La France a été la cible d'une vingtaine de cyberattaques majeures en 2015

 |   |  834  mots
Le directeur général de l'ANSSI Guillaume Poupard a souligné un état des lieux particulièrement inquiétant en matière d'attaques informatiques plus fortes et mieux organisées
Le directeur général de l'ANSSI Guillaume Poupard a souligné "un état des lieux particulièrement inquiétant" en matière d'attaques informatiques "plus fortes et mieux organisées" (Crédits : iStock)
Le directeur général de l'ANSSI Guillaume Poupard a indiqué que la vingtaine d'attaques informatiques majeures lancées en 2015 contre la France a principalement concerné des entreprises. Soit clairement de l'espionnage économique.

Cela fait évidemment froid dans le dos même si, in fine, ce n'est guère surprenant. "Il faut savoir que la France a connu, en 2015, une vingtaine d'attaques majeures informatiques", a révélé le directeur général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), Guillaume Poupard, dans le cadre du premier rapport d'activité de l'Agence publié mardi depuis sa création en 2009. Interrogé sur les révélations du "Monde" sur un piratage américain de l'Elysée en 2012, il a répondu lundi lors d'un point presse portant sur le bilan de l'activité de l'ANSSI en 2015, qu'il ne confirmait pas ces informations.

Dans un contexte croissant d'attaques informatiques, le secrétaire général de la défense et la sécurité nationale (SGDSN), Louis Gautier, auquel l'ANSSI est rattachée, a pour sa part assuré lundi que "les mois qui viennent vont être marqués par la continuité des nos actions". Notamment dans le domaine de la prévention. "On n'est pas sur un effet de mode", a d'ailleurs expliqué le patron de l'ANSSI, qui a rappelé que dans ce domaine la France n'avait "pas d'amis mais des alliés".

Espionnage économique

Guillaume Poupard a souligné "un état des lieux particulièrement inquiétant" en matière d'attaques informatiques "plus fortes et mieux organisées". Mais il est resté très discret sur les attaques de grande ampleur lancées contre la France - sabotage ou prise de contrôle du système d'information à des fins d'espionnage -, à l'exception de celle subie en avril 2015 par TV5 Monde.

Cette cyberattaque spectaculaire et médiatique est l'oeuvre de Daech, qui aurait été aidé par des mercenaires informatiques, a soupçonné Guillaume Poupard. Elle a ainsi offert à l'Agence, gardienne de la sécurité des systèmes informatiques de l'Etat et des opérateurs d'importance vitale (OIV), une vitrine de son savoir-faire. "Le cas de TV5 Monde a permis de mettre en avant la menace réelle", a-t-il souligné.

Sinon, pour les autres attaques, c'est le black-out complet ou presque "pour des raisons de sécurité", a expliqué Guillaume Poupard. Le patron de l'ANSSI a simplement indiqué que ces attaques, difficilement attribuables, avaient principalement concerné des entreprises en 2015. Donc très clairement de l'espionnage économique notamment lors d'appel d'offres internationaux. "Reconstruire les réseaux informatiques attaqués est extrêmement compliqué et long à réaliser, a en outre fait remarquer Guillaume Poupard. Cela peut durer entre six mois et deux ans".

4.000 signalements reçus

En 2015, l'activité de l'ANSSI en réponse à des incidents signalés a connu une croissance importante. Ainsi, 4.000 signalements ont été reçus, soit 50 % de plus qu'en 2014. "Cette augmentation est notamment due au développement, par des prestataires privés, de services de détection des attaques au profit des entreprises", souligne l'ANSSI dans son rapport. Un grand nombre de ces signalements (61% concernent des défigurations de sites internet) se sont avérés être des incidents de sécurité et ont été traité par le le centre opérationnel de la sécurité des systèmes d'information (COSSI) de l'ANSSI.

Ce travail d'enquête a permis à l'Agence de constater l'émergence de nouvelles attaques, dont les "rançongiciels", des logiciels malveillants chiffrant les données d'un ordinateur, qui sont alors prises en otage le temps de payer une rançon. L'an dernier, plusieurs opérations de recherche de codes malveillants ont permis d'en identifier 2.300. L'ANSSI, qui est également chargée de superviser les systèmes d'information de l'Etat et des OIV, a publié 568 avis des correctifs de sécurité, et surtout quinze alertes sur des vulnérabilités critiques. L'Agence a notamment conseillé des OIV, tels ERDF, Areva ou Engie (ex-GDF Suez).

Montée en puissance de l'ANSSI

Ces dernières années avec la lutte contre les attaques informatiques devenue une priorité, l'ANSSI a connu une importante croissance de ses effectifs, passant de 120 agents en 2009 à près de 460 à la fin de l'année 2015. "On approche aujourd'hui les 500 salariés", a souligné Guillaume Poupard. L'an dernier, 108 salariés ont ainsi rejoint l'agence, qui toutefois subit un turn-over important de ces effectifs. "L'effectif cible est de 600 personnes à l'horizon de 2018", a rappelé Louis Gautier.

"Avec la montée de la dimension numérique dans tous les aspects de l'économie et de la société, la place et les missions de l'ANSSI sont nécessairement vouées à s'accroître, souligne Guillaume Poupard. L'agence va donc continuer à renforcer ses moyens, son expertise et ses relations avec les différents acteurs".

En 2015, l'ANSSI a dépensé pour ses projets 36,9 millions en crédit de paiement. Elle a notamment travaillé à l'acquisition et à la maintenance d'équipements informatiques et de réseaux locaux pour son propre usage. Elle a également œuvré à la conception, à la réalisation, au déploiement, à la maintenance et à la gestion de dispositifs de communication électroniques sécurisés. Enfin, 2015, l'ANSSI a ouvert un chantier sur les objets connectés, sources d'innovation mais aussi de nouvelles menaces.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/09/2016 à 10:41 :
Franchement que la guerre se décale au seul numérique est une bonne nouvelle, pas de citoyens blessés, pas de lobby d'armes alimenté, aucune vie humaine menacée l'argent comme seule victime, vous dites que cela fait froid dans le dos moi je suis plutôt pour.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :