Montant des pertes liées au 737 MAX : "Ça va être un désastre absolu", prédit un analyste

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Photo d'illustration. La dette de Boeing s'élevait à 25 milliards de dollars au 30 septembre 2019, en hausse de 31,6% sur trois mois.
Photo d'illustration. La dette de Boeing s'élevait à 25 milliards de dollars au 30 septembre 2019, en hausse de 31,6% sur trois mois. (Crédits : Reuters)
Le 737 MAX devrait causer à Boeing sa première perte annuelle en 22 ans. Le constructeur américain devrait dévoiler, ce mercredi, une évaluation des dégâts financiers engendrés depuis le début de la crise.

Les déboires du 737 MAX ont terni la réputation de Boeing. Ils menacent désormais de détériorer ses finances. Dix mois après le début de cette crise inédite, l'avionneur devrait dévoiler, ce mercredi, une estimation de l'ardoise, qui se chiffrera en milliards de dollars.

Le constructeur aéronautique américain, qui a un nouveau patron, David Calhoun, depuis le 13 janvier, publie dans la journée ses résultats annuels, très attendus par les marchés impatients d'avoir une évaluation des dégâts financiers causés par le 737 MAX.

"Ça va être un désastre absolu", anticipe Robert Stallard, analyste chez Vertical Research.

Première perte nette depuis 1997

Le géant de Seattle, qui a cédé en 2019 la couronne de premier avionneur civil mondial à l'européen Airbus, devrait essuyer une perte nette, ce qui n'est pas arrivé depuis 1997. Cette année-là, Boeing avait accusé un déficit de 178 millions de dollars, en raison d'une charge de 1,4 milliard de dollars liée à sa fusion avec son compatriote et concurrent McDonnell Douglas.

En tout, le fabricant de l'emblématique 747 n'a enregistré que trois exercices déficitaires - 1946, 1995 et 1997 - en 104 ans d'histoire.

Pourtant en 2018, Boeing avait dégagé un bénéfice net de 10,5 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires record de 101 milliards.

C'était avant qu'il ne soit contraint de passer des charges en raison de l'immobilisation au sol du 737 MAX depuis le 13 mars 2019 après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts.

Le manque à gagner est d'environ 1 milliard de dollars par mois, calculent les analystes de JPMorgan.

La facture totale devrait s'élever entre 16 et 25 milliards, estiment les analystes. Des chiffres qui prennent également en compte les coûts de production, Boeing ayant continué à fabriquer le MAX jusqu'en décembre; les aides potentielles aux sous-traitants en difficulté, tel Spirit AeroSystems, et des indemnités aux compagnies aériennes affectées.

Le MAX ne devrait pas revoler avant mi-2020

Ils excluent en revanche des accords potentiels avec les familles des victimes et les autorités américaines, qui enquêtent sur les accidents et le développement du MAX.

L'ardoise au 30 septembre s'élevait déjà à 9,2 milliards de dollars, dont 5,6 milliards en compensations aux compagnies.

Les actionnaires devraient être épargnés: le dividende annuel de 3,9 milliards de dollars promis devrait subsister, bien que Boeing ait terminé 2019 avec une chute de 53% des livraisons et un carnet de commandes dans le rouge (-87 appareils civils nets), une première en plus de dix ans.

"Nous allons le maintenir tel quel à moins que quelque chose de dramatique ne survienne", a assuré la semaine dernière David Calhoun.

Cet ancien cadre dirigeant de General Electric (GE) a remplacé Dennis Muilenburg, limogé pour une gestion de crise jugée calamiteuse, et a promis la transparence et un changement de culture.

Lire aussi : Boeing: les salariés décrivent l'explosion d'une culture d'entreprise gangrénée par l'arrogance et la cupidité

Le système anti-décrochage MCAS a été mis en cause dans les deux tragédies du MAX. De plus, d'autres problèmes, dont un défaut sur un microprocesseur, un autre sur des câblages électriques et un troisième lié au logiciel s'assurant du bon fonctionnement du MCAS au démarrage, ont été détectés.

Boeing a repoussé à la mi-2020 une remise en service du MAX et espère en reprendre la production, suspendue depuis le début de l'année, quelques mois auparavant. L'incertitude entoure encore les livraisons.

Un prêt de 12 milliards de dollars

Outre l'absence de rentrées d'argent, la crise du MAX vide également les caisses de Boeing, qui a vu sa trésorerie disponible fondre à 1,6 milliard au troisième trimestre 2019 comparé à 11,1 milliards à la même période de 2018.

Or l'avionneur doit finaliser, d'ici mars, le rachat de 80% de la branche aviation civile du groupe brésilien Embraer, opération dont le prix s'élève à 4,2 milliards de dollars.

Les agences de notation Moody's et S&P Global Ratings ont menacé récemment d'abaisser la note de solidité financière. La dette de Boeing s'élevait à 25 milliards de dollars au 30 septembre 2019, en hausse de 31,6% sur trois mois.

Pour faire face aux coûts du MAX, l'avionneur est parvenu à sécuriser un prêt d'au moins douze milliards de dollars auprès de grandes banques américaines, ont indiqué à l'AFP des sources bancaires.

Boeing, qui peut toujours compter sur sa branche militaire et sa division aérospatiale, n'a pas souhaité commenter.

Lire ici les résultats de Boeing : Le 737 MAX a déjà coûté à Boeing la somme de colossale de 18,4 milliards de dollars

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Commentaires
a écrit le 31/01/2020 à 14:47 :
Nul doute que la grande Honnêteté du président TRUMP vis à vis des aides gouvernementales à une entreprise privée fera que BOEING ne recevra aucune aide de la part du gvt fédéral
a écrit le 30/01/2020 à 3:14 :
20 Mds que nenni plutôt 50, les indemnités, les procès, les pertes d'exploitation des compagnies clientes, les pénalites de retard, le surcout d'exploitation, des avions que personne ne va plus vouloir, et personne va vouloir monter dedans. C'est une catastrophe, un désastre, une Bérézina. Boeing devrait les mettre à la poubelle. Ce qui est encore plus grave c'est leur nouveau 777 avec sa voilure pliable rallongée qui ne peut voler lorsqu'il y a trop de vent.
Ils sont mal barrés
a écrit le 29/01/2020 à 21:14 :
Bon c'est plié, 10,5-1.5 milliard cela nous fait du 9 milliard de perte en comptant les avion fabriqués et comptabilisé en CA avec bénef d'avance compris qu'il faudra bradé si ils sont autorisés a voler. Donc encore 3 milliard de perte en vue. 9+ 3 =12 .c'est ce qu'ils ont emprunté.
a écrit le 29/01/2020 à 19:39 :
La décence eût voulu qu'en la circonstance Boeing se dispensât de distribuer un dividende. En fait c'est tout le problème de cette société et d'une certaine finance : au nom du profit et du cours de bourse la responsabilité de la mort de près de 350 personnes n'émeut pas le moins du monde l'équipe dirigeant en place maintenant. Tout simplement révélateur et ....écoeurant.
a écrit le 29/01/2020 à 16:06 :
Avec un coût global probable estimé sur cette affaire de 20 mds $, si les prévisions de reprise en exploitation du 737 n'étaient pas confirmées pour 2020, ce serait une vraie beresina du cours de l'action pouvant faire tâche d'huile sur le marché financier US, cpte tenu de l'importance économique de B. ds tte la filière industrielle outre atlantique, avec pourquoi pas une contagion à l'ensemble de la nébuleuse financière mondiale...
a écrit le 29/01/2020 à 14:50 :
BOEING sera renfloué par le trésor américain grâce aux amendes colossales déjà payées par les entreprises françaises et européennes !
Donc pas de soucis pour Boeing mais du soucis pour l'Europe.
Réponse de le 29/01/2020 à 15:19 :
...au pire les USA feront pression sur leurs "amis" pour acheter US.
Sous peine de sanctions, amendes, taxations,interdictions...c'est à dire de tout l'arsenal qui renforce les liens d'amitiés avec la nation dirigeante.
a écrit le 29/01/2020 à 13:57 :
Où était le ministère des transports et la FAA pour la certification de ces avions. Les actionnaires ont droit à un rendement mais c'est king à cravate payé hors du commun devrait être en prison pour avoir tué et mettre en danger la vie.
a écrit le 29/01/2020 à 13:37 :
en réalité il ne revolera pas avant 2021 , et encore s'il revole et le cout dépassera largement les 30 milliards de USD . Mais personne ne le dit : TRUMP ne serait pas content , ni Wall street .
a écrit le 29/01/2020 à 11:46 :
Ce drame impact« tout le monde » sauf les actionnaires.( c’est écrit dans l’article , pas de pertes et leurs dividendes sont maintenues, malgré la difficulté de l’entreprise et des salariés et les victimes ....)
Les actionnaires sont les parasites de notre société , des virus de l’humanité .
Réponse de le 29/01/2020 à 12:30 :
Normalement, le cours de l'action Boeing devrais chuter, donc les actionnaires devrais y perdre aussi.

Ceci dit, je trouve anormal que les dividendes ne suivent pas l'évolution des résultats : si une société est en perte, elle ne devrait pas avoir le droit de verser des dividendes.
Réponse de le 29/01/2020 à 12:35 :
Le problème c'est qu'aux USA les principales sources de financement des entreprises sont privées, et la principale d'entre-elles c'est la Bourse. Si les actionnaires quittaient le navire, là Boeing perdrait beaucoup plus qu'1 milliard par mois et sombrerait corps et bien !!
Réponse de le 29/01/2020 à 14:37 :
si vous avez des actions boeing, vous avez deja perdu pas mal d argent vu que le cours a chuté. Bon cela dit meme si vous avez fait 50 % de perte sur votre capital, il n ets pas normal que la societe paie un dividende alors qu elle fait des pertes ...
a écrit le 29/01/2020 à 11:27 :
Espérons que malgré ses déboires, BOEING fera un "meaculpa" et honorera ses engagements moraux vis à vis des victimes humaines et dans une moindre mesures "commerciales"... Nous ne pouvons souhaiter à cette compagnie que de se sortir de cette situation compliquée, AIRBUS ne doit son excellence technique et commerciale qu'a l’existence d'un concurrent compétitif...
Un Toulousain, Français Européen convaincu.
Réponse de le 29/01/2020 à 13:22 :
" honorera ses engagements moraux vis à vis des victimes humaines"
en espérant que cela ne soit pas avec des vols gratuits sur 737MAX pour les familles des disparus...
a écrit le 29/01/2020 à 10:12 :
Très bonne nouvelle pour la sécurité

Plus ça coûtera cher
plus les actionnaires et manager champion de l externalisation réfléchiront à 2 fois avant de mettre dans les airs des avions dangereux
a écrit le 29/01/2020 à 9:56 :
Merci l’État américain ! Espérons quand même que cette multinationale va être nettoyée de tout ses personnages corrompus et dangereux.
Réponse de le 29/01/2020 à 10:48 :
Vous êtes formidable, vous publiez ce commentaire critique sur BOEING mais par contre vous ne publiez pas celui critique sur AIRBUS.

Crédibilité ? :-)
Réponse de le 29/01/2020 à 13:25 :
" Espérons quand même que cette multinationale va être nettoyée de tout ses personnages corrompus et dangereux."
On n'oublie pas le "too big to fail" appliqué aux banques pendant la crise des subprimes. On n'oublie pas non plus que Boeing a une activité militaire qui est indispensable au pentagone. Et qui rapporte bien à l'export.
Donc il ne faut pas trop se faire d'illusions.
Réponse de le 30/01/2020 à 9:45 :
"On n'oublie pas le "too big to fail" appliqué aux banques pendant la crise des subprimes."

Je ne parle pas de ça, je ne parle pas de fermer une multinationale et de licencier les dizaine de milliers d'employés, je parle de traquer et de punir les véritables responsables forcément issus de la classe dirigeante.

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