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Entreprises & FinanceAutomobile

Renault et Nissan vont intégrer production et R&D... au détriment du français?

Photo de Alain-Gabriel Verdevoye

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 24 janvier 2014 à 09:34 - Mis à jour le 24 janvier 2014 à 10:36

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Renault et Nissan vont rapprocher leur production et leur recherche et développement, afin d'économiser 2,8 milliards d'euros supplémentaires par an, selon le quotidien japonais Nikkei. Le déséquilibre est de plus en plus flagrant entre le français et l'allié japonais, qui semble avoir été privilégié.

Renault et Nissan vont rapprocher leur production et leur recherche et développement, afin d'économiser 2,8 milliards d'euros supplémentaires par an, affirme ce vendredi le quotidien japonais Nikkei. Les deux constructeurs sont alliés depuis 1999 et présidés tous les deux par Carlos Ghosn. D'après le journal économique nippon, l'Alliance s'apprête à nommer en avril deux dirigeants communs, l'un pour superviser la production des deux groupes et l'autre la recherche et le développement. Un pas en avant dans l'intégration de deux sociétés qui demeurent distinctes. Une bonne chose pour Renault? Sur le papier, oui. Dans la réalité, c'est moins sûr!

Parfaite coplémentarité

L'Alliance pourra s'appuyer sur la complémentarité de l'implantation géographique des deux partenaires: Renault a actuellement davantage d'usines en Europe, en Turquie et en Afrique du nord, tandis que Nissan est plus implanté  partout ailleurs. En recherche et développement, les deux groupes vont davantage partager leurs technologies pour réduire les doublons.

L'Alliance Renault-Nissan avait affiché des synergies record pour l'année 2012, à 2,69 milliards d'euros, en progression par rapport au 1,75 milliard d'euros atteint l'année précédente. L'Alliance a notamment commencé à bénéficier en 2012 des synergies issues de la nouvelle plate-forme commune "CMF" (Common Module Family), sur laquelle a été développé le nouveau "SUV" compact Nissan Qashqai. Le prochain Renault espace sera sur cette base.

Cette Alliance ainsi que le boom des voitures à bas coûts de la gamme "Entry" (Logan, Sandero, Duster...) ont permis à Renault de traverser la grande crise européenne actuelle sans trop de dommages. En 2013, Renault a vendu 2,63 millions de véhicules dans le monde (+3,1%) et le russe Avtovaz (Lada), contrôlé par le groupe français, 535.000. Nissan n'a pas encore publié son résultat commercial de l'an passé.

Il n'empêche: une question brutale mérité d'être posée, alors même que l'écart se creuse entre la firme japonaise et un Renault de plus en plus à la traine. Peut-on affirmer que le Carlos Ghosn  a privilégié le constructeur automobile nippon au sein de l'Alliance Renault-Nissan ? Devenu patron opérationnel du groupe nippon il y a quatorze ans, Carlos Ghosn gagne d'ailleurs… deux fois et demie plus au titre de Nissan (7,7 millions d'euros de rémunération d'avril 2012 à mars 2013) que de Renault (2,88 millions en 2012) dont il est le PDG depuis 2005. La suppression des postes de numéro 2 chez Nissan et Renault a d'ailleurs renforcé l'an dernier les pouvoir de l'omniprésent patron.

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Deux fois plus de voitures chez Nissan

Un constat s'impose : le japonais est deux fois plus gros que l'ex-Régie et autrement plus rentable. Or, au moment de la prise de contrôle de Nissan par Renault en 1999, les deux constructeurs étaient à peu près de taille équivalente. Par rapport à 1998, dernier exercice avant l'alliance Renault-Nissan, Renault a donc à peine accru ses volumes de 15%. Dans le même temps, Nissan les a quasiment doublés.

Nissan, qui perdait 110 millions d'euros avant son mariage avec Renault, gagne deux fois plus que Renault (dernier bénéfice net publié, sur l'exercice fiscal 2012). Et encore cette disproportion est-elle bien plus grave si l'on examine les comptes en détail. Car, dans le résultat imputable à Renault, il y avait en 2012... 1,23 milliard généré par la contribution de Nissan.

Entre 1998 et 2012, le bénéfice net de Renault a progressé tout juste de 30%. Mais, à l'époque, le bénéfice net du français ne provenait que de ses propres activités ! Question effectifs, Renault a perdu 10.000 emplois par rapport à 1998 à 127.000 personnes fin 2012. Nissan a accru dans le même temps ses effectifs de 80% à 248.000.

Envergure mondiale de Nissan

On peut certes avancer des explications objectives à ces décalages. Stratégiquement, Nissan était, historiquement, présent dans toutes les régions du monde - sauf en Amérique latine -, ce qui n'était pas le cas de Renault. Facteur aggravant: Renault demeure centré par ses racines sur l'Europe, un continent où le marché automobile très, très peu rentable (et encore les bonnes années) est en panne depuis plusieurs années. Par ailleurs, Renault pâtit des problèmes de compétitivité globaux intrinsèques à l'économie française... Ces constatations n'expliquent pas en tous cas à elles seules le différentiel croissant entre les deux entreprises.

Puissant en Amérique du nord, Nissan s'est également fortement implanté en Chine et en Inde. Or, Renault n'est toujours pas présent outre-Atlantique et vient à peine de recevoir un feu vert pour une usine en Chine. Et encore, la firme hexagonale s'est-elle associée en Chine au... partenaire de Nissan ! En Inde, Renault est aussi à la traine, installé dans l'usine de Chennai créé par le japonais.

Renault est certes "chef de file" chez Avotovaz en Russie et en Amérique du sud, où Nissan est toutefois en train de progresser fortement grâce à l'implantation d'une usine au Brésil. Mais, les volumes écoulés par Nissan en Amérique du nord ou en Chine sont largement supérieurs à ceux de Renault en Russie et en Amérique latine. Humiliation suprême pour Renault, Nissan  vole au secours des usines Renault en France en leur confiant sa future petite Micra, histoire de pallier - partiellement - le sous-emploi de l'outil industriel hexagonal du constructeur tricolore.

Gamme complète chez le japonais

Technologiquement, le différentiel est tout aussi flagrant. Si Renault est "leader" dans les diesels, une motorisation quasiment réservée à l'Europe, Nissan l'est dans les moteurs à essence, diffusés partout ailleurs. Le spectre des moteurs Nissan est d'ailleurs impressionnant, du trois cylindres au V8! Nissan est aussi le maitre d'oeuvre en matière de voitures électriques.

Enfin, l'énorme gamme du japonais couvre tous les créneaux, de la micro-voiture au 4x4, du coupé à la limousine en passant par le pick-up. Nissan a même investi le haut de gamme avec son label Infiniti. Renault, lui, demeure globalement surtout le spécialiste des modèles à bas coûts d'entrée de gamme, les petites et les compactes... Et, progressivement, Renault se spécialise dans les modèles de très bas de gamme, qui viennent de dépasser les 40% dans les ventes de Renault. Renault risque de devenir le pilier entrée de gamme de l'Alliance. Pas très flatteur.

Un bilan mitigé pour Carlos Ghosn chez Renault

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Dire que Carlos Ghosn a privilégié une entreprise plutôt qu'une autre est évidemment  difficile à démontrer. Et on ne peut pas reprocher au PDG, qualifié de sauveur au Japon, d'avoir réussi chez Nissan. Il n'en reste pas moins que, à en juger par les simples faits objectifs, Carlos Ghosn a développé le fort potentiel de Nissan, alors qu'on ne peut en dire autant de son travail chez Renault, en panne de croissance et dont les positions commerciales s'affaiblissent face à ses principaux concurrents depuis une dizaine d'années sur son marché intérieur européen. La faute notamment à des choix de produits discutables avec des échecs flagrants comme celui de la gamme Laguna III. Pas très reluisante in fine sa présidence chez Renault!

Alain-Gabriel Verdevoye

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