Affaire d'espionnage : Renault reconnaît son erreur et s'excuse

Carlos Ghosn, PDG du constructeur, et Patrick Pélata, directeur général délégué, ont présenté leurs excuses et leurs vifs regrets aux trois cadres mis en cause mis en cause. L'affaire se dégonfle complètement. Mais la démission de Patrick Pélata a été refusée. En revanche, les deux dirigeants renoncent à leurs bonus et aux bénéfices de leurs stock-options.
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Le procureur de la république de Paris, Jean-Claude Marin, a estimé ce lundi que l'affaire d'espionnage présumé chez Renault ne relevait que d'une "possible escroquerie au renseignement". Les "comptes bancaires imputés aux cadres de Renault n'existent pas", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. "Ce qui nous a permis sans doute dans un délai extrêmement court de renoncer à un certain nombre d'hypothèses, notamment à celle qui était avancée dans la plainte initiale de la société Renault", a-t-il ajouté.

Carlos Ghosn, PDG de Renault, et Patrick Pélata, directeur général délégué aux opérations, ont du coup présenté leurs excuses et leurs vifs regrets, à titre personnel et au nom de Renault, aux trois cadres mis en cause à tort dans ce dossier. "Ils s'engagent à ce que réparation soit apportée aux trois cadres concernés et que leur honneur soit restauré aux yeux de tous, en tenant compte du grave préjudice humain qu'eux et leur famille ont subi", souligne un communiqué du constructeur. Le PDG est ven u au journal de TF1 comme il l'avait fait pour dénoncer les soupçons d'espionnage mais cette fois pour faire son mea culpa.

Les deux dirigeants de la marque au losange ont annoncé qu'ils renonçaient à leur bonus pour 2011 et aux bénéfices de leurs stock-options pour 2011. Mais Carlos Ghosn et le conseil d'administration ont refusé la démission de Patrick Pélata pour ne pas ajouter "une crise à la crise".

La procédure s'oriente désormais vers la piste d'une escroquerie, l'enquête préliminaire n'ayant réuni aucun élément à l'appui des accusations d'espionnage avancées par Renault. Le constructeur automobile a convoqué pour ce lundi après-midi un conseil d'administration extraordinaire. Patrick Pélata avait déjà reconnu dernièrement des doutes sur la thèse de l'espionnage. Si les faits n'étaient pas avérés, avait-t-il indiqué dans une interview au Figaro, les cadres seraient réintégrés et le groupe en tirerait les conséquences jusqu'au plus haut niveau.

Cette affaire empoisonne l'entreprise depuis la date de sa révélation au public, début janvier. Tout remonte à août 2010, lorsqu'une alerte éthique avait été transmise au comité de déontologie de Renault. Selon l'avocat d'un des trois cadres mis en cause, le point de départ est une lettre anonyme qui dénonçait de prétendus agissements au Technocentre, pouvant laisser supposer que des informations confidentielles auraient filtré à l'extérieur en échange de pots-de-vin.

En janvier, trois cadres sont mis à pied, soupçonnées d'espionnage industriel. Le directeur juridique du constructeur explique alors que les cadres ont été suspendus pour protéger les actifs stratégiques et technologiques de Renault après des "faits très graves". Une source proche du gouvernement français indique à ce moment que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) s'est penchée sur l'affaire et suit une piste chinoise. Dans une interview au Monde, Patrick Pélata déclare que Renault est victime d'une filière internationale organisée. Selon lui, des informations sur le programme phare du véhicule électrique ont pu faire l'objet de fuites.

Renault reçoit alors à son siège chacun des trois cadres pour un entretien préalable à licenciement pour faute lourde. A la sortie, Michel Balthazard, directeur de l'amont et des projets, réfute les accusations portées contre lui, tout comme son bras droit Bertrand Rochette. L'avocat de Matthieu Tenenbaum, directeur adjoint du programme électrique, dénonce de son côté le flou des accusations portées contre son client. Renault annonce toutefois qu'il porte plainte auprès du parquet de Paris "pour des faits constitutifs d'espionnage industriel, de corruption, d'abus de confiance, de vol et recel, commis en bande organisée". La procédure est confiée à la DCRI. Le PDG de Renault Carlos Ghosn déclare à TF1 avoir des "certitudes" et des preuves "multiples".

Fin février, cependant, l'hebdomadaire satyrique Le Canard enchaîné écrit que la commission rogatoire en Suisse sur l'existence d'un compte bancaire appartenant à l'un des trois cadres mis en cause n'a rien donné. L'affaire commence à se dégonfler progressivement.

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