Les Européens menacés par une pénurie de sucre

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La dérégulation progressive du secteur et la concurrence de l'éthanol déboussolent le marché du sucre.

Une poudre blanche traverse en toute la légalité la frontière entre l'Allemagne et la Pologne ces derniers temps, et à un rythme croissant. Il s'agit de... sucre. Un trafic lucratif, en raison de la pénurie qui sévit en Pologne, où la tonne de sucre a atteint des prix délirants alors même que le pays est un gros producteur. Avec près de 2 millions de tonnes produites par an, la Pologne est d'ordinaire auto-suffisante. Mais cette année, le marché du sucre est sens dessus dessous. La Commission Européenne doit proposer jeudi d'autoriser l'importation de 200.000 tonnes de sucre hors taxes entre juillet et septembre prochain, à la demande des raffineurs. Une réponse d'urgence à la pénurie, et qui a fait rebondir les prix du sucre blanc à Londres, de 1,3 % à 621,10 dollars par tonne. Les tensions avaient commencé à se manifester au Portugal, où certains supermarchés étaient en rupture de stocks avant Noël. En Grèce et dans les pays de la Baltique, la tonne se traite entre 600 et 850 euros par tonne, contre 500 euros au premier trimestre, et 400 euros l'année dernière, selon Rabobank.

Tensions mondiales

Cette situation découle d'un cadre règlementaire dépassé par les évènements. Les Européens, qui ont produit plus de 13 millions de tonnes de sucre comme les quotas les y autorisent, soit moins de 10 % de la production mondiale, ont eu intérêt à exporter cette année plutôt qu'à vendre leur sucre en Europe, en raison de prix internationaux plus élevés que le prix minimum proposé en Europe (404 euros par tonne).

Si les prix sont aujourd'hui retombés à des niveaux plus modestes, la question de l'approvisionnement n'est pas pour autant résolue. Les raffineurs et autres consommateurs de sucre en Europe doivent se tourner vers le Brésil ou la Thaïlande. Et la situation ne devrait pas s'arranger. Les stocks de sucre sont tendus au niveau mondial, et le premier producteur, le Brésil, avec 34,6 millions de tonnes attendues cette année, a déjà dépassé le seuil habituel de 65 % de sa récolte de canne consacrée à la production d'ethanol, selon Commerzbank.

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