un hic !C'est que l'helicoptere et le moteur devaient etre fabriqué aux USA ce qui a été fait .Les européens ont montés des usines là bas on le voit actuellement avec les avions civils d'Airbus .Consequence ,aucun emploi en Europe pour ces marchés, l'argent public americain reste bien aux USA .Airbus (plus Eurocopter ) pourra rapatrier les dividendes (les entreprises étrangeres aux USA paient l'impot sur les société aux USA ),mais comme la lutte a été acharnée sur les prix avec les entreprises americaines ,ils serront obligatoirement maigres .Seul petit espoir de gains substantiels , si il y a des composants fabriqués en europe (les pieces de rechange dont ils ne pourront se passer )on pourra esperer gagner un peu d'argent mais faut pas rever au niveau travail donc emplois......
Réponse de le 16/09/2015 à 13:23 :
bonjour, Les entreprises étrangères sont imposables et taxables selon le mode de fiscalisation local y compris les défiscalisations possibles. Pour l’instant l’usine d’Alabama sera approvisionnée en pièces depuis l’Europe grâce d’ailleurs à un euro compétitif. Pour ce qui est de l’emploi cela ne s’arrête pas aux ateliers mais aux centres de R&D qui emploient de nombreux techniciens et ingénieurs de différentes nationalités d’ailleurs pour les grands groupes. Une implantation à l’étranger pour ces groupes est toujours synonyme de croissance dans le pays d’origine et ceux qui ont mis en place un intéressement les salariés dont français en l’occurrence profitent de cette croissance car les résultats sont souvent au niveau du groupe et non à l’identité locale. Un peu de précision ne fait pas de mal car la fermeture des frontières ou le replie sur un marché français étendu à l’Europe ne serait pas porteur de croissance mais de décroissance pour les grands groupes et par ricochet pour leur sous-traitant implantés en France, ne parlons pas de la balance des paiements qui serait catastrophique et remettrait en cause bien des avantages sociaux pour l’ensemble de nos concitoyens.
a écrit le 16/09/2015 à 12:29 :
Ce n'est pas seulement un probleme purement militaire et géostrategique, mais plus globalement un probleme commercial.Quand on voit ce que le Japon vend aux USA, le deséquilibre commercial est patent, tout à son avantage .Deja dans le passé sous Reagan ,les americains avaient tapés du poing sur la table et le Japon avait du accepter d'ouvrir beaucoup plus ses frontieres aux produits US .Sans le débouché du marché americain ,les exportations japonaises et donc leur économie serraient en grosse difficulté ,ils font donc patte douce surtout sur les produits militaires, chasse garde americaine depuis la fin de la guerre ,et puis bien sur c'est leur allié naturel dans la region .A l'evidence si un jour il y a un conflit chino-japonais ,on peut douter que les européens mettent le doigt dans l’engrenage bien que la notion d'OTAN (organisation du traité de l'Atlanique nord )devienne trés large actuellement ,comme si l'Atlantique pouvait aller jusqu'en mer de Chine ...............
a écrit le 16/09/2015 à 12:26 :
C'est le remerciement des Japonais aux américains pour leur avoir "collé" 2 bombes atomiques sur la "gueule".Les Japonais n'ont pas vraiment le choix des armes, au vu de l'histoire politique, économique et militaire du Japon. Les américains les tiennent serrés par les "roubignolles", et ils ne sont pas prêts de relacher la pression.
a écrit le 16/09/2015 à 12:14 :
Le Japon est désormais le cinquante et unième état des USA tout au moins pour tout ce qui touche au militaire. Ils n'ont cure des coûts de possession faramineux qui vont généralement avec du matériel ancien (pour rappel le Transall exige plus de vingt cinq heures de maintenance pour une heure de vol). La deuxième guerre mondiale les a traumatisés et ils ne l'oublient pas.
a écrit le 16/09/2015 à 12:12 :
Techniquement Airbus a gagné à deux reprise le contrat pour les ravitailleurs américains.

Avant de jeter l'éponge après le SECOND remaniement de l'appel d'offre de L'USAF qui avantageait complètement Boeing.

C'est pareil au Japon, les japonnais se sont émancipé du matériel américain via Kawasaki Heavy Industries et vont équiper leur nouvelle armée d'un Trio C-2 pour transport, P-1 pour patrouille maritime et probablement d'une version ravitailleur pour remplacer leurs 767.

Toute maison étrangère s'embarquent dans des contrats conçus pour échouer.

Comment les autres font du protectionnisme?
Parce que sinon leurs politiciens se feraient lyncher aux lampadaires si ils se font chopper à injecter directement l'argent de leur administrés dans l'industrie européenne?

L'argent de la défense, c'est l'argent du contribuable, y a qu'en Europe qu'on est content de voir des milliards tous les ans injectés dans l'économie US.
a écrit le 16/09/2015 à 11:22 :
Les USA font valoir que leur ennemi commun est la Chine, et que si ils achètent des équipements made in USA, les manœuvres d'entrainement seront facilitées (et surtout que oncle Sam sera plus bienveillant vis-à-vis de Tokyo en cas de gros grabuge avec Pekin...).

On a fait grosso-modo la même stratégie dans les pays d'Afrique du nord, pour les ventes d'avions, de bateau et autres équipements (dans le cadre du large conflit Chiite/Sunnite).

Faut pas pleurer, c'est de bonne guerre; les Jap's en seront pour leur frais en coûts de maintenance (ce qui ne vas pas arranger leur problème chronique de dette...) et je pense qu'ils le savent bien, mais c'est ainsi, les ventes d'armes sont plus stratégique / politique / diplomatique que doté du bon sens du ratio cout de possession / capacité.
Réponse de le 16/09/2015 à 12:18 :
@Pedro ;En quoi les couts de maintenance des appareils militaires americains serraient ils plus élevés que ceux des appareils européens ???
a écrit le 16/09/2015 à 11:22 :
Le Japon a besoin des USA pour faire face à la Chine dans les années à venir. Le chantage est donc facile et énorme de la part de l'oncle Sam.
Il reste à Airbus le reste du monde, dont la Chine, ce qui n'est pas rien !

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