Les mercenaires russes de Wagner "sont efficaces dans leur registre et désinhibés, voire sans foi ni loi", a estimé le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Thierry Burkhard, interrogé le 16 février par les députés sur la cohabitation au Mali de l'armée française avec Wagner. Un compte-rendu publié seulement le 20 avril. Soit plus de deux mois après. Entretemps, la guerre en Ukraine est entrée en infraction en Europe. Alors pourquoi écrire un article deux mois après des propos tenus dans un autre monde par le général Thierry Burkhard ? Parce que c'est le chef d'état-major des armées et que ses propos pèsent et comptent quand il évoque une entité aussi sulfureuse comme peut l'être Wagner, présente très probablement en Ukraine. Surtout le général Burkhard confirme officiellement ce que tout le monde pense sur cette société de mercenaires "liée bien évidemment lié à l'État russe".
"Qui dirigeWagner? Le groupe est bien évidemment lié à l'État russe, mais je ne suis pas certain qu'il soit piloté directement , estime le chef d'état-major des armées. D'une part parce que ce serait compliqué, d'autre part parce que ce serait moins souple pour eux. Je pense que Wagner a de grandes lignes directrices en termes d'opérations, d'effet à produire, de stratégie. Sur ce dernier point, si la France se veut une puissance d'équilibre, la Russie se veut une puissance de nuisance ; elle en a les capacités et travaille dans des stratégies de long terme".
Selon le CEMA, Wagner "n'est pas directement subventionné, en tout cas pas en permanence, par l'État russe - qui ne se distingue pas particulièrement par la puissance de son économie". Pour autant, estime-t-il, "le point faible de Wagner est qu'il est d'abord un business model : quand Wagner s'engage dans une zone, qui correspond à la zone d'intérêt et d'influence russe, il doit trouver de quoi s'autofinancer, et je pense que c'est cela qu'il faut essayer de briser". Il souligne par ailleurs que le patron de Wagner Eugène Prigojine, surnommé le cuisinier de Vladimir Poutine, "n'est pas un militaire mais un bon chef d'entreprise - ou un bon mafieux, comme on veut".